Marius Neset & London Sinfonietta, Snowmelt, Act Records, 2016

Né en 1985 au sein d’une famille liée professionnellement à la musique, ayant pour mentor Django Bates, Marius Neset est un saxophoniste (saxophones soprano et ténor) norvégien résidant au Danemark. Il fait partie de ces musiciens scandinaves sans œillères qui démontrent que le jazz est encore une musique vivante. L’an dernier, son album Pinball, paru déjà chez ACT, confirmait son gout pour l’association sonore des sections rythmiques avec des instruments mélodiques à consonance «  classique » comme le marimba, le vibraphone, la flûte, le violoncelle ou le violon. En trio, avec Lars Danielsson et Morten Lund, dans l’album Sun Blowing, il démontrait aussi qu’il maîtrisait la grammaire du jazz et confirmait qu’il était désormais un des saxophonistes européens sur lequel il fallait compter.

Son dernier projet, pour ambitieux qu’il fut, est pleinement réussi. Il confirme que ce garçon bien en phase avec sa génération ( son look, son attirance pour les musiques du monde et ses recherches sur les polyrythmies et les sonorités étranges) a une culture encyclopédique qui lui fait aussi voisiner les rives des musiques symphoniques du XX° siècle et des musiques nouvelles sans avoir recours à l’électronique.

Snowmelt est une longue « suite » sur le thème de la nature (les plages ont pour titres, par exemple : «  Arches Of Nature : Rainbows », « The Storm Is Over ») qu’il a composée et dont il a assuré les arrangements. Pour peindre une large palette de couleurs et obtenir une certaine vibration de l’air, il s’est entouré de sa section rythmique habituelle (l’excellent pianiste Ivo Neame, le contrebassiste Petter Eldh et son ami le batteur Anton Eger) et du London Sinfonietta (6 violons, 3 violons alto, 2 violoncelles, une contrebasse, 1 Flûte/ piccolo, un hautbois, une clarinette, un basson, un cor, une trompette, un trombone). Le disque s’ouvre sur un «  prologue » qui est un long cri strident au sax, coupant comme une lame, avant que le London Sinfonietta apparaisse pour emballer le climat général. En fin d’album, un autre solo de saxophone («Introduction to Snowmelt ») laisse l’imagination de l’auditeur vagabonder vers la plage conclusive qui décline l’éveil des sens.

Il y a, ici et là, des accents mélodiques qui font penser à la BO de La guerre des Etoiles et d’autres qui renvoient au lyrisme de la BO duDernier tango à Paris  ( sans la dimension d’écorché vif qu’y donnait Gato Barbieri) ou à l’albumFocus de Stan Getz sur les arrangements d’Eddie Sauter. L’intelligence musicale, la sobriété générale et les moments rêveurs qui envoutent comme s’il s’agissait de «  ballads » font de Snowmelt un disque phare du moment.


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