Cyril Achard Duo avec Géraldine Laurent, Visitation, ACM Jazz Label, 2016

 

A voir l'album, on se dit tout d'abord « chouette ! » - en plus honnête : « putain, trop cool ! » - à retrouver sur galette Géraldine Laurent, qui tient quand même une de ses formes depuis bien trop de temps. Ça pue le dopage cette affaire. Enfin... Puis on se dit : « et béh, un duo guitare/voix », car on est du genre à constater les choses. Mais c'est rare et osé, un duo guitare/voix, donc on est intrigué. Et conséquemment, on met le petit disque dans son système hifi, tout content, et par hasard on s'aperçoit que Christophe Dal Sasso est aussi dans la combine, côté production. Alors, on a un petit a priori positif sur ce guitariste qu'on avoue ne pas connaître plus que quelques réminiscences diffuses...

Cyril Achard est donc à la guitare acoustique et à la composition – excepté deux titres, dont une reprise de Jobim, « Insensatez ». Les guitaristes et Jobim, on se dit que quand même, y'a un truc. Plus galvanisés qu'un militant de Copé face à un burkini, les mecs... Le premier titre donne la couleur de l'ensemble de l'album, qui joue énormément sur l'ouverture harmonique du duo et exploite à fond un ressort ''chanson'', aussi bien dans l'accompagnement aux doigts de la guitare que dans les soli de Géraldine Laurent, traversés d'une fascination mélodique et lyrique dans laquelle elle se vautre avec son talent et sa personnalité décidément fascinants. L'enchaînement de ces neufs chansons donnent à Visitation un caractère à la fois très clair ; parfois trop univoque à mon goût – on se dit qu'on aime bien les tissus plus bariolés et avec plus de mailles. Quoiqu'on se rende bien compte que ce n'est pas vraiment le propos de ce duo, qui arpente d'autres sentiers, sans quérulence ni épate. Et qu'en terme de bariolage, on pourra s'y retrouver grâce aux différentes couleurs instillées par l'album : teinte jazz, chrome brésilien, nuance pop, patine folk... On parlait plus de la matière sonore. Faut être précis.

 

Les compositions de Cyril Achard mettent ainsi en exergue des harmonies épurées et sobres magnifiant la teneur mélodique de l'album ; et libèrent des espaces d'expression des plus intéressants aussi bien en solo que dans l'interaction entre les deux musiciens : le solo d'introduction d' « Insensatez » à la guitare, le beau et complexe solo de l'altiste sur « Bella Notte », etc. Dans la douceur et l'espace infini ouverts par la formation, les couleurs et les choix esthétiques, les deux musiciens trouvent ainsi les ressources d'un langage à la fois plus singulier qu'il n'y paraît, truffé de citations et d'idées remarquables, tout en s'en tenant à une clarté de parole indéniable.

Visitation introduit vite dans les oreilles certains prédécesseurs armés de guitares acoustiques, jouées au doigt en formation resserrée, notamment moult projets de Sylvain Luc pour rester sous le signe de l'Hexagone récent : si la comparaison tient, et comme toute comparaison elle ne tient jamais vraiment, on se réjouit de voir que Cyril Achard a comme son aîné beaucoup à dire dans un contexte des plus délicats ; mais qu'il sait s'en démarquer pour délivrer une musique délicate et raffinée, qui devrait séduire un large public en quête d'éther et de doux, avec l'exigence musicienne de tenir un discours original et vrai.

A la fin de l'écoute, on se dit qu'on continuera à écouter Cyril Achard et ses mélodies au mélancolisme diaphane, qui sont plus que de vagues réminiscences.


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