Immanquable !

David Enhco, Horizons (Nome Records)

L’auditeur se donne tous les droits, dont celui de laisser défiler des images mentales ; quitte à méconnaître les intentions du compositeur. Mais est-ce trahir que de dire que l’album Horizons distille une sombre poésie, qu’ilbaigne dans un halo lunaire et qu’ilporte au spleen baudelairien ? Plus cinéphilique que théâtral, il nous donne le sentiment de déambuler dans un film noir.  Une impression de brume baigne le tout ; quelque chose d’indéfinissable fait sourdre une anxiété, l’imminence latente d’un incident. Cet album hors mode, de facture classique, jazz sans l’être, plus européen qu’américain, à l’expressivité plus blanche que noire, à l’écriture dense aux nuances d’une rare complexité où les plages ont un timingbref, est d’une beauté vénéneuse.
L’ensemble est très pensé et bien troussé et bien que les deuxinterludes soient des improvisations collectives, on reste saisi par un vrai son de groupe. Lesostinatos du pianisteRoberto Negro ensorcellent. Le trompettiste leader n’est pas ou peu en recherche de virtuosité, de vélocité ; loin devaloriserun jeu solaire et flamboyant, il lorgne plus vers la dimension lunaire. Il n’en reste pas moins qu’on se trouve face à  unimmense travail sur les timbres, avec un son rond, en quête d’espace et de tempos très lents, quasi rubato. En cela, il arpente plus les terres des ainés Chet Baker, Art Farmer ou Clark Terry.
Les plus belles plages : «  Sentinelle », qui ouvre le disque ; « L’inconnu et le couple d’amour » à la démarche plus vive, plus virtuose et accidentée ; «  From The Horizon », plus tourmentée et agressive. «  Questions Come Next » est la plus longue, la plus éclatée, la plus débridée et jouxte les brisures, les accélérations entendues dans l’improvisation collective d’ «  Interlude 2 ».
Horizons est le troisième volume enregistré par le même quartet et il est sans doute celui qui estle plus sincère. Il nous pousse à  recommander de reprendre l’écoute de   Pierre et le loupde Prokofiev et   Le carnaval des animaux » revisitée façon jazz par David Enhco et ses comparses de l’Amazing Keystone Big Band (avec Jon Bouteillier et Fred Nardin) ainsi que La Horde ( 202) et Layers (2014), les opus précédents de nos quatre larrons.

David Enhco (trompette), Roberto Negro (p), Florent Nisse (b), Gautier Garrigue ( dr)


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