Elle est bien jeune pour jouer aussi bien de sa batterie, Anne Pacéo. Trente ans à peine sonnés, quatre disques, bien des concerts dans bien des pays sur tous les continents. Une âme bien née, la musique dans le rythme et la peau, des gourmandises polyrythmiques, des finesses, du bon. « Myanmar Folk Song », CQFB. Ce qu'il fallait battre.

A ses côtés, du beau linge made in France de cette génération : Emile Parisien au saxophone, Leila Martial et sa polyvalence dyonisiaque, Tony Paeleman entre claviers et basse. N'oublions pas Adrien Daoud, en featuring au ténor sur un titre. Le line-up condense ainsi une certaine idée de la nouvelle génération parisienne, réunie ici autour d'un album qui se veut celui d'un nouvel élan de la carrière de l'ancienne disciple de Dré Pallemaerts, qui s'aventure vers de nouveaux rivages avec un Circles traversé de boucles et de cycles qui apportent une coloration très électro, parfois pop, toujours assumée à l'ensemble de l'album. D'où le passage obligé de mise à distance : à qui défend un jazz pur de ces influences, on conseille de passer son chemin. Zou.

Vous êtes encore là, alors. Qu'avez vous à y gagner ? Peut-être tout connement la qualité entrelacée des compositions et de l'exécution. Prenez ''Sables'', quasi drum and bass dans l'esprit et les coups de boutoir de Paeleman. Superposez le jeu d'une justesse rare de Pacéo derrière les fûts, et demandez-vous un peu qui peut en studio faire ainsi sonner sa ride ? L'onirisme drapé de Parisien et Marital dans un étonnant duo diffus. Là-dessus, une lente construction de la composition – tout cela est très écrit, oui – qui spirale autour d'une mélodie (tout cela est très mélodique) d'une simplicité sans facilité, pour un morceau qui illustre bien les potentialités explorées par la batteuse et son quartet [tout cela est très collectif]. A ce petit jeu, Circles fait son travail d'envoûtement, ponctuée de morceaux plus saillants que d'autres, notamment ce ''Myanmar Folk Song'' emprunté aux musiques traditionnelles birmanes, magnifiquement arrangées, et prouvant qu'en plus des qualités instrumentales, expressives et de cette démarche tentée par l'électro, Anne Pacéo construit toujours un univers pluriel, kaléidoscopique et d'une richesse en mouvement.

Dans cet univers qu'elle construit, on y retrouve toujours son compte. C'est dire en creux que certaines voies intéressent moins : malgré l'impeccable Leïla Martial et le travail de la section, la ballade pop ''Today'', quasi anti-folk dans l'esprit et emblématique du travail de fond de la batteuse sur la mélodie. Aussi certains moments d'épure ouvrant des espaces harmoniques qui convainquent plus aléatoirement, aussi l'intervention de morceaux presque rappés (''Toundra'')... Toutes choses qu'on imagine bien séduire d'autres auditeurs, plus sensibles à ces esthétiques qu'un critique forcément snob. Sinon, on a pas le diplôme.

Bon ! Tout ça pour dire que dans cette démarche de renouvellement d'une carrière fort jeune mais déjà bien pleine, Anne Pacéo prend des directions multiples, certaines déjà frayées par d'autres, mais où l'on sent en sus de son incroyable talent une sincérité que personne n'oserait mettre en doute. De quoi se plaint-on, sérieusement ? Ah si, de ne l'avoir pas vue en concert. Ce serait sympa, ça. Surtout qu'on se demande bien si sur scène ces cercles siéraient à ces sceptiques sur cire. Sinon, franchement, ça va.

Pierre Tenne

Anne Pacéo, Circles, Laborie Jazz/Socadisc, sortie le 22 janvier 2016, il y a bien longtemps, désolé...

 

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