Jef Gilson & Malagasy (Jazzman Records)

C’est le genre de sorties que les collectionneurs chérissent. Un coffret de raretés dédié à un musicien génial et méconnu. Du bonheur en boite, finalement.

Jef Gilson était un pianiste français, né sous le nom de Jean-François Quiévreux en 1926 à Guebwiller en Alsace. Après sa disparition en 2012, Gérald Short, le créateur du fameux label anglais Jazzman records décida de consacrer une « rétrospective » à cet artiste qui avait tant oeuvré pour le jazz en France !

Ils sont nombreux à être passés sous les ordres de cet aventurier du jazz. Il fit confiance à quelques jeunes, et parmi eux on compte de vieux baroudeurs d’aujourd’hui, des piliers du jazz hexagonal : Michel Portal, Henri Texier, Bernard Lubat, François Jeanneau, François Tusques, Eddy Louiss… Mais il accueillit également quelques américains passés par notre capitale, à savoir Lloyd Miller, Sahib Shihab, David Murray… Une figure parmi les figures donc. Mais lui resta inconnu aux yeux du public. Arriva le moment où plus rien ne le retenait d’aller explorer ailleurs. Et ce fut l’île de Madagascar en 1968. Puis rebelote en 1971. Là-bas, tel un colon français des années 60 vêtu de sa peau blanche, de son blazer, de sa chemise et de son pantalon échancré, il tissa des liens étriqués entre le jazz et la musique malgache. Sous ses ères de touriste il sut amener les musiciens malgaches à sa musique. À l’époque, l’ouverture aux sonorités mondiales s’était déjà établie depuis une bonne décennie. Jef Gilson n’inventait rien mais il était en terre encore inexplorée dans cet océan Indien si loin de la France… Qui ne rêverait pas d’un voyage à l’ancienne, au temps des avions enfumés, des journaux et des cartes postales ; au temps de l’immensité des possibles et des découvertes, quand les apprentis explorateurs ne marchaient pas sur les traces imposantes du déjà-vu ? En plus de la musique, c’est l’idée du personnage que l’on retient, celle d’un avant-gardiste qui savait fédérer.

Le coffret regroupe des sessions enregistrées durant ses voyages à Madagascar ou, plus tard, à Paris avec ces mêmes musiciens malgaches. Sur les quatre CD, dont un regroupe des inédits sortis des archives personnelles du pianiste, parmi ceux-ci des enregistrements d’une session live à Madagascar.  Jazzman a l’honneur - et la chance - de faire revivre cet artiste que l’on laissa tomber dans l’oubli alors que son histoire aurait pu en faire un incontournable.

Jef Gilson s’inscrivait à l’époque dans ce jazz « spirituel » qui faisait des émules outre-atlantique et déjà, quelque peu, en France. En témoigne cette reprise inspirée de « Colchique dans les prés » et, bien sûr, l’interprétation du morceau encore récent de Pharoah Sanders & Leon Thomas, « The Creator Has a Master Plan ». Deux exemples qui font guise d’exception puisque Jef Gilson ne pratiquait pas tant le standard. Plus compositeur qu’interprète, son indépendance l’amena à créer le label « Palm » sur lequel il put diffuser trois des disques qui figurent dans ce coffret. Quelques morceaux à rallonge, un brin de mystique et beaucoup de modal. Chants et instruments traditionnels malgaches ajoutent cette touche ethnique au jazz de Jef Gilson, le chef-explorateur. Que ce soit à travers la préséance des percussions ou des longs solos de flûte, le jazz afro, spirituel ou modal de Jef Gilson est intense comme lui était entier.


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