Je ne sais pas quoi dire. Moi j'aime bien les big bands. Puis j'ai déjà beaucoup dit ici. J'aime aussi les orchestres. Même les orchestras. Le Surnatural Orchestra à 15 ans : l'âge mûr pour un orchestre qui a son noyau dur, ses nouveaux-venus, ses historiques, ses invités (Ferry Heijne, du groupe hollandais De Kift), ses associés, ses partis, ses restants, ses satellites, parfois tout ça à la fois.

Collectif autant qu'orchestre, ensemble mouvant et bien vivant, le Surnatural Orchestra revient donc avec Ronde, album qui se veut aussi objet dans une volonté de lutte contre la dématérialisation musicale qui fait pendant au travail sur le rituel du concert élaboré par ces musiciens, et qui investit alors le (beau) travail de Camille Sauvage pour la réalisation graphique.

 

Au point de vue zik maintenant, Ronde fait entendre une variété quasi cinématographique, cinétique de sonorités, de couleurs et de registres le long du fil tendu et tissé avec un perfectionnisme d'arrangeur confirmé. ''fffff'' (Baptiste Bouquin) fait feuler une fanfare fantasque sur une rythmique binaire et des chorus jouissifs des cuivres, pièces trop disparates d'improvisations minimalistes (incandescente flûte, semble-t-il de Fanny Ménégoz en intro) débouchant sur des unissons contrariés et crescendos au silence compassé, rompu (« Megantereon », Fabrice Theuillon). Ronde offre dispendieuse cette richesse musicale qui nous paraît en quête d'abord d'une jouissance, aussi bien celle de ceux qui jouent que de ceux qui écoutent.

D'où sans nul doute les mélodies d'évidence gagnant en complexité et profondeur par des arrangements d'une maîtrise remarquable (« Gallia », Adrien Amey), d'où sans moins de doute encore la qualité instrumentale de nombreux musiciens, d'où ce rythme entêtant et jamais chiant qui accompagne l'auditeur dans cette Ronde sans jamais s'ennuyer, toujours jouissant. Et cette Ronde, ma foi elle est belle et heureuse, parfois trop contrôlée – si ça veut bien dire quoi que ce soit – sur galette, ce qui inciterait à voir dans ce fameux objet disque le bon contrepoint à la performance de concert, qui fait une part plus large au foutraque, au scénique, à l'impromptu, à l'imprévu... Cette complémentarité scène/album est des plus classiques, mais cet orchestre la fignole à un degré supérieur de nécessité, qui donne fait entendre à nouveaux frais leur discographie, dont Ronde n'est pas le moindre des atours. Un très bel album, qui doit inciter à de très beaux concerts. Quelque chose comme ça. Quelque chose qui fait aimer plus encore les orchestres.

Pierre Tenne

Surnatural Orchestra, Ronde, Collectif Surnatural, 20 janvier 2016

 

CLÉA TORALES flûte
FANNY MÉNÉGOZ flûte, piccolo
ADRIEN AMEY saxophones soprano et alto
BAPTISTE BOUQUIN saxophone alto, clarinette
JEANNOT SALVATORI saxophone alto
ROBIN FINCKER saxophone ténor, clarinette
NICOLAS STEPHAN saxophone ténor, chant
FABRICE THEUILLON saxophone baryton, effets
JULIEN ROUSSEAU trompette, bugle, euphonium
ANTOINE BERJEAUT trompette, bugle
IZIDOR LEITINGER trompette, bugle, mellophone
HANNO BAUMFELDER trombone
FRANÇOIS ROCHE-JUAREZ trombone
JUDITH WEKSTEIN trombone basse
LAURENT GÉHANT soubassophone, clavier basse
BORIS BOUBLIL claviers, guitare
ANTONIN LEYMARIE batterie
SYLVAIN LEMÊTRE percussions

 

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