Rudolph dit Rudy Van Gelder

Il est des personnalités du monde musical qui viennent de nous quitter après avoir traversé le siècle : le guitariste – harmoniciste belge Toots Thielemans, quelques lieues avant de d’atteindre sa quatre –vingt quinzième année, le pianiste – compositeur argentin Horacio Salgan quelques semaines après avoir franchi la barre du centenaire et Rudy Van Gelder, qui lui, vient de partir à l’âge canonique de 91 ans, le 25 août. 

Ce dernier n’était pas musicien mais ingénieur du son. Il n’en fait pas moins figure de témoin privilégié, voire de légende, lui qui a croisé tant de figures essentielles du jazz.  Son mérite principal : avoir façonné pour Blue Note Records un son aussi immédiatement identifiable que l’est aujourd’hui celui du label allemand ECM. En récompense, il a eu le privilège de recevoir un hommage de Thelonious Sphere Monk lui-même qui lui avait dédié sa composition «  Hackensack » (du nom du lieu du premier studio d’enregistrement que Rudy Van Gelder avait installé dans le salon de ses parents).

Optométriste de formation et de profession, donc homme précis et ouvert aux données de métrologie, il se prend vite de passion pour les techniques du son.  Au point de créer un premier studio à Hackensack où il enregistre la nuit puis de lancer, toujours dans le New Jersey, un studio aux murs recouverts de bois pour une bonne acoustique et qui, parait-il, ressemblait à une chapelle, à Englewood Cliffs où sera mis en boite le légendaire A Love Supreme de John Coltrane pour le label Impulse !

Le Dictionnaire du Jazz de la collection Bouquins ne lui accorde pas d’entrée spécifique et ne le cite que dans le corps du texte de l’article sur Blue Note Records. Il avait rejoint ce label fondé par le berlinois Alfred Lion et Francis Wolff en 1953 comme associé et il sera le maître d’œuvre du son de la presque totalité du catalogue jusqu’en 1967. Il aura aussi marqué de son empreinte les labels Prestige (les albums de Miles Davis, entre autres), Savoy, Impulse! (dans les années 1960) et CTI (dans les années 1970) mais aussi Vox Records, compagniespécialisée en musique classique.

Indéniablement, un ingénieur du son participe au bon climat d’une session d’enregistrement. Ce n’est pas un artiste mais un artisan du son que l’on pourrait comparer à un mécanicien des teams de F1. Par l’empathie qu’il dégage, par son professionnalisme, sa précision dans l’optimisation des performances des machines et le bon placement des micros (Rudy Van Gelder n’utilisait que des Neumann), il rassure. On rapporte que Rudy Van Gelder était discret aux manettes et qu’il savait bien que le son n’est pas une science exacte.

En 1999, il a participé à la remastérisation d’une bonne partie des albums du catalogue Blue Note sur lesquels il était intervenu. De quoi revenir aux premiers albums de Herbie Hancock  (Maiden Voyage, Succotash), à ceux des Jazz Messengers ou d’Horace Silver (un de mes préférés est Song For My Father), Wayne Shorter (Juju), John Coltrane (Blue Train) ou Sonny Rollins. 


Autres articles

Comment