Qu’il est attachant ce disque qui n’a pas honte d’une musique qui chante, qui déploie des mélodies plus belles les unes que les autres- le plus souvent de la plume de Baptiste Herbin lui – même- , qui est gorgé de funk («  Pour L’Ami », « My Friends » ), de rythmes caribéens ( «  Il Mio Vicino ») et africains ( «  Mafana Be ») sans omettre les ballades qui font le charme éternel du jazz comme la version sublime de «  Ask Me Now », le thème de Monk, où l’intervention en solitaire de Baptiste Herbin n’est pas sans rappeler les fêlures du Charlie Parker blessé à sa sortie de Camarillo.

Interférences est le second disque en leader de Baptiste Herbin. L’album porte le titre de la dernière plage qui est une dérive un peu à la manière du Miles Davis électrifié des années 70. On comprend que le concept d’interférences ait été retenu tant il embrasse large mais l’ambiance générale du disque relève plus des idéaux d’un Chico Hamilton ou d’un Horace Silver que du second quintet de Miles. Les musiciens sont à la hauteur du projet, ce qui n’étonnera personne en sachant qu’il y a là Sylvain Romano ( contrebasse), Benjamin Henocq ( batterie), Renaud Gensane (Tp, bugle) et Maxime Fougères ( guitare) et que des invités de marque participent à quelques plages (André Ceccarelli, Pierre de Bethmann).

Altiste et compositeur du thème, Baptiste Herbin rend hommage à un de ses maîtres dans «  Ballad For Jackie » après avoir démontré sa virtuosité sur un thème de Jackie Mc Lean lui - même : «  Appointment In Ghana ». Le magnifique «  Parker 51 » de Jimmy Raney est une autre déambulation dans le bop et une révérence à l’altiste incontournable qu’était Charlie Parker et dont on retrouve aussi l’esprit sinon la lettre dans « Ask Me Now ».

Baptiste Herbin, que l’on a pu entendre comme soliste au sein du Big Band du Petit Journal Montparnasse, ne donne pas l’impression d’être un intellectuel tourmenté, il parait plutôt sain, sérieux, toujours concentré sur son sujet. Il semble ouvert à toutes les expériences, à toutes les interférences mais son apparente prédilection pour le son des années 60 donne un disque plein de fraicheur, traversé qu’il est d’humeurs différentes et de compositions récentes dont certaines mériteraient de devenir des standards.

Philippe Lesage

Baptiste Herbin, Interférences, JLProd, janvier 2016

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