Watchdog sur les routes sinueuses du son

Actualités - par Flore Caron - 2 décembre 2017

Watchdog-©-Olivier-Hoffschir.jpg


Une cohésion d’enfer, une symbiose indéniable, le duo Watchdog sort l'un des albums les plus marquants de 2017. Ils bouclent avec ce ainsi deux années de soutien apportées par le dispositif Jazz Migration.

Constamment aux aguets, chacun scrute l’autre. Tantôt les timbres s’affrontent, tantôt ils s’amourachent au point de se fondre l’un dans l’autre. Ils se cachent, se jouent de nous … et comblent nos sens. Pour sûr les deux musiciens maitrisent parfaitement le langage de l’autre et savent réagir au quart de tour. Les deux ? Non, ils sont trois : n’omettons pas la main invisible, mais bien audible, d’Adrian’ Bourget, véritable orfèvre en matière de son et membre à part entière de leur nouvel album Can of Worms.

Assortiment
Can of Worms c’est à la fois la douceur d’une mélodie, le groove d’un chorus de piano, la légèreté d’une valse, l’atypie d’un piano préparé et la transe d’une étourdissante électricité.  Difficile d’être exhaustif et inutile d’ajouter que Watchdog ne s’impose aucune barrière stylistique. « S’il fallait rapprocher cet album de certaines esthétiques, imaginez un mélange entre l’ascétisme d’Arvo Pärt dans sa période minimaliste, la folie naïve de Philippe Catherine, l’hyper sensibilité d’Ambrose Akinmusire,  Vijay Iyer, ou encore John Adams, nos copains de Chromb … tous ces musiciens et bien d’autres encore qui nous passionnent et nous inspirent » déclarent les deux artistes. Etrange et composite la musique de Watchdog ne renonce pas pour autant à la simplicité. Le groupe tend à conserver une sincérité dans un style épuré. Il n’hésite pas à nous faire entendre des mélodies très simples telles que le thème de Beerman in Breman. C’est calme et ça annonce l’espoir d’un monde meilleur. Véritable thérapie musicale, Can of Worms nous abreuve de sons sans nous en accabler et ça fait du bien !

Un pas de plus vers l’insolite
Pour le nouvel album de ce duo devenu trio, les chevaux de bataille sont les mêmes que ceux de You’re Welcome, le disque précédent : « mélanger l’électricité stridente à la douceur de la vibration acoustique » et « conjurer les coups durs que génèrent nos sociétés modernes souvent pétries de violence et de non-sens » pour qu’à terme « filtrés par la musique, les sujets et les sentiments les plus durs ressortent comme apaisés ». Musicalement ça donne un sac de nœuds exquis, un medley de styles et de timbres superposés ou juxtaposés dans lequel règnent le hasard et l’improvisation. Watchdog est constamment en quête de nouvelles textures sonores, et pas des moins étonnantes ! Les deux instrumentistes ne ménagent pas les oreilles sensibles et n’hésitent pas à utiliser des modes de jeu fantasques.  Ils s’amusent parfois à nous désorienter en faisant se confondre les timbres : « nous aimons perdre l’auditeur dans nos différentes sources sonores et dans les rôles multiples de nos instruments. C’est addictif et passionnant » déclarent-ils.


Ces facteurs modèlent le son de Watchdog que l’on retrouve dans Can of Worms avec un décuplement de l’insolite et du surprenant. « Nous voulions aller beaucoup plus loin dans la recherche de timbres et de sonorités inattendues » expliquent les artistes. Pour ce faire deux nouvelles recrues viennent apporter leur pierre à l’édifice. Et il ne s’agit aucunement de nouveaux instruments ! On ne change pas une équipe qui gagne : Anne Quillier et Pierre Horckmans se connaissent très bien musicalement et savent s’adapter instantanément l’un à  l’autre, même dans les propositions les plus folles. Le duo clarinette et clavier est la forme adéquat à leur soif de liberté et d’inattendu : « Parce que nous ne sommes que deux, le dialogue coule de source en toute simplicité. Le duo est la formule la plus libre. Nous construisons notre univers musical comme on construit une conversation » expliquent-ils.


Non, pour réaliser leur souhait les deux artistes font appel à un tiers : Adrian’ Bourget, ingénieur du son talentueux dont le rôle joué dans Can of  Worms n’est pas à minimiser. « Le travail effectué en studio et en live avec Adrian’ Bourget a énormément contribué à nous faire avancer dans ce sens. Adrian n’est pas uniquement ingénieur du son, il est véritablement le troisième membre du groupe. C’est à lui que revient la lourde tâche de restituer la matière sonore, de la capter, la transformer et la spatialiser » témoignent les deux musiciens.


En effet, même si dans You’re Welcome le groupe n’hésitait pas à puiser dans les ressources de « l’électricité » - notamment à travers le principe des boucles qu’il réutilise généreusement dans Can of Worms – il donne à ce paramètre une nouvelle ampleur dans le dernier album.  La collaboration avec Adrian’ qui naît de cette volonté multiplie les possibilités et complexifie rudement la machine. « Même si le résultat   sonne simple et naturel, il n’empêche que notre dispositif est devenu au fil du temps assez complexe : nous ne sommes que deux instrumentistes mais les sons que nous produisons sont divisés en dix-sept lignes indépendantes qui nous relient au système de sonorisation et qui permettent à Adrian un contrôle complet sur la restitution du son au public. C’est ce qui rend efficace et audible par tous notre travail sur les nuances, le timbre et la matière sonore et cela ne lui laisse aucun répit en concert » expliquent Anne et Pierre.


Autre nouvelle recrue : le chant, en onomatopées. Sa douceur apporte une couleur très intéressante au son déjà établi et s’y fond comme naturellement. Introduite dès le début de l’album cette nouvelle composante permet à l’auditeur de s’y immiscer paisiblement. Texture sonore onctueuse le chant apparait comme une évidence dans l’univers de Watchdog.

Ce trio inexhaustible aura le plaisir de présenter sa production toute fraîche au Comedy Club le 4 décembre.


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