« Vivre le jazz en grand ». Ce message, porté depuis 2003 par les membres de l'association Grands Formats, résonnera ce week-end comme une ode enchanteresse auprès des amateurs de big bands. Proposant un programme atypique et chatoyant, la fédération défendra une nouvelle fois la cause des grands ensembles à la Philharmonie de Paris. Au bonheur des mélomanes donc, mais pas que ! Outre la satiété sonore à laquelle on peut légitimement s'attendre en vue des concerts programmés dès 20h30, ce sera également l'occasion de débattre du rôle de l'orchestre dans un monde qui, hélas, lui accorde de moins en moins de place. Quels sont les enjeux et la pertinence des grands ensembles au regard des conditions sociales, économiques et politiques du monde contemporain? C'est autour de cette problématique que s'attelleront de dialoguer les chefs d'orchestres et musiciens David Grimal (Les Dissonances), François-Xavier Roth (Les Siècles), Frédéric Maurin (Ping Machine) et Patrice Caratini (Caratini Jazz Ensemble), ainsi que la musicologue Raphaëlle Legrand. La rencontre aura lieu samedi à 17h et sera animée par Xavier Prévost, ex-producteur à Radio France (France Musique, France Culture). Entrée libre.

 

Après la théorie, place à la pratique. Près de deux ans après la sortie de son dernier album, « Encore » (septembre 2013), unanimement salué par la presse, Ping Machine revient sur scène avec de nouvelles compositions subtilement agencées, où l'expérimentation permanente de son musicien de tête, Frédéric Maurin, se mêle à un perfectionnisme architectural renversant. Avec ce grand ensemble de 15 instrumentistes, on sort ici des sentiers battus de l'improvisation, avec une volonté propre à notre compositeur de laisser transparaître ses inspirations musicales : Stravinsky, Steve Coleman et Frank Zappa pour ne citer qu'eux. Via l'utilisation de techniques spectrales, les explorations mélodiques et harmoniques, et une polyrythmie orchestrale, c'est une dimension collective nouvelle qui s'offre au public, un groove entêtant en deçà des mots et des concepts.

Si vous ne sortez pas indemne de l'expérience Ping Machine, sachez que la suite du concert délaissera la mélancolie pour se rendre dans des contrées bien plus swinguantes ! Dans ce second spectacle, intitulé « La Fête à Boby », le pianiste et compositeur Jean-Marie Machado, accompagné de son orchestre Danzas, décide de s'attaquer au répertoire folâtre du regretté Boby Lapointe. Pour autant, le tableau resterait inachevé s'il n'avait pas fallu trouver un parolier à la hauteur des contrepèteries du poète. Le choix s'est ainsi porté sur un chanteur cher à notre rédaction, André Minvielle (cf. Tapage #6), à qui l'on doit notamment l'invention de la vocalchimie, mélange de scat, de blues et de rap, auquel s'accompagne différents jeux de percussions et de bruitages. De Lapointe à Minvielle, le changement est certain mais subtil : un univers originalement réapproprié, mais vibrant toujours de sensibilité.

Enfin, dimanche sera consacré à une relecture contemporaine du classique de Maurice Ravel et Colette « L'Enfant et les Sortilèges », sous la direction artistique de Denis Charolles : l'occasion de venir passer un doux moment en famille et de se plonger en poésie dans le rapport que nous entretenons avec le temps, la nature et le monde.

 

Alexandre Lemaire