Parfois, il serait préférable d’être poète. Comment un petit chroniqueur musical enfermé dans son vocabulaire limité peut-il transcrire par ses mots un monde sonore qui s’impose dès les premières notes du piano et souligner l’onirisme porté par le bugle ? Oui, comment le dit chroniqueur peut–il décrire le calme voluptueux sans déliquescence, l’intériorité sans introversion, l’impressionnisme pensif de Whispers que nous proposent le pianiste Jean–Christophe Cholet, le suisse Matthieu Michel au bugle parfois secondé par l’accordéoniste Didier Ithursarry et le batteur Ramon Lopez ? Le chroniqueur, satisfait de ne pas être confronté pour une fois à des effets électroniques, n’a pas vu le temps passer bien qu’il ait eu par moments le sentiment de visiter un monde impressionniste déjà entrevu, un monde sonore bien français dans l’esprit.

Whispers, le titre de l’album est déjà à lui seul tout un programme, celui des chuchotements, du murmure, de la façon de dire les choses sans élever la voix. Le ton s’impose dès «  Fair », la première composition cosignée de Matthieu Michel et de Jean-Christophe Cholet : recherche de timbres et d’alliages sonores, travail de marqueterie quasi artisanale de sons acoustiques. Cela trouve sa traduction dans les formules qui vont du dialogue piano/ bugle («  Fair » ; «  He’s Gone ») à la rencontre du quartet («  Zemer », Diss « Rêve ») en passant par le piano en solo («  Noctambule »). Les interventions subtiles de l’accordéoniste Didier Ithurssary semblent décalquer celles du génial Tommy Gumina dans les disques qu’il gravait avec Buddy de Franco. Le jeu de Ramon Lopez, en particulier aux cymbales, accompagne idéalement les notes perlées du piano et la sonorité du bugle.

Pianiste et compositeur éclectique, Jean–Christophe Cholet s’est formé auprès de Kenny Barron et de Richard Beirach et on n’est pas étonné qu’il ait croisé le fer avec Paolo Fresu et Charlie Mariano, deux musiciens sensibles aux aspects mélodiques et porteurs d’une sombre poésie. Il offre ici huit compositions mais rend hommage à Charlie Mariano en lui empruntant «  He’s gone ». De son côté, Matthieu Michel, qui est de la même génération que le pianiste, possède un son tout de sobriété mélancolique.

Philippe Lesage

Jean-Christophe Cholet, Matthieu Michel, Didier Ithursarry, Ramon Lopez, Whispers, La Buissonne, 2016

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