The Watershed est composé de quatre musiciens : Christophe Panzani, Pierre Perchaud, Tony Paeleman, Karl Jannuska. Ils représentent la nouvelle avant-garde du jazz français et se sont déjà fait un nom parmi leurs pairs et auprès du public. Le nom de leur groupe désigne l’endroit où les eaux se partagent, mais représente aussi un point de non-retour, ce moment où les choses changent définitivement. Ici, il a pris la forme d’un grand saut vers l’inconnu : l’album est en effet le fruit d’une improvisation lors d’une session de studio, enregistrée d’un seul trait. Les quatre membres se sont donné comme mot d’ordre de ne pas partir de morceaux écrits d’avance mais de laisser les idées émerger et se développer. Le nom de l’album Inhale/Exhale exprime aussi ce concept de musique mouvante. Alors on bouge, mais où est-ce qu’on va ?

Dans des contrées où le décor, assez dépouillé, est posé par des motifs répétés en boucle. Il y souffle un vent très doux : Christophe Panzani (ténor sax, bass clarinette et flûte) joue tout en retenue et donne dans la concision. A la guitare, Tony Perchaud est parfois très minimaliste ou multiplie les effets comme la distorsion pour un son très rock comme sur « Fat Bum ». Il est soutenu par une batterie toute en nuances assurée par Karl Jannuska. Le ténébreux morceau « Dark Waters » illustre le mieux l’ambiance représentée par la pochette du disque dont la sobriété et la couleur rappelleraient presque l’esthétique d’un certain label allemand. « Running Water » - eh oui, on vous a dit qu’il était question d’eau ! - est marqué par le jeu de Tony Paeleman au piano et fait régner une ambiance teintée de mélancolie. Mais le courant charrie aussi des pépites plus lumineuses comme « Bright Sun » ou « Diana ». Porté par une guitare délicate et un saxophone à la sonorité ronde, ce morceau est empreint de douceur. Tout comme « Vermilion Sky » qui clôt l’album avec un flot plein de promesses.

The Watershed signent avec « Inhale/Exhale » un disque réussi. Né d’une vision commune et d’une solide amitié, il témoigne aussi d’une grande confiance pour se lancer dans un exercice aussi périlleux. Un pari qui paraissait risqué mais qui se révèle finalement gagnant.

Fara Rakotoarisoa

The Watershed, Inhale/Exhale, Absilone/Socadisc, 2016

En concert le 10 février au Sunset

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