C’est un repress paru cette année sur le label de réédition et de compilations californien Luv'N'Haight (sous label de UBIQUITY) qui nous ramène à Tommy Stewart, via son album éponyme. Et il s'agit encore d'un disque passé plutôt inaperçu à l’époque de sa sortie, bien que certains le considèrent maintenant comme une référence pionnière de la disco-funk. Il faut dire que sur ce créneau, 1976 est une année scintillante, où il est bien difficile de tout apercevoir alors que les étoiles des charts sont aussi imposantes que Donna Summer, le Dr Buzzard’s Original Savannah Band, Brass Construction ou les Bee Gees...

On peut regretter que Tommy Stewart, pour son unique album, n’ait pas, comme tout le monde, tenté la distribution en singles 12 pouces, petite révolution à laquelle le grand public goûte enfin chez soi - c’était jusqu’à maintenant le privilège des DJs. Il aurait peut-être eu le succès qu’il mérite, au vu de l’éloge que l’on fait maintenant de certains de ses titres, et de son pedigree: on peut noter qu’il a joué avec Fred Wesley dans les années 60, on dit aussi qu’il a accompagné Duke Pearson, et il faut gratter un peu pour le trouver à la composition et à l’arrangement, dans les années 70 et 80, derrière des productions club très remarquées de Chi-Lites, Lolleatta Holloway, Eddie Kendricks ou le tube de Tamiko Jones “Can’t Live Without your Love”.

 

On compare souvent Tommy Stewart au prolifique Patrick Adams, qui, lui, en 76, tripote le haut des charts avec l’Universal Robot Band. Pourtant, cet album de Tommy Stewart est singulier dans ce qu’il apporte de soul aux techniques de production de la disco, et l’association avec son producteur, le Dr Marlin McNichols, explique pas mal une telle chaleur. Mc Nichols est connu comme homme de radio, promoteur, agent d’artistes et producteur, notamment pour des artistes de la Motown ou de sa division GRC, basée à Atlanta. On le voit aux côtés d’Edwin Starr, qui cartonne à l’époque, et il s’acoquine avec la chanteuse de Gospel Dorothy Norwood, qui portera, dans les crédits de l’album de Tommy Stewart, le nom de Mc Nichols.

Marlin McNichols.

Marlin McNichols.

Lorsqu’il s’associe avec Tommy Stewart après la chute de la division GRC, Mc Nichols privilégie des musiciens natifs d’Atlanta pour la partie rythmique, avec quelques têtes déjà bien connues comme Mose Davis, des Counts, claviériste qu’on retrouve derrière une floppée de disques de l’incontournable Bohannon.

La base rythmique batterie/clavier/guitare est enregistrée au Sound Pit Studio, à Atlanta. Mais la couleur assez unique de ce disque porte la trace d’autres grandes villes au nom bien plus retentissants: de Detroit, quelques musiciens du back band de la Motown sont là pour le caractéristique enrobage Soul qu’apportent les cuivres et les violons, et Il y a aussi un petit bout de Memphis, où ont eu lieu quelques prises. La marque Stax est représentée, notamment par le saxophoniste Bill Easley, compagnon de route d’Isaac Hayes ou Ann Peebles.

On peut alors se dire qu’une telle équipe méritait mieux qu’une sortie sur l’obscur et éphémère label Abraxas… Qu’à cela ne tienne, il était temps d’y revenir et c’est un disque méconnu mais désormais facile à trouver. J’en arrive à la sélection, “Fulton County Line”, qui évoque une limite géographique largement franchie, au même titre que la case “disco funk” dans laquelle on classe le titre un peu trop facilement.

Une piste toute en tensions, tirée par la rythmique de Steve Milner; la “pompe” kick charley ouverte si chère à la Dance Music, qui s’installe et se retire doucement au gré des apparitions de violons et de choeurs tout ce qu’il y a de plus sensuels et envoûtants.

Bonne écoute !

Martin Roquette

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