Taillé dans la wax!

 

Une histoire sociale, musicale, théâtrale.

Retour en 1975, il y a pile 40 ans.

L’écrivain et travailleur social Eugene Perkins, déjà reconnu comme membre du Black Arts Movement, dirige le Better Boys Foundation Family Center, un centre éducatif dédié au développement des jeunes depuis presque dix ans.

Après avoir fourni le recueil de poèmes Black Is Beautiful, slogan qui en 1968 sonne le glas du mouvement des droits civiques (ou de sa première période), il persévère dans sa lutte auprès des enfants défavorisés de la communauté Noire de Chicago, sa ville natale, et notamment via le Théâtre. Dans la foulée de la création d’un réseau local de soutien à cette activité en 74, la Chicago Black Theater Alliance, il écrit la pièce Black Fairy.

Ce conte pour enfants, qui reprend le thème assez traditionnel de la magie, l’adapte à l’objectif pédagogique que Perkins s’est fixé: donner confiance en eux aux enfants noirs dans une société qui les raille. À cette époque, fraichement forts de nouveaux droits civiques durement gagnés, ils ne sont pas moins victimes d’une oppression sociale que le chercheur évoque dans une étude publiée en 1975.

Eugene Perkins s’attaque non seulement aux stéréotypes, comme dans les films de Blaxploitation, dont les plus marquants, Shaft, Super Fly, Trouble Man ou Coffy portent des bandes son d’anthologie, mais aussi à l’Histoire des Noirs, avec un grand H et avec un grand N. L’héroïne du conte, la Black Fairy (fée noire), rencontre différents personnages qui vont la convaincre qu’elle peut être fière de ce qu’elle est, et que non, sa couleur de peau ne l’empêche pas d’avoir des pouvoir magiques… si elle y croit.

Eugene Perkins

Eugene Perkins


Au gré de ses aventures, elle se fait conter les grands épisodes de l’histoire afro-américaine, des horreurs des blancs dans les champs, aux grandes légendes des rives du Nil. C’est à la gloire d’un héritage qu’Eugene Perkins amène ce conte ponctué de musiques signées Tony Llorens et Terry Johnson. À chaque histoire sa bande son, et on sent des références volontairement limpides aux grands airs blues et gospel tout au long de la pièce.

Une touche hard-bop se fait sentir, parfois. Peut-être l’influence de Paul Serrano, qui soutient le projet d’Eugene Perkins à fond. Paul Serrano est déjà fort d’expériences avec de grands jazzmen, parmi lesquels Count Basie, et du succès de son studio, la P.S. Recordings Company, qui a enregistré récemment des albums de James Moody, Oscar Brown Jr et Ahmad Jamal.

Quant aux interprètes, c’est pour beaucoup l’unique apparition en studio, pour tous la première, et pour certains le début d’une carrière. On a notamment dans le staff Larry Burton à la basse, qui restera Blues et jouera avec Albert King, Albert Collins ou Jimmy Johnson; je soupçonne le chanteur-pianiste-percussionniste Jerry Johnston d’être devenu ce sax que tout le Reggae s’arrache, copain de Sugar Minott, Beres Hammond ou Steel Pulse, et enfin le jeune Earl “Chico” Freeman, ici au saxophone, débute une carrière assez fournie d’une quarantaine d’albums.

Deux versions de ce disque sont sorties en 1975 sur le label du Better Boys Foundation Family Center et sur Taifa Records. Pièces de musée, elles sont pour la plupart jalousement gardées par leurs propriétaires, et c’est le label écossais Athens Of The North qui réédite cette perle sous licence d’Eugene Perkins et du producteur original Pemon Rami. Ma sélection est l’unique piste dont j’ai trouvé une reprise qui date de 2005. Pour le reste, amis sampleurs, tout est à faire et y’a de la matière.

On se laisse envoûter par le courant du Nil, on écoute la troupe du La Mont Zeno Theatre pour l’un des thèmes de Black Fairy, "Black Land of the Nile".

Happy Birthday.

Martin Roquette

Taillé dans la wax s'écoute aussi à la radio, un lundi soir sur deux dans l'émission Jazz & Co présentée par Bruno Guermonprez sur Radio Campus Paris, entre 22h et minuit.

 

 

 

Comment

Member Login
Welcome, (First Name)!

Forgot? Show
Log In
Enter Member Area
My Profile Not a member? Sign up. Log Out