JAZZ, THE AFRICAN SOUND (1963) - CHRIS MC GREGOR & THE CASTLE LAGER BIG BAND

Réédition JAZZMAN HOLY GRAIL SERIES // 1re édition GALLOTONE RECORDS

 

Les bien nommées Holy Grail Series du label anglais Jazzman Records arrêtent aujourd'hui mon attention, avec ce bout d’histoire de l’Afrique du Sud qui constitue un tour de force dans le contexte de l’apartheid (on est en 63) autant qu’un échec sur sa distribution - en atteste la rareté du pressage original dont la présente réédition est une première hors de son pays natal.

Distribué sur le label Gallotone Records,  déjà une des plus grosses références sud-africaines à l’époque, l’album Jazz! the African Sound du Castle lager Big Band de Chris McGregor, n’en est pas moins extrêmement rare et ne bénéficie que d’un éclairage éphémère, exclusivement dans son pays. Et c’est un peu triste quand on sait quelle importance Chris McGregor accordait au succès potentiel de cet enregistrement au-delà des frontières sud-africaines...

En montant ce projet, le pianiste et compositeur désirait non seulement diriger un big band mixte - expérience qu’il avait déjà connu en 1960 pendant ses études à la South African College of Music de Cape Town, où une scène Jazz locale était déjà présente depuis le mileu des années 50 - mais il voulait surtout faire reconnaître à l’international la fine fleur du jazz sud-africain (la liste du staff comporte 17 noms).

Un projet presque politique, à l’image du ton des liner notes originales du compositeur, qui prennent une allure de manifeste à l’éclairage du texte que signe le spécialiste Francis Gooding à l’occasion du repress - précisons que c’est l’initiateur et compilateur de la série de référence Next Stop Soweto, sur Strut Records.

 

Retour en 1961, où la fin de la prohibition sur l’alcool donne à son industrie un rôle capital pour le jazz local. Le festival de Jazz de Cold Castle est l’un de ces événements où la musique sert la boisson, et réciproquement. Dès la première édition, on y consacre les talents locaux au cours de compétitions où se succèdent déjà quelques noms à retenir. Le public verra notamment sur les scènes de Johannesbourg puis Soweto les Jazz Epistles, sextet mené par le pianiste Dollar Brand, dont l’alias Abdullah Ibrahim vous est peut-être plus familier, et qui enregistra en 1960 le premier disque de jazz sud-africain, avec Chris McGregor et ses potes de Cape Town qu’on retrouvera dans le Castle Lager Big Band, Sammy Maritz à la basse, Chris “Colombus” Ngukana au sax baryton, et Ronnie Beer au sax ténor. Dudu Pukwana, sax alto, n’est pas loin non plus et remporte à l’édition de 1962 le prix du meilleur musicien en solo.

L’édition de 1963, qui réunit 20000 personnes, est remportée par les Blue Notes, de Chris McGregor. On y trouve déjà Mongezi Feza à la trompette Dudu Pukwana au sax alto, et Nick Moyake au sax tenor. Galvanisé, le pianiste profite de la réunion de talents que constitue le festival pour constituer le big band de ses rêves. C’est toujours auprès des brasseries et distilleries que se trouvent les soutiens financiers - d’où le nom du groupe - et ces dernières refusent de se meler à l’organisation de concerts dans les quartiers blancs de Johannesbourg.

Malgré le succès de deux concerts à guichet fermé dans un théâtre de la ville quelques jours après l’enregistrement du disque aux studios de Gallotone Records, cette formation restera éphémère faute de moyens et de promotion au-delà des frontières raciales, au grand dam de Chris qui tenait tant, justement, à faire entendre au monde blanc, en Afrique du Sud et surtout ailleurs, la richesse des musiciens qui l’entourent en ce moment historique.

L'ouvrage le plus connu du photographe Basil Breakey.

L'ouvrage le plus connu du photographe Basil Breakey.

 

Aucun enregistrement live ne documente les concerts, et il s’en fallait de peu pour que seules les quelques photos de Basil Breakey qui ornent la pochette de l’album studio permettent de témoigner d’une audacieuse formation. Les bandes originales perdues depuis belle lurette, les six pistes du Castle Lager Big Band enregistrées en septembre 1963 et présentes dans les discothèques d’un nombre infime de collectionneurs méritent toutes une oreille plus qu’attentive, chacune étant un clin d’oeil à un musicien de la scène sud-africaine de l’époque - à commencer par Dollar Brand, qui volerait la vedette à Chris si on le voyait au piano, mais signe quand même deux compositions.

La piste sur laquelle je m’arrête est "Switch", qui deviendra avec “Now”, hommage de McGregor à Nick Moyake, l’un des titres phares du Brotherhood of Breath, sa formation la plus connue en Europe, après qu’il s’était exilé avec ses Blue Notes en 1964 faute d’avoir pu faire rayonner le jazz sud-africain depuis Soweto ou Cape Town.

 

Martin Roquette

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