Howard Hanger n’est pas à proprement parler un “oublié du jazz”, s’il l’est, c’est qu’il l’a toujours été. Notre amie Agathe Boschel, habituée aux errances sur youtube l’a découvert par hasard avant de me partager cette découverte. Mais avant de vous en dire plus sur ce personnage curieux à bien des égards, écoutez “God Of Grace“ - extrait de Through A Glass Darkly (1970)- dont le titre devrait vous servir d’indice quant au métier du protagoniste.

Howard Hanger est pianiste mais a été pasteur méthodiste pendant 30 ans avant de fonder sa propre église en 1984 : la Jubilee Community ! Une Église où la création artistique prend une place importante, entre peintres, écrivains, musiciens… "A Call To Life", disent-ils ! Si la musique vous a convaincu, vous pouvez toujours rejoindre sa communauté à Asheville, en Caroline du Nord… Ils seraient plusieurs centaines chaque semaine à se rendre à ses messes… Il m’a fallu quelques vérifications pour me convaincre qu’il n’y avait pas deux Howard Hanger différents…  Mais vous n’y entendriez rien de ce morceau inspiré d’un chant biblique. Sur le site d’Howard Hanger n’apparaissent pas ses meilleurs albums. Peut-être habités d’un côté trop sombre pour celui qui aujourd’hui marie des gens, s'attelle aux conseils pré-maritaux et promeut la joie de vivre… Il préfère y mettre en avant son album de jazz pour enfants, dont un titre dédié à un chien… C’est dommage vu la puissance et la dimension dramatique qui se dégage de sa musique dans les années 70 à travers les albums Through a Glass Darkly ou A Child is Born. Outre Howard Hanger qui se jette tout feu tout flamme dans un jeu de fou furieux dans la plupart des morceaux. On peut noter un traitement intéressant de “Take Five”, le standard de Paul Desmond et Dave Brubeck et des reprises du musique folk américaine, britannique ou de musiques bibliques... comme l'indique le chant eucharistique grec au titre réjouissant : "Let All Mortal Flesh Keep Silence". J’aime le fait que par-delà ces choix bizarres et intrigants,  le son global du trio puisse faire penser à des trios actuels par son côté très pop. Mais aussi que l’album au titre très évocateur, A Child Is Born, soit paru chez TRAV records, la branche Télé, radio et audiovisuelle de l’Eglise Presbyterienne américaine…

Anecdote intéressante. Sur la pochette de A Child is Born figure le visage d’un enfant noir devant une ville en arrière-plan. 20 ans plus tard, en 1994, NAS sort le célèbre Illmatic sur la pochette duquel figure une photo de lui enfant âgé de 7 ans avec, comme pour le disque de Howard Hanger, une ville en surimpression. Là il s’agit du Queens. La photo avait été prise par Olu Dara, père de Nas et accessoirement musicien de jazz. Un détail qui fait couler l’encre de ceux qui établissent une filiation entre les deux pochettes. Avec l’argument supplémentaire que Nas a toujours été coutumier de ce genre d’inspiration. En tout cas, sans le savoir, Howard Hanger a peut-être été l’initiateur d’un genre copié en d’autres occasions. Mais lui aussi aime les reprises, et pas que celles tirées de la Bible… On va finir notre ¼ d’heure religieux avec “Scarborough fair”, une chanson traditionnelle anglaise datant de la fin du Moyen-Âge. La liste de ses interprètes est impressionnante. Parmi eux j’ai retenu que Wes Montgomery la jouait dans Road Song (1968). Celle de Simon and Garfunkel est une des plus connues. Beaucoup plus que cette version de Howard Hanger donc.

Florent Servia

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