Nels Cline, Lovers (Blue Note)

Le guitariste Nels Cline, membre entre autre du groupe de rock Wilco, semble, à travers l'ensemble de ses projets, être toujours à la recherche de nouveaux timbres. À l'aide du multi-instrumentiste, compositeur et arrangeur, Michael Leonhart, cette volonté s'étend à travers Lovers à un effectif orchestral de vingt-trois musiciens. Les personnalités de ces deux artistes s'unissent pour former un double album de dix-huit enregistrements conjuguant des compositions du guitariste avec celles de standards de jazz américains – Hart, Young, Hammerstein, Mancini – mais aussi du Sonic Youth, Michel Portal et Arto Lindsay pour ne citer que quelques exemples illustrant la diversité des influences présentes sur ce disque. Ajoutons à l'ensemble les inspirations de compositeurs du XXe siècle pour les arrangements et orchestration, le résultat est un savant mélange entre clichés musicaux et surprises permanentes.

Vu comme un « renouvellement de la "mood music" autant dans l'idée que dans l'idéal tout en reconsidérant notre notion de romance »1 cet album amène l'auditeur au sein de nombreuses ambiances. En témoigne les mélancoliques « Hairpin & Hatbox », « The Bed We Made » ou encore « Glad to Be Unhappy » se rapprochant de l'esprit des musicals américains, les mystérieux « Cry, Want », « The Night Porter/Max, Mon Amour » ou « So Hard It Hurts/Touching » proches des travaux de compositeurs modernes ou bien les surprenant « Why Was I Born ? », « Secret Love » ainsi que le dernier titre « The Bond » qui, par sa métrique à sept temps, donne une certaine singularité à cette ballade pop. Quasiment chaque titre possède son lot d'originalité et d’inattendu, passant de grands accords de cordes à un son plus corny, par exemple 

L'improvisation, tout en étant bien présente, n'est pas ici, le centre de cette musique. Les soli possèdent une simplicité et une efficacité en adéquation avec les enjeux musicaux insufflant une certaine humilité à Lovers. L'écriture orchestrale, quant à elle, sublime le jeu de guitare de Nels Cline, les choix instrumentaux de Michael Leonhart sont souvent bien vus et ingénieux. Le titre « Search for Cat » initialement composé par Henry Mancini pour le film Breakfast at Tiffany's mais absente de la bande originale, déploie les capacités orchestrales et possède un caractère particulier au sein de l'album où la guitare n'est plus lead et se fond dans les timbres orchestraux.

Il serait encore possible de parler des nombreux tableaux que possède ce disque, tel le groove litanique à six temps de « Lady Gabor » mais ce projet qui germe depuis plus de vingt-cinq ans dans l'esprit de Nels Cline se doit d'avoir avant-tout une écoute toute particulière afin de saisir toutes les facettes que possède ce Lovers


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