Joe Lovano Quartet - Classic !

L’album Classic ! est la captation de la prestation donnée le 14 août 2005 au Festival de Jazz de Newport par le Quartet de Joe Lovano, à savoir le leader au saxophone, le pianiste Hank Jones, George Mraz - contrebassiste d’origine tchécoslovaque et le drummer Lewis Nash. Soit trois maîtres du jazz dans la maturité de la jeune cinquantaine autour du « vieux sage » de 87 ans qu’est alors Hank Jones, le frère du batteur Elvin Jones et du trompettiste Thad Jones ( dont le quartet reprend ici la belle composition «  Kids Are Pretty People »).

La parution tardive de ce concert mémorable s’explique par la volonté du leader de rendre hommage à Bruce Lundvall, ce producteur respecté par plusieurs générations de musiciens, qui nous a quitté en mai dernier et qui au cours de sa longue carrière a laissé son empreinte chez Columbia Records, Elektra Records et qui fut longtemps en charge de la destinée du label Blue Note. L’album est aussi une manière de saluer la mémoire de Hank Jones (disparu en 2010) et qui était, pour reprendre les mots même de Joe Lovano : « clearly one of the modern jazz genius of the time ». Pour ce concert, derrière ses fûts, Lewis Nash remplace son collègue Paul Motian, pris par d’autres engagements en Europe, et qui tenait la batterie dans les enregistrements réalisés par le quartet en studio (album Joyous Encounter de Mai 2005). Il y apporte son drive et sa musicalité propre et relance l‘adrénaline et  la spontanéité de ses partenaires.

«  C’était vraiment mon quartet classique dans tous les sens du terme » précise Joe Lovano. On abonde en ce senscar il y avaitbien lors de ce concert un  classicisme de bon aloi  dans l’interplay des musiciens,  dans la pureté et la limpidité du discours de chacun, dans l’idéal équilibre entre sens mélodique, swing et harmonie. C’est à une leçon de musique que nous invite ce quartet où tout musicien amateur, sur son instrument de prédilection,  ne manquera pas de tirer des enseignements  (équilibre parfait entre les deux mains de Hank Jones, les dialogues entre piano et contrebasse, la construction de courts solos de batterie comme des ponctuations ou des relances de respiration, les interventions aériennes du piano). Joe Lovano est comme en lévitation et ses idées fusent sans négliger le chant. Le déploiement de son jeu et de sa sonorité un peu pincée s’inscrivent  quelque part, sans monotonie,  entre hard bop et dérapages contrôlés à la lisière du free, comme s’il s’agissait de faire la synthèse de toutes les écoles du saxophone.

Le leader signe «  Big Ben » et «  I’m All For You », compositions de belle facturemais ma subjectivité me fait retenirl’inévitable qualité mélodique de «  Don’t Ever Leave Me » née de la plume de Jerome Kern et Oscar Hammerstein III,  le délicieux « Kids Are All Pretty » de Thad Jones et surtout «  Six and Four »  d’Oliver Nelson, dernière plage de l’album qui donne l’irrépressible envie de claquer les doigts, de siffler sur la mélodie, une pièce qui ne manque pas d’esprit rageur, qui commence avec un piano percussif et qui se conclut sur un solo sublime de transparence.


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