Ensemble Nautilis, Christophe Rocher et Guy Le Querrec, Regards de Breizh, Innacor

L’album Regards de Breizh est le fruit du photo-concert «  Regards de Breizh », spectacle créé par l’ensemble Nautilis sur les photographies prises en Bretagne par Guy Le Querrec. En consultant les superbes photos en noir et blanc du livret, l’envie m’est venue de ressortir de ma bibliothèque Comment peut–on être breton ?, livre de Morvan Lebesque paru en 1970 à une époque où les militants régionalistes de tous bords donnaient de la voix. Journaliste au Canard Enchaîné, Morvan Lebesque pensait que la démocratie est inséparable du respect des pluralismes ethniques, du libre essor des énergies régionales, de la création des pouvoirs de base, de la reconnaissance des cultures minoritaires. C’est une pensée que semble défendre Christophe Rocher, clarinettiste de talent et activiste du monde musical associatif, maître d’œuvre du spectacle et de ce bel objet auxquels participent des musiciens vivant en Bretagne, avec son désir de raconter des histoires et de dire l’amour de la terre bretonne comme le font les clichés de Guy Le Querrec qui mettent en lumière la singularité d’une population, d’un lieu, d’un moment .

Guy Le Querrec est un improvisateur, ajoute Christophe Rocher, un musicien de l’image qui se donnerait le réel pour partition. Il a une conscience aigüe de l’instant présent, de l’instant décisif, la même conscience qui anime le musicien qui improvise. De là est né le désir de composer une musique reliant les expérimentations de Nautilis aux quarante dernières années de jazz dont Guy Le Querrec fut le témoin.

Pour cet enregistrement, Christophe Rocher a invité le violoniste Jacky Molard et la contrebassiste Hélène Labarrière (qui nous gratifie de superbes solos), eux aussi musiciens des marges des musiques improvisées et contemporaines. Résultat final : l’ensemble Nautilis et ses invités offrent une musique vivante, variée, aux aspérités rythmiques conséquentes sur des mélodies en filigrane. Dans ce qui semble émaner d’une sorte de folklore imaginaire, on relèvera une écriture orchestrale qui n’est pas sans rappeler les travaux de l’AACM ou de The Bridge (ce n’est pas surprenant puisque Christophe Rocher tisse des liens réguliers avec Chicago en général et The Bridge en particulier).

En regard des photos du livret, on écoutera avec attention la longue et vive «  Nuit de Noces » où les riffs des cuivres, la batterie, l’accordéon, le bugle et le violon s’interpellent pour livrer une musique virevoltante où pointeraient des sons campagnards de fest–noz. Avec ses sons angoissants qui s’étalent et s’étirent comme une nappe de mazout sur les plages souillées, «  La Marée était en noir » n’est pas un descriptif naturaliste mais plus l’expression d’un état d’esprit attristé. Le drumming sec, puissant, dit la violence des sentiments ressentis. «  Marché aux bêtes » renvoie à la tension des regards attentifs des hommes, femmes et enfants de la photo. Comme le souligne le drumming et le chant de la clarinette basse, ça ne rigole pas : le prix de la bête sera lourd de conséquence.


 

 

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