Si l'on cédait aux sirènes de l'intellectuel et du réflexif, on analyserait l'itinéraire du collectif MIRR comme l'un des témoignages de l'évolution des pratiques musicales ces dix dernières années. Car si aujourd'hui, constituer un collectif devient une nécessité des plus courantes dans le paysage musical, le collectif MIRR a l'originalité d'avoir été conçu à partir d'une aventure bien plus ancienne.

2005 : Benjamin Sanz, batteur et percussionniste de la scène (free) jazz underground parisienne se lance dans l'organisation de jams à la Miroireterie avec le soutien de David Murray, à partir du constat d'un vrai manque d'une scène plus libre pour les rencontres et expérimentations musicales. La sauce prend et plus encore, et les rendez-vous de la Miroiterie rencontrent un succès tel qu'on en ressent encore le manque trois ans après leur arrêt. Mais Benjamin Sanz veut passer à autre chose et ne plus se limiter à la scène des squats, qui lui a cependant permis de créer un noyau dur de potes et de partenaires musicaux de tous les horizons. Et que fait, en, 2013, un musicien en recherche de structuration ? Il crée un collectif, parce qu'il n'y a pas le choix, et parce que c'est une belle aventure.

Ainsi naît MIRR, qui revendique son interdisciplinarité et son indiscipline dans un projet le plus sérieux et cohérent du monde. Autour du batteur, des musiciens bien connus des amateurs de jazz parisien (Frederick Galiay, Julien Boudart) mais aussi des artistes vidéastes ou scénographiques (Marion Brunet, Pétronille Leroux). Au-delà de ce noyau dur, tout un champ magnétique de musiciens se trouve réuni par le collectif dont on sent qu'il se situe au carrefour de nombreuses plaques tectoniques de la musique parisienne : Joce Mienniel, Karsten Hochapfel, la surprenante réunion avec Benjamin Sanz de Joëlle Léandre, Mike Ladd et Jean-Brice Godet dans le quartet Ground(s), Rasul Siddik, Logan Richardson... Des projets, des groupes, du jazz, du free, de la transe, beaucoup de parfums et de couleurs qui en plus des individualités composent l'identité ouverte et unique d'un collectif qui sait se distinguer.

Après ces trois ans de structuration – ça fait technocrate bruxellois, mais j'y peux rien, c'est le terme – MIRR décide de monter encore de braquet en organisant son festival. Avant toute chose, le calendrier est vraiment bien choisi : en vrai, pas beaucoup de festoch jazz sur paname entre Jazz à la Villette et Sons d'Hiver. Faut faire ça l'automne, ils ont bien raison à MIRR. Passons.

Rully Shabara et Wukir Suryadi, les deux membres de Senyawa.

Rully Shabara et Wukir Suryadi, les deux membres de Senyawa.

Ce premier festival sur trois jours s'organise autour de soirées thématiques, qui entrelacent les sons et les images, sur des scènes que le collectif a voulu sans place assise pour tenter de s'institutionnaliser sans succomber au passage obligé des soirées super chi... Euh, poum poum : les soirées traditionnellement quelque peu coincées que le fan de jazz est contraint d’enquiller pour assouvir sa passion. Une belle ambition dont on a hâte de voir la réalisation, surtout à lire cette programmation qui s'essaie à de vrais mélanges entre les projets du collectif, les musiciens plus reconnus de certaines scènes du jazz français (Jean-François Pauvros, Jacques di Donato, Hervé Samb avec Olivier Temime, Sonny Troupé et Gino Chantoiseau, etc.), et enfin des incursion vers l'Indonésie, l'électro, l'Afrique, tout plein d'espaces.

On aura compris : nous serons les 28 et 30 septembre au centre FGO Barbara (Paris 18e, si si la famille) pour assister à cette naissance, qui se délocalise le 29 à la Dynamo de Pantin. Parce que sans intellectualiser plus que ça, ça fait envie. Aussi parce qu'en intellectualisant, MIRR se lance en orbite dans une nouvelle aventure qui témoigne à la fois d'une histoire récente du jazz parisien dont il est important de défendre la mémoire, l'héritage et l'actualité (celle de l'underground, pour aller vite) ; surtout pour ce que MIRR a construit à travers son histoire une communauté qu'on sent vraie, dont la musique et notre petit quotidien a besoin pour exister pleinement, dans sa diversité et sa simplicité.

Le lien vers le site du festival, où l'on peut : se renseigner, planifier et acheter des tickets.


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