Takuya Kuroda, Zigzagger, Concord Records

Après un précédent album très bien produit par le chanteur, auteur, compositeur Jose James, intitulé Rising Son, auquel on pouvait juste reprocher le manque d’aspérités et de prise de risques dans la conception, Takuya Kuroda, prouve avec Zigzagger, qu’il ne fait pas partie de cette école jazz qui emprunte des lignes droites, des autoroutes à la cool équipée d’un GPS et d’un détecteur de radars. C’est un artiste qui cherche les chemins de traverse, qui va hors des sentiers battus.

Du Hip Hop, dans le groupe de DJ Premier & The BADDER avec Corey King notamment, au registre soul en collaborant avec José James, en passant par l’afro-beat avec le groupe Akoya, le trompettiste au son brillant et chaleureux a marqué les esprits sur différents projets, qui ont enrichi sa palette, déjà bien attrayante. Comme il l’expliquait dans une récente interview « Je m’applique à rester ouvert et souple afin de faire évoluer mon style ». Cette démarche artistique fait passer Taku comme le surnomme Dj premier au rang de trompettiste compositeur flamboyant « Super Saiyan » (vous savez les Super guerriers de Dragon ball Z, le manga japonais, sa coupe de cheveux crantée y fait penser, la comparaison s’arrête là……).

 

La photo de cover signée Hassan Hajjaj très pop art à l’africaine tranche avec la photo plus classique en noir et blanc de son précédent album, sur laquelle il posait en mode méditatif et introspectif, tête baissée, le regard rivé vers sa trompette. Ce choix de graphisme annonce la couleur du contenu musical et évoque déjà tout le dynamisme et l’énergie qui va irradier l’auditeur tout au long des plages de l’album. Zigzagger oscille entre diverses influences musicales, héritières du soul jazz de Lee Morgan et du jazz funk de Donald Byrd. La voix sur le fil, très douce, parfois proche du murmure de Corey King sur « R.S.B.D » et « Do they Know » apporte une tonalité feutrée néo-soul à la puissance de l’orchestration et de la trompette.

Ce trait caractéristique donne une dimension planante à « R.S.B.D », véritable tube qui fera date car il s’en dégage un groove contagieux et efficace, propre à Takuya Kuroda. Pur délice acoustique, « Little Words », offre quant à lui une oasis apaisante et la confession de Takuya rappelle les phrasés que délivrait le grand Lee Morgan sur « Remember Clifford ». Des morceaux à la production très électronique dans lesquels on sent l’influence d’un Flying Lotus, comme « Actors » ou « R.S.B.D » lui faisant contraste.

Des rythmiques rap sont également de la partie et le beat syncopé de « No Sign » sonne très J-dilla et rappellera aux aficionados, les joyaux « instrumental Hip hop » de Donuts.

Donald Byrd et Guru avec le morceau « Loungin » avaient frappé fort à l’époque, en 1993, dans le Guru's Jazzmatazz, Vol. 1 ; Les brillants artistes de Zigzagger perpétuent cet héritage en le teintant d’accents électro et d’afro beat. La reprise de « Think Twice » du même Donald Byrd avec le groupe de Brooklyn Antibalas est d’une telle fraicheur qu’on aimerait qu’elle dure plus longtemps comme les morceaux de Fela, père fondateur de ce courant musical.

Le tranchant de ses attaques et la vélocité de son phrasé font de Takuya Kuroda, le rappeur au flow percutant de cet album. Si son parcours artistique a connu certains détours c’est en tout cas pour notre plus grand bonheur, « zig zag oui j’ai dû zigzaguer » disait Mc Solaar, qui comme Donald Byrd, avait sur Jazzmatazz collaboré avec Guru (moitié du groupe Gang Starr avec Dj Premier) pour un featuring mémorable. Si les zigzags peuvent contribuer à enrichir cette perpétuelle expansion du Jazz, alors continuons à zigzaguer.

Takuya Kuroda: Trompette / Corey King: Chant, Trombone /Rashaan Carter: Contrebasse / Adam Jackson: Batterie, percussion /Takeshi Ohbayashi: Claviers, Rhodes / Keita Ogawa: Percussion


 

 

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