Rébellion chez les Volunteered Slaves

Actualités - par Florent Servia - 9 mai 2017

@Cecilia Conan

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Les Volunteered Slaves font peau neuve. Après 15 ans d’existence et le sentiment envahissant d’être restés dans les seventies, le quintet mené par Olivier Temime a voulu se débarrasser de l’étiquette tout juste sympa des « copains rigolos qui font du jazz-funk ». Ils seront au Café de la Danse, le jeudi 11 mai.

Changement de ton
Ils ont titré ce nouvel album Ripcord, le parachute, en français ; avec, sur la pochette, l’image de l’échelle d’un plongeoir surplombant les nuages. Exit les Headhunters, Prince, Michael Jackson ou Marvin Gaye, les Volunteered Slaves sont allés piocher dans la décennie suivante, dans le répertoire des Buggles, Floyd ou des Beach Boys pour leur covers… « Personne ne s’attendait à ce qu’on prenne cette direction, vers ces musiques blanches par excellence ». Sans que les musiques dites noires ne les quitte pour autant. Mais la véritable nouveauté est dans les voix. Avec l’indubitable talent de conteur de Allonymous aux manettes et la collaboration de quatre chanteuses/choristes…

L’histoire à raconter n’était plus la même. « On en avait ras-le-cul d’être le groupe de jazz funk français qui fait la fête en fin de festivals, dans les magic mirrors ». Une chape de sérieux surplombe Ripcord. Elle a commandité le remplacement du fender historique et de la basse électrique par le piano et la contrebasse, apporté de la gravité et le son « plus crade du soprano », selon son interprète, Olivier Temime, sur quelques titres (« Blue Fox », « Jonathan’s Back »…). Changement de ton et d’esprit qui s’inspire également d’influences actuelles, cherchées du côté de Los Angeles, des « Kendrick Lamar, Anderson .Paak, Flying Lotus, Thundercat… C’est ce que Emmanuel Duprey et moi écoutons en ce moment ». C’est à l’américano-parisien Allonymous qu’incombe la lourde tâche d’être en première ligne de ces lointaines inspirations, sources de changement plus que de copycat. « Dans « Watersplash », il y avait une intro de rythmique avec la batterie toute seule. Et on a pensé à un morceau de Kendrick Lamar, celui où il y a une dispute. On a voulu faire ça entre Allonymous et Indy Eka ».  Allonymous, quant à lui, est très éloigné des californiens évoqués. « J’ai convaincu les autres en leur faisant écouter l’introduction de la reprise de A Love Supreme menée par Christophe Dal Sasso ».

Bouts de vies
Alan “Allonymous” Conway a reçu des directives sous formes de titres et thématiques, avant d’écrire des bouts d’histoires… À l’image de « The Gambler », où Ellis Davis raconte son addiction de joueur : « Now, some brothers think I got a problem. I don’t think it’s a problem, it’s more of a need. Some like Hash, some like Speed. I like to win ». Placé en ouverture de l’album, « The Gambler » met Allonymous dans une position qu’il sait tenir : introduire l’auditeur à des débuts d’univers, dresser des portraits de vie en quelques mots. De sa voix grave, porteuse, il égrène dans le ton du comédien des textes « méditatifs et hypnotiques ». « Ce n’était pas un exercice facile, parce qu’il a fallu que je m’adapte aux maquettes, au cercle de « Jonathan’s Back », par exemple », renchérit-il. C’est habillé d’un grand sourire que le poète se rappelle de l’écriture de ce morceau. « Emmanuel [Duprey] m’a donné ce titre qui m’a fait penser à Jonathan Livingston Seagull, le roman de Richard Bach. C’est une histoire new age d’une mouette qui aimerait être plus qu’une mouette et qui s’entraîne, comme un jedi, à voler plus haut ».  Outre sa passion pour les mots, Allonymous excelle dans son interprétation vocale de la narration, chantée ou parlée, proférée dans une diction qui le distingue des tentatives souvent peu convaincantes de slam habillé de musique. Très produit, construit sur des maquettes pleines de menus détails, Ripcord séduit justement dans un ensemble nuancé, hyper travaillé, qui mêle voix et instruments. Olivier Temime et Emmanuel Duprey ont réussi à déployer avec beaucoup de justesse les univers choisis, faisant par exemple des notes du piano les commentaires d’une dispute animée dans « Watersplash ». La qualité des compositions est telle que la nécessité du recours aux covers se posent. Déroutantes, voire dérangeantes, elles donnent ici le sentiment que leurs sauts en parachute a été supervisée par un moniteur agréé, comme une sécurité supplémentaire face à la nouveauté désirée.

@Cecilia Conan

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Nouveau chapitre
L’histoire des Volunteered Slaves n’est pas récente et le siècle nouveau n’a pas encore fait du calendrier des start up un déterminisme de la réussite. Passé les trois ans, les projets non rentables ont encore une chance d’exister. Les « 15 ans de galères » dénommés par Olivier Temime sont une réalité plus proche de la réalité financière que des chemins de vie, faiseurs de souvenirs et d’œuvres, d’albums en tournées. « Une quinzaine par an, en moyenne » précise le saxophoniste leader qui nous accueille dans un café de Montmartre côtoyé depuis 20 ans. Fidèle, Olivier Temime semble surtout soulagé d’avoir enfin des moyens à sa disposition. « On a pu engager 4 à 5 personnes, dont 3 attachés de presse. On va enfin pouvoir se donner les moyens d’essayer. » Une évolution permise par un soutien de taille entériné en 2016. « Un soir, on nous a demandé de remplacer la formation de Mederic Collignon. A table, nous nous sommes retrouvés avec les gens de la Fondation BNP Paribas, sans le savoir. Après avoir bien sympathisé, on a appris qui ils étaient. Ils ont adoré le concert et on a signé pour 3 ans renouvelables, avec eux ! ». Plus que de l’argent, Olivier Temime témoigne de la généreuse attention que leur porte la Fondation, à force de présence et de participation au processus créatif. Les Volunteered Slaves s’en portent bien, merci pour eux.


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