Parisien – Peirani – Schaerer – Wollny, Out Of Land (Act)

Il est des affiches qui font saliver et des écoutes qui prennent à contrepied. La première réaction viscérale fut de rejet ; le quartet - qui venait de se former - ne répondait pas aux attentes nées de la lecture du nom de chaque musicien. On retrouvait bien, ici et là, la veine expressive de chacun mais l’ensemble sonnait confus et le style vocal du chanteur particulièrement crispant.
Revenons donc sur la gestation de cet album qui est la captation d’un concert. Le chanteur suisse Andréas Schaerer, qui est aussi compositeur et chef d’orchestre (The Big Wig, suite pour orchestre symphonique de soixante- six musiciens) s’étant vu offrir une carte blanche a proposé à Vincent Peirani, Emile Parisien et Michael Wollny de le rejoindre. On ne présente plus l’accordéoniste ni le saxophoniste et l’on sait que Vincent Peirani a enregistré Tandem avec le pianiste allemand.


Sans trame écrite, après trois jours de répétition pour trouver leurs marques, ils se sont lancés sans filet. Ils ont décidé  d’intituler leur spectacle et leur album : Out Of Land, afin d’exprimer l’idée de l’abandon de la terre ferme pour aller à l’aventure. Au final, la musique n’est pas à mettre entre toutes les oreilles, les thuriféraires de la « free music » vont froncer les sourcils, les adeptes des musiques nouvelles aussi. Il s’en dégage une poésie aérienne, une musique visuelle qui semble traduire un rêve éveillé, une sorte d’entre-deux avec une once de sacré. On chavire dans une étrangeté plus traversée de swing qu’on ne le perçoit de prime abord.


Deux remarques en passant. Le chant d’Andreas Schaerer, assez impressionnant, voisine avec celui d’un Bobby McFerrin bien qu’il soit assez pincé dans les notes aigües et qu’il suscite moins d’appétence sensuelle. Est-ce la sonorité propre au sax soprano ou la manière de jouer ce soir-là d’Emile Parisien qui fait qu’on en vient à penser à Wayne Shorter, chose jamais perçue auparavant dans le jeu de Parisien ?


Peirani signe « Air Song » (très beau dialogue piano et accordéon avant l’arrivée du chant un peu niais) et «  B&H » (un dialogue accordéon/sax pour une pièce somme toute peu éloignée de la musique contemporaine et qui semblesurgir d’un folklore imaginaire). Dans « Kabinett V », de la plume de Michael Wollny, on voit apparaître le grand piano classique, un peu à la manière d’un Joachim Kühn ; là, Emile Parisien se montre impérial. «  Ukuhamba », d’Andreas Schaerer, est, avec le choix du scat, plus démonstrative, plus enlevée, plus drôlatique ; c’est une pièce assez faible mais idéale pour conclure un concert. Mon revirement critique est assez singulier pour que je reste interrogatif. S’agit-il vraiment d’une prestation novatrice et à hauts risques ?

Chroniques - par Philippe Lesage - 28 juillet 2017


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