Au féru de cohérence et d'école, gourmand d'improvisation, connaisseur des modes parisiennes, au collectionneur fanatique de tricots et au chaland bienveillant de lectif, à toi qui aime le violon, à elle et lui préférant le celle et à qui jouit des percussions, à tout autre que j'ignore, en amour avec...

Ce trio trouvera dans ses affiliations, inventoriées ci-dessus, les causes de désamours ou d'adoration de tout un chacun qui a déjà un avis sur la musique produite par ces trois musiciens, au cœur de l'une des scènes les plus dynamiques du Paris contemporain depuis quelques années. Détracteurs, reprochez le manque de swing et le tropisme proprement ineffable des ''musiques improvisées'', les explorations déjà entamées par d'autres projets des frères Ceccaldi - nouvelles stars - ou de Sylvain Darrifourcq, ici parfois redites, les références post-pataphysiques des titres et de cet univers très contrôlé, ad libitum mon ptit pote... Friands, retrouvez le talent de ces musiciens pour faire la musique qui est la leur – et bien d'autres, plus ou moins proches, lorsqu'on a entendu ces musiciens dans d'autres contextes (dont, très récemment, Darrifourcq dans le White Desert Orchestra). C'est bien de ce talent et de cette musique que l'on va, un moment, papotipoter.

Suivez l'« Asil Guide », troisième titre du skeud : suite condensée (moins de cinq minutes) de tempi, de références, d'énergies, d'esthétiques, qui s'ouvre sur un chaos bruit assumé avec verve par les frères Ceccaldi (Valentin au violoncelle, Théo au violon), tandis que Darrifourcq dialogue avec une syncope minérale qu'il extrait d'un néant, d'une matière décomposée du son. Chaque musicien en extrait des fragments de phrases mélodiques, de rythmes, d'une poésie qui sait cristalliser une simple pulsation ; ou à l'inverse, dense, strider et inquiéter. Soudain la ligne de basse, sorte de blues évaporé dans un rythme jamais fixe. Superposition de cellules obsessionnelles par les musiciens. Couleur ''classique contemporain'', comme disent les gens. Et crescendo du trio qui s'éteint brusque, dans une nouvelle ligne du violoncelle. C'est déjà fini. « Sexy Champagne ».

Une vraie suite, quoi. Qui bricole dans l'improvisation tout un tas de choses qui font le vocabulaire étrange, très propre quoiqu'on en dise, très maîtrisé, maintes séductions au dedans, de ce trio et de chacun de ses membres. Tout un tas de choses que l'on pourrait dire : j'ai déjà entendu, je connais ça, déjà fait, déjà vu, et tutti quanti... Seulement, en musique également, il n'y a pas de fierté dans les je-vous-l'avais-bien-dit, et In Love With a indéniablement deux cordes majeures à son arc, en plus des huit des frères Ceccaldi : un univers bien à soi, une capacité à sortir judicieusement des clous à chaque instant qui fait attendre à l'auditeur des déviations constantes, mêmes lorsqu'elles ne viennent pas.

Pour conclure - aux puritains de la chroniques trop longue : vous pouvez arrêtez la lecture - un mot sur le leader officieux de ce trio, compositeur et percussionniste. Nous ne dirons rien en effet des autres ladres pour qui on se reportera à d'autres textes, ici-même ou partout ailleurs. Déjà impressionnant sur scène (le White Desert Orchestra, derechef), il épate ici sur galette. Etonne. Déroute. Emballe. Disjoncte et apaise. Dans une polymorphie fascinante de son propos, soutenue par le souffle des frères Ceccaldi, oui, le souffle, Sylvain Darrifourcq parvient à une densité sonore et musicale rare derrière les fûts de sa batterie, exhalant le chaud des timbres (« Les Flics de la Police ») et du polyrythmé comme le froid intellectuellement roboratif et sensiblement excitant d'une déconstruction en forme de collages (« Le bousier »). Et bien d'autres choses encore.

Aux orthodoxes de la synthèse et puritains des phrases définitives, cette musique érotique – c'est trop ou trop peu dire – transcende le genre qu'inventent ces musiciens, aux carrefours de leurs propres itinéraires musicaux et des références qui les jalonnent (improvisation, jazz, bruitisme, classicisme, arts plastiques, une certaine poésie, etc.) sans tomber dans les caricatures qu'on peut dénoncer à ce type de démarche, jamais loin d'une certaine préciosité. Comment conclure... Aux amoureux, aux érotomanes ! In Love With, Axel érotique...

Pierre Tenne

In Love With, Axel Erotic, In Love With/Becoq Records, 2016

 

 

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