Big 4 +1, 7 years (Neuklang)

Ils ne sont pas de Liverpool, ces quatre garçons dans le vent ; leur tasse de thé, ce n’est pas le Mersey Beat ni le fait de s’identifier en « mod » ou en « rocker » ni de séduire des collégiennes en socquettes blanches. Leur désir, leur choix, c’est de vivre la musique comme une expression libre, comme un vecteur d’épanouissement personnel et confraternel.  Comme un jeu où la castagne crée la même complicité que celle qui a poussé les Quatre Mousquetaires à s’époumoner sur le«  tous pour un, un pour tous ! ». Et pourquoi aurait-il fallu se priver de la présence d’un cinquième larron (le trompettiste Quentin Ghomari) pour le match à haut risque en « live » au Triton ?


Ce quatrième disque du quartet Big Four en sept années d’explorations collectives se devait d’être enregistré en public pour s’enivrer de l’énergie immédiate de la scène. Conclusion : une musique dérangeante à cent lieues d’un quelconque pathos ou d’une virtuosité creuse. Souvent, il m’a semblé que les climats variés, dans leur désir de liberté, renvoyaient à la force créatrice des essais de Max Roach ou d’Ornette Coleman lors des années 1960 (par exemple dans« Voyou », avec ses impros libres des cuivres ou dans«  Boule de neige »).


Revenons aux membres du Big 4, tous au sommet de leur art en cette occasion. Julien Soro est, pour ce concert, au saxophone alto ; Fabien Debellefontaine au sousaphone - une sorte de tuba – contrebasse -,  Stefan Caracci au vibraphone et Rafaël Koerner à la batterie, soit un instrumentarium peu usité mais qui ouvre la porte à des oppositions fécondes et à une riche palette sonore. L’invité, Quentin Ghomari, souffle dans sa trompette sur les cinq premiers titres. On sait que Julien Soro est une « nature », un leader-né qui aime les prises de risque (voir son duo avec le contrebassiste Raphaël Schwab et sa présence dans Ping Machine). Comme lui, le multi-instrumentiste Fabien Debellefontaine fait partie de Ping Machine, mais aussi du Surnatural Orchestra et du Gil Evans Paris Workshop de Laurent Cugny. Ici, il s’en donne à cœur joie avec son sousaphone, volubile comme un pachyderme lubrique dans « 160 bpm ». Le vibraphone de Stéfan Caracci apporte une dose de poésie (« Pretty Much Henry » ; «  Rêver »). De son côté, Quentin Ghomari, fer de lance du groupe Papanosh, collègue du grand ensemble Ping Machine, ouvre une nouvelle voie dans un répertoire qui évolue entre accents terriens, libres envolées et fragilité poétique.


La Suite «  Temps Libre », donnée en quartet, avec sa faconde fellinienne, mériterait d’être souvent revisitée pour devenir une pièce incontournable du répertoire du jazz hexagonal. Elle est écrite en quatre mouvements ; chaque titre ( « Rêver » ; « Marcher », « courir, », « danser ») indique plus le terrain de jeu visité qu’il ne donne des images mentales.

Chroniques - par Philippe Lesage - 24 avril 2017

 


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