Emma-Jean Thackray, sonde anglaise

Actualités - par Florent Servia - 24 juin 2017

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Introduction à une artiste exigeante dont le premier EP, Walrus, a séduit sans faire de vagues en fin d'année 2016, entre free jazz, hip hop, électronique et musique d'Afrique de l'Ouest.

Inconnue

Qui veut l’entendre doit la mériter. Emma-Jean Thackray ne vous tombe pas dans les oreilles sans un peu de recherches. Affaire de personnalité et de timing. La trompettiste anglaise est à ce jour ce que l’on appelle une artiste underground. Walrus confirme ce statut qu’elle se donne elle-même. Pas de communication. Zéro pennies de dépensés dans le marketing. Emma-Jean Thackray n’avait pas les sous et voulait d’abord voir quelles seraient les réactions autour d’elle, à petite échelle. Ces mêmes raisons l’ont amené à limiter Walrus à quelques éphémères 18 minutes de musique nourrissantes comme un album qui en ferait le triple, avec l’espoir de placer l’auditeur dans les retranchements de l’attente. Il faudra convenir que le pari est réussi. Emma-Jean Thackray est une intrigue que le 21ème siècle ne tolère plus. Sur la toile, un manque criant d’informations que les années et la notoriété venante complèteront. Tout juste apprend-on que l’anglaise a été sélectionnée pour un court programme à la Redbull Music Academy de Montréal, en 2016. Un programme intensif de deux semaines qu’elle qualifie de « très étrange ». « Entendre les autres sélectionnés discuter de leurs objectifs m’a aidé à préciser les miens. Ce que je n’avais pas encore fait. J’étais restée cachée dans l’ombre. J’ai appris à partager davantage ce que je fais et cela m’a ouvert quelques portes ». Du silence à la lueur des échanges. L’étiquette Redbull fera son effet pour qui considère le jazz comme une relique oubliée en un château lointain, impressionnant par son surplomb de musique exigeante. Elle témoigne également de la qualité mise en œuvre, par la marque énergisante, dans le giron de l’industrie musicale.

Inclassable
A 27 ans, E-J Thackray a fait deux conservatoires - un pour le jazz au Trinity College de Londres et un autre en composition -, interprète des répertoires pour des films et creuse le sillon dj/production électronique depuis quelques années. Est-ce par ce biais que la Redbull Academy l’a découverte ? Objet non-identifié, inquiétante étrangeté, Walrus combine, comme d’autres avant elle :  free jazz, hip-hop et musique électronique, avec la touche africaine qui finit d’installer l’originalité de sa signature. Elle cite Peter Brötzmann et Ornette Coleman (free jazz), Madlib (hip hop) - et la scène underground de Los Angeles… Steve Lehman émerge entre les lignes, en moins brut et sans rappeur. « A Trinity j’écrivais pour des orchestres de jazz et faisais des beats à la maison. Puis j’ai réalisé que je pouvais réunir tout cela en un seul courant de pensée, plutôt que les séparer systématiquement. Je crois avoir enfin trouvé ma façon de travailler ». De cette fusion est née une musique syncopée, dans laquelle la polyrythmie et le travail des sons des claviers et du tuba combinés évoquent l’Afrique. « Walrus » entonne ce rythme qui ne vous lâche pas, maintenu tout au long du morceau par Ben Kelly, au tuba, dont le rôle a été converti à celui de bassiste. A cette puissance nouvelle de notes nettes, sans résonance, s’ajoutent les effets électroniques plus coulants de Pie Eye Collective qui achèvent de convaincre des subtilités de la trompettiste, devenue compositrice et productrice.

Ambitieuse
La voix qu’elle s’est trouvée captera les oreilles avides d’exigence. Dans sa vitrine à trophées, Emma-Jean Thackray ne manque pas de souligner ses premières fiertés : Mr Scruff, Theo Parrish et Gilles Peterson, collectionneurs et artistes de renom. Comme eux, elle est une fervente consommatrice de cire noire : « Il est très important pour moi de sortir tout ce que je fais en vinyle, parce que c’est comme ça que je consomme moi-même la musique. C’est comme ça que j’aimerais être écoutée. Mais cela coûte beaucoup d’argent ! ». Une dépense qui retarde sa prochaine sortie. Où Emma-Jean Thackray a ajouté le chant au rang de ses compétences déjà nombreuses : « J’aimerais enregistrer quelque chose avec un orchestre d’une dizaine de musiciens également ! J’ai étudié cela, j’aimerais maintenant montrer aux gens cet aspect de mon travail. ». Il sera dans la même veine que Walrus, dans cette esthétique qu’elle désigne comme du jazz beats.


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