Yussef Kamaal, Black Focus (Brownswood Recordings)

Londres, 1995.

A l’étage des bus de nuit, s’entasse une faune bavarde et joyeuse, alors que la pluie brouille les lumières de Picadilly au travers des pare-brises embués.

A destination des clubs de la capitale, en transit pour une rave party ou un DJ set improvisé dans une maison victorienne de Notting Hill, ce public cosmopolite vibre au son de la « jungle », cette musique hier encore underground qui mêle techno, break-beat, hip hop et reggae.

C’est baignés et imprégnés de cette atmosphère que grandissent Yussef Dayes et Kamaal Williams, avant de se croiser, teenagers, dans les bars de Peckham ou de Camberwell, dans le south-London. Fréquentant les mêmes cercles musicaux sans pour autant jouer ensemble, Kamaal (aka Henry Wu) développe des accords de claviers aux progressions harmoniques planantes, alors que Yussef, avec son groupe United Vibrations, inspire son jeu de batterie ciselé de la production Drum&Bass de la scène londonienne.

Le duo « Yussef Kamaal » est imaginé en 2015 à l’occasion d’une « Boiler Room » (Dj Set londonien en petit comité, filmé et retranscrit en live sur les réseaux sociaux). Devant l’évidence de la complicité entre les deux musiciens, la jam-session se transforme rapidement en projet en soi, puis donne lieu à un enregistrement (par Malcom Catto, d’Heliocentrics), qui préserve la spontanéité et l’énergie de leurs improvisations !

Quelques accords, une ligne de basse pour fil conducteur, et l’ambiance d’un morceau se développe au gré des humeurs du duo, la musique voyageant entre un jazz aérien 70’s et un dub à la session rythmique grimey à souhait. « Black Chorus » ouvre l’album dans une introduction que Shabaka Hutchings au saxophone (Shabaka and the ancestors) survole de son souffle plein et riche. 

Kamaal Williams improvise au fil des pistes de longs chorus inspirés au Rhodes, faisant preuve d’une créativité digne d’un Herbie Hancock de l’époque HeadHunters, explorant toute la palette d’expression du piano électrique, entre arpèges vibrants aux notes perlées et accords naturellement saturés d’une rythmique funk.  D’ambiances contemplatives en patterns de batterie frénétiques, le groupe tisse un jazz aux couleurs chatoyantes entre les lignes de basses de la jungle oldschool de Londres.  « Lowrider » conclut le set sur un beat résolument electro, comme pour nous tirer de la torpeur hypnotique de « Ayla » et de « O.G. », et nous rappeler que Yussef Kamaal a pour ambition de délivrer une musique qui s’adresse autant au corps qu’à l’esprit. 

Un opus à parcourir la tête dans les étoiles et les pieds sur le dance-floor !

Yussef Dayes – Batterie; Kamaal Williams – Claviers; Tom Driessler – Basse; Mansur Brown - Guitare


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