Les voyages de Banlieues Bleues

Les voyages de Banlieues Bleues

Actualités - par Florent Servia - 12 mars 2018

A chacun ses marronniers. Il est difficile pour Djam de passer à côté de Banlieues Bleues et de ne pas s’en faire le relai chaque année. Outre un nom qu’on ne peut qu’aimer, le festival de la Seine Saint-Denis a le chic annuel de proposer une programmation riche et rarement convenue, explorant avec exhaustivité les larges contrées du jazz, de ses cousins et des musiques (très) improvisées.


L’AFRIQUE DU SUD

En 2018, les trois semaines s’ouvrent à leur apogée le vendredi 16 mars avec la venue du géant sensible d’Afrique du Sud, le pianiste Abdullah Ibrahim pour son projet Ekaya, pour « terre natale » en zulu. Titre éclairant pour une formation qui va chercher dans ses racines sud africaines les prémisses de sa musique américanisante. Son investissement contre l’Apartheid lui avait valu d’être invité à jouer pour l’investiture de Nelson Mandela. Pour l’introduire, le génial guitariste Sibusile Xaba rappellera qu’il a créé un son en un album encore méconnu mais sorti en septembre dernier pour le bonheur d’une critique irradiée par sa spiritualité. On se demande d’ailleurs lequel de ces deux sud africains nous donnera le plus de frissons. Car l’âme de Sibusile Xaba est plus sage que la trentaine d’années de son enveloppe.

Outre les mélodies du recueillement, les rythmes de la danse irriguent un territoire dont on n’a longtemps connu que le Cap, arrêt pour navigateurs en transit. Né britannique à la fin du XXème siècle comme un conséquence du règne sur les océans du Royaume-Uni pendant plus d’un siècle, le saxophoniste Shabaka Hutchings, né en Angleterre avant de grandir à La Barbade, a quant à lui préféré explorer les terres et traditions de l’Afrique du Sud. Là-bas, il a mis des mots sur son intérêt pour la diaspora caribéenne et l’Afrique originelle dans le titre de sa formation : Shabaka and the Ancestors  A Banlieues Bleues, Sons of Kemet, le groupe qui l’a fait connaître en France, en remet une couche avec les danseurs de Via Katlehong (7 avril, La Courneuve). Ils mettront en forme la transe du dernier album du quartet anglais, Your Queen is a reptile, une dénonciation ironique du pouvoir par le sang. Autrement engagé et tout autant énergiques, les sud africains de BCUC, révélation des 18 derniers mois, chorégraphieront en seconde partie de soirée ce que la jubilation veut dire.


L’ETHIOPIE
Voilà une quinzaine d’années que l’Ethiopie nourrit les passions musicales françaises. Les producteurs et les musiciens qui ont initié des formations dédiées à ce qu’on appelle l’Ethio-jazz, forme hybride née de l’intérêt éthiopien pour les aventures musicales américaines dans les années 60/70. Ainsi naquit Le Tigre des Platanes. Ainsi la collaboration avec la chanteuse azéri Etenesh Wassié débuta il y a dix ans, continuant sous la forme du trio avec le bassiste Matthieu Sourisseau. Pour fêter l’arrivée d’un nouvel album, où la violoncelliste Julie Laderach remplace Hamid Drake, batteur de la première mouture, le trio sera sur la scène de la Dynamo de Pantin, le 27 mars. La fête se poursuivra le 13 avril sous le sceau de Buda Musique, label qui a amplement contribué au développement de l’Ethiopie comme sujet musical majeur. Pour les vingt ans de a collection Les Ethiopiques, Banlieues Bleues réunit sur une même scène quelques uns des artistes qui l’ont marqué : Mahmoud Ahmed, Girma Béyéné, Etenesh Wassié et Akalé Wubé comme orchestre français.


LES ETATS-UNIS
D’autres contrées que l’Afrique s’invitent en Seine-Saint-Denis. Par l’imaginaire, le bassiste français Sylvain Daniel visite Detroit avec son projet Palimpseste. Detroit, ville de désolation laissée en ruines ; ville de précurseurs musicaux que Sylvain Daniel a décidé d’explorer en sons et en images, attelé à un héritage hip hop et électronique. Après le groove de Palimpseste, Theo Parrish poursuivra avec un dj set façon Détroit, où la deep house est imbibée de Great Black Music.


Non loin de Détroit, Chicago. La ville du vent souffle dans la musique de Joshua Abrams, contrebassiste proche du free jazz de l’AACM (Matana Roberts, Nicole Mitchell) comme du hip hop (The Roots, Prefuse 73). Avec le Natural Information Society, Joshua Abrams fait la somme de ses influences dans une musique où la répétition sert de base à la transe. A la Dynamo, le 9 avril.


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