On parle souvent du jazz moderne. Attendez : ''on'', c'est-à-dire la petite minorité de gens que ça intéresse, parce qu'en vrai on parle plutôt de foot et d'essence trop chère ou disparue. Pour en revenir au jazz moderne : si on entend par là trop d'esthétiques différentes pour que l'appellation ait un sens réel, il faut bien reconnaître qu'elle désigne souvent le genre de musique perpétrée par PJ5. Instrumentale, sophistiquée, léchée, se posant sans discontinuer la question de l'intégration des soli dans l'écriture, mêlant des couleurs et des influences, camaïeu de sons électro, pop, rock, etc. La baseline du site du quintet ne s'en fait pas mystère : nu-jazz with a rocky touch. On parle souvent de nu-jazz. Attendez...

Non. Il suffit. Mené par Paul Jarret, jeune guitariste et compositeur, le Paul Jarret Quintet (on suppute que là est le sens de PJ5) arpente cette esthétique assez mainstream – mais seulement pour la petite minorité évoquée ci-dessus du jazz contemporain avec une sincérité et un talent indéniable. Ce Trees constitue le deuxième album du quintet, dont on peut se demander s'il est celui des promesses tenues, de la maturité, de la poursuite des explorations... Car PJ5 explore à n'en pas douter, en témoigne le répertoire entièrement inédit composé et arrangé par Jarret avec maîtrise et cohérence, nimbé çà et là de plus de poudre parlant sur certains titres qui raviront les amateurs du genre : le crescendo de ''Kallsjön'', le séquençage redoutable du très rock ''Yggrasil'' parmi d'autres, un usage des effets électroniques qui fait quasi systématiquement nécessité.

PJ5 appartient ainsi de toute évidence – ça saute aux tympans, en fait – à cette nouvelle garde française qui a des choses à dire dans un jazz de genre ; et l'ensemble du groupe ne fait pas défaut au travail du compositeur et leader : outre la polyvalence irréprochable de la rythmique (Alexandre Perrot à la basse, Ariel Tessier derrière les fûts), les soufflants (Maxence Ravelomanantsoa au ténor, Léo Pellet au trombone) se gavent d'une écriture qui leur libère de larges espaces harmoniques et emploie souvent et à bon escient leur énergie presque funk de bon aloi. La tonalité sylvestre de l'album, validée par un ''Walden'' forcément en référence à Thoreau et les multiples clins d'yeux scandinaves (parce que la Scandinavie, c'est juste la forêt), apporte une cohérence d'ensemble qui souligne encore la conception perfectionniste de Trees.

Tout va bien donc, pour PJ5 ; même si la petite minorité citée par deux fois ci-dessus pourrait trouver à redire sur une esthétique qu'elle entend bien souvent depuis les années 90 et son cortège de Molvaer, Wesseltoft, certains Truffaz, beaucoup d'Avishai Cohen le contrebassiste, et bien bien d'autres. Trees parvient malgré quelques tics de langage (Paul Jarret, il kiffe pas mal les riffs bourrins de gratte) à s'extraire de la chausse-trappe d'un discours trop littéral et compassé en s'aventurant vers d'autres univers plus improvisés (''Waldensamkeit''), et une énième fois par des arrangements et compositions intestables. Pas sûr que cela convainque qui n'est pas versé dans ce genre de démarche, mais que peut-on contre les oeillères aux oreilles dont l'auteur de ces lignes est d'ailleurs une victime au stade terminal ?

Ah si! on peut suivre l'actualité du label Gaya de Samy Thiébaut, qui ne cesse d'accueillir tous les jazz avec exigence et générosité, dans des productions irréprochables, et fait une nouvelle fois la preuve de sa nécessité dans le paysage contemporain.

Pierre Tenne

PJ5, Trees, Gaya Music Production/Socadisc, 2016

Member Login
Welcome, (First Name)!

Forgot? Show
Log In
Enter Member Area
My Profile Not a member? Sign up. Log Out