Injonction personnelle avant de poser le disque sur la platine mais après avoir lu chroniques et interview de Céline Bonacina, multipliées à raison dans la presse spécialisée de ces derniers jours : garder la spontanéité dans la découverte de la musique et l’objectivité de jugement du critique. Et cela ne s’avère pas trop difficile au regard de la qualité générale de l’album. Les commentateurs cités avaient raison de souligner la dimension poétique, la luminosité et la sérénité qui se déploient tout au long des dix plages.

Que note-t’on ? La cohésion parfaite du quartet où les membres du « team » savent passer la balle en profondeur entre les lignes comme certaines équipes de foot aimeraient savoir le faire sans négliger tout autant de signer de beaux ensembles où la section rythmique démontre qu’elle n’est pas seulement là pour mettre en valeur la signataire du disque. Quoi d’autres ? Une homogénéité du répertoire tant au niveau de l’écriture que de l’exposition des idées, une fraicheur d’inspiration, une musique qui donne le sentiment que tout a été pensé, pesé, réfléchi, une modernité qui ne s’effraie pas d’un certain classicisme de forme. Et encore ? Le lyrisme de Céline Bonacina au baryton, le drive du batteur israélien Asaf Sirkis qui soutient et relance avec finesse, la logique musicale du pianiste anglais Gwilym Simcock et la présence des lignes de basse du canadien de Paris Chris Jennings. Voilà bien des atouts, n’est-il pas ?

Si pour l’auditeur, il n’est pas toujours évident de ressentir ce que les titres des compositions sont censés dépeindre, on ne peut qu’accepter que « Crystal Rain », composition qui donnera son titre à l’album, soit une évocation des bienfaits du cristal de roche qui réfracte la lumière. Cette pièce, de toute évidence la plus belle de l’album et la plus étonnante, révèle une sérénité insouciante. Les trois premières plages ( « Smiles For Serious People », » Cyclone », «  Child’s Mood), qui brodent autour de l’idée de transition et d’ouverture sur quelque chose de serein et d’harmonieux, sont également superbes. Dans « Smiles For Serious People », qui renferme quelque chose de méditatif, Céline Bonacina y embouche tour à tour alto, soprano et baryton et dans « Cyclone », son baryton « slappe » et déraille comme pour signaler avec gravité un nouveau départ. «  Väntan », composition du bassiste Chris Jennings, m’a beaucoup séduit par ce quelque chose de translucide qui dépeint l’attente des horizons glacés et ardents de la Scandinavie.

Philippe Lesage

Céline Bonacina Crystal Quartet, Crystal Rain, Cristal Records, 2016

Voir aussi notre compte-rendu de concert au Sunside pour la sortie de Crystal Rain.