Marc Ducret & Journal Intime, Paysage avec Bruits, Abalone/L'Autre Distribution, 2016

Franchement, ça fait plaisir. Marc Ducret et ses trente berges de carrière à se faire une œuvre et un (re)nom pourraient très bien ressasser, ratiociner, s'immobiliser ; il tournerait quand même. Les fameux ''grands'' et ''géants'' du jazz, c'est au fond d'abord ça : ceux qui n'ont plus besoin d'inventer ou de surprendre pour qu'on les écoute. Une marque oubliant quelque peu d'être musicien, ce qui permet de faire un mauvais bœuf sans que personne ne s'en offusque, à la Philharmonie de Paris ou ailleurs. Mais je m'égare. Revenons au Paysage avec Bruits.

J'aimerais pouvoir en donner la trame, le plan et les arrière-plan, les décors et les horizons. Mais Marc Ducret et Journal Intime dressent leur camp à la confluence de maints flux musicaux, à l'angle mort de tout coup de pinceau : une écriture très ''classique plus ou moins contemporain'' dès l'entame de ''La Renarde'', quasi symphonique dans sa gestion des respirations et des silences ou son travail sur les timbres. De vrais passages trempés dans le free, quelque chose comme des racines bop. Une ballade aux faux accents folk (''Presqu'une Île'', à la conclusion également très classique, mais de celui qui groove), et forcément ces recherches dans le rythme et l'improvisation qu'on a l'habitude d'entendre chez Ducret. Des bruits, des paysages qu'on ne peut peindre, scènes irréfragables. Paysages avec bruits qui ne sont rien d'autres que des paysages sonores, marines, abstraits, naturalistes, vécus et musicaux.

Cette impossibilité de peindre qui n'empêche pas de saluer l'exploitation magistrale de la palette iconoclaste de l'album, dont la formation en trio + 1 est des plus rares : une guitare (Ducret), et trois soufflants (Sylvain Bardiau à la trompette, Matthias Mahler au trombone, Frédéric Gastard au saxophone basse). Les compositions de Marc Ducret exploitent à plein ce quartet mouvant qui de son talent permet largement d'articuler les univers et couleurs à la riche pluralité de cette musique, en utilisant qui plus est avec parcimonie les possibilités harmoniques de la guitare. Dans leurs paysages avec bruits, les quatre musiciens déroulent des fils et des flux, travaillent les timbres et les textures dans des contraintes de registres qu'ils font oublier, et invitent à une promenade à la Vernet dans des territoires qu'on connaît si bien. C'est que nous ne les avions jamais parcourus.

Un sacré album, d'un sacré musicien pas encore disposé à se laisser aller à devenir un géant.

Marc Ducret : guitare électrique (Vendramini) et acoustique (Guild F50), composition / Sylvain Bardiau : trompette / Matthias Mahler : trombone / Frédéric Gastard : saxophone Basse / Antonin Rayon : production, mixage et mastering


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