Il fallait bien le jazz pour entreprendre un voyage en terre flamande et découvrir non sans admiration la merveilleuse ville de Gand, terre de rues pavées, de trams nautiques et de verdure chatoyante. Entre coups de freins et queues de poisson on y réalise qu’il y a des pistes cyclables -et donc des cyclistes- partout. Un peu comme Strasbourg chez nous ou Amsterdam chez les voisins bataves. Dans l’habituel défilé de comparaisons avec Paris, une certitude se dégage : la qualité de l’air. Loin de notre canal Saint-Martin aux mille et une bières, les canaux de Gand sont l’un des chemins qui mènent au Bijlokesite, épicentre de la culture à Gand, avec le musée de la ville et un centre de musique, et fief annuel du Gent Jazz Festival. 19-07-Bradley1-cCOverdeput

Présents pour le 1er week-end du festival, nous avons été bien informés par les connaisseurs du coin : le “1er week-end du festival est toujours consacré au jazz”. Une précision devenue courante devant ce goût progressif des festivals dits “de jazz” pour des pop stars bouche-trous à recettes déficitaires, qui sont aussi appréciées par les programmateurs trop gourmands. Dans cette jungle, Djam se faufile à coups de discernement. Bien contents quand même de voir que Jurassic 5 jouera à Jazz à la Villette. À Gand il n’était question que de jazz pour nous avec un premier week-end qui relevait de l’incroyable avec des génies en pagaille : Jack Dejohnette, Muhal Richard Abrams, Roscoe Mitchell, Abdullah Ibrahim et Charles Lloyd… Difficile de passer à côté d’une telle programmation concentrée sur deux petits jours que seuls de gros festivals peuvent organiser. À travers le parc verdoyant du Gent Jazz défilent les stands et autres représentations de sponsors bienveillants : une voiture Volvo ; DS De Standaard, le quotidien régional flamand qui permettait de gagner une enceinte bluetooth ou un verre de champagne ; la bière Duvel (le diable) dont les petites bouteilles ont été distribuées à la sortie du parc en fin de soirée… Avant ça, la friterie, les snacks et les disques de l’énorme stand qui jouxte la grande scène à la capacité approchant les 4.000 places à vue d’oeil. Le Gent Jazz Festival est une belle machine qui a ouvert les festivités sur la grande scène avec un Jack Dejohnette “made in Chicago” bien loin de son statut de sideman de Keith Jarrett.

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Une 1ère soirée aventureuse où la musique “free” des chicagoans a précédé l’alliance rocambolesque du funky Bill Laswell et des traditionnels masters musiciens de Jajouka. Le funk américain et la transe soufi marocaines n’en étaient pas à leur première rencontre. Laswell et les maitres de Jajouka étaient déjà réunis en 2013 pour l’album The Road to Jajouka. Une collaboration rodée dont on se surprend à aimer les mariages improbables de sonorités. Les Ghaita [hautbois à anche double utilisé au Maghreb et par les musiciens musulmans d’Afrique noire] stridentes et les percussions des maitres de Jajouka se mêlent à la section américaine (batterie, basse, saxophone, trompette) dans un joyeux bordel qui fait danser des spectateurs entre les rangées. Mais la monotonie des rythmes et les aigus incessants des Ghaita ont eu raison de nos oreilles fatiguées.

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Avec Vijay Iyer, Abdullah Ibrahim et Charles Lloyd le samedi soir se plaçait d’entrée de jeu sous le signe de la mélodie. À 20h30, Abdullah Ibrahim est arrivé seul du haut de ses 80 ans et de ses doigts tremblants pour une longue introduction en solo dont les premières notes suffirent à nous rappeler la subtilité et la douceur qui naviguent dans toute son oeuvre. Avec son “Mukashi trio” - Gleave Guyton (flute, clarinette) et Noah Jackson (violoncelle, basse) - le pianiste sud-africain a entraîné le public silencieux dans une musique émouvante qui navigue avec sensibilité entre fragilité et mélancolie.

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Charles Lloyd et ses 3 phénomènes new-yorkais Gerald Clayton (piano), Joe Sanders (contrebasse) et Kendrick Scott (batterie), eux, arrivaient du Nice Jazz Festival avec dans leurs bagages des compositions qui dégagent une impression de force et de mystère. De mystère par le registre de tonalités graves dans lequel se promène le quartet et les passages à l’archet de Joe Sanders ; de force grâce au trio de mercenaires trentenaires qui accompagnent l’idole Charles Lloyd : le gros son de Joe Sanders à la basse, le jeu très appuyé de Clayton au piano… Charles Lloyd force le respect. Et la programmation du Gent Jazz Festival se révèle judicieuse. Ici les légendes vieillissantes du jazz sont encore à la hauteur de leur nom…

Florent Servia

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