Pixvae

C’est avec une curiosité innocente qu’il faut déguster cet album au nom de fruit exotique. C’est avec gourmandise qu’il faut en goûter toutes les nuances subtiles et complexes, au-delà de la saveur âpre qui s’en dégage à la première bouchée ! Les mélopées tropicales, aux accents suaves, voire sucrés, apparaissent alors au gourmet au travers des textures saturées d’une rythmique entêtante et brutale, sublimées, par ce contraste, dans leur fraîcheur désaltérante.

Car Pixvae c’est avant tout la rencontre de deux formations aux univers aussi différents qu’affirmés, celui des mélodies et rythmiques du Pacifique sud Colombien de Nilamayé, mené par le chanteur et percussionniste Jaime Salazar, qui perfectionne depuis des années des recettes aux ingrédients sud américains aussi variées qu’inventives, et celui du math-rock sombre et avant-gardiste du power-trio lyonnais Kouma.

A l’instar de l’éthio-rock crunchy d’un Ukandanz, le résultat de la fusion des cultures du projet Pixvae est détonant !  Une fois encore, cette addition des genres produit plus que la simple somme de ses composantes, et ouvre le champ d’un imaginaire fertile aux combinaisons infinies.

Les riffs incisifs et aux vertus psychotropes de la guitare et du saxophone baryton à l’unisson, en désorganisant la structure rythmique du currulao traditionnel, mettent en lumière la simplicité apparente du chant, et soulignent la richesse de ses harmonies tendues.

Et c’est lorsque la juxtaposition mécanique des cellules rythmiques produit un magma noisy-jazz-rock, que surgissent comme autant de gerbes les chœurs inspirés du répertoire afro-colombien des deux chanteuses, produisant un mélange éruptif qui semble jaillir de la bouche fumante du Nevado del Ruiz !

L’énergie rock de cette musique vous prend aux entrailles, le combo franco-colombien assenant dans cet opus huit titres qui sont autant de secousses telluriques ! De « La Fuga » et son refrain accrocheur qui ouvre l’album à la marche hypnotique de « El Nazareno », en passant par « La Plegaria » à l’ambiance inquiétante et implacable, la lave en fusion de Pixvae emporte tout sur son passage et le groupe redessine sans complexes une terre de contraste au paysage heurté.

Le duo de chanteuses de Nilamayé (Alejandra Charry et Margaux Delatour) accompagne tantôt ce déferlement d’énergie et semble tantôt lutter contre les éléments déchaînés avec un enthousiasme désarmant. Les airs traditionnels et leurs mélodies fragiles paraissent ainsi traverser le séisme orchestré par la rythmique tribale et viscérale des musiciens de Kouma, et nous parvenir comme au-delà du fracas, au-delà du temps, intacts.

Saluons ensemble la naissance de Pixvae, et gageons que cet album fondateur sera suivi d’autres éruptions !

Jaime Salaza – voix et percussion ; Alejandra Charry – voix et guasa ; Margaux Delatour – voix et guasa ; Damien Cluzel – guitare baryton ; Léo Dumont – batterie ; Romain Dugelay – saxophone baryton.


Articles

 

 

 

 

Comment