Jowee Omicil, Variations autour du bash

Portraits - par Florent Servia - 3 septembre 2017

Jowee Omicil invoquant les dieux. Sa position préférée sur scène. © Yaovi Ado  

Jowee Omicil invoquant les dieux. Sa position préférée sur scène. © Yaovi Ado
 

Jowee Omicil pourra être fier de son année 2017. Après son album Let's bash sorti sur le label Jazz Village et de nombreux concerts, il poursuit sa saison avec un concert à Jazz à la Villette et une résidence à La Petite halle, jusqu'en novembre. Portrait d'un battant.

De l’anglais, Bash, pour « coup de poing » ou « frapper violemment », Jowee Omicil a tiré une démonstration d’amour. Quand il brandit le poing sur scène et demande à son public de répéter le mot incessamment après lui, il vise la communion de tous. Bash! est devenu un slogan, un branding qu’il décline sur des accessoires distribués à qui l’entoure ; imprimé sur des vêtements qu’il porte, faisant de lui le 1er relai de son propre concept. Bash est aussi un verbe que le saxophoniste emploie à tous les modes dans ses conversations ; ainsi qu’un acronyme, pour Beauté Ascendante de la Société Honnête. Quand il divague, Jowee Omicil imagine même la création de la « Bash School of Music », où l’on enseignera « l’exigence dans le groove ». « J’enseigne ça autour de moi, explique Jowee. Chaque musicien a sa pochette et doit pouvoir l’exploiter sans être redondant. Tenir les quelques notes de « La Bohème » en restant dans le groove ». Il n’y que cela qui le cadre.


Remuant, sur scène comme en dehors, Jowee Omicil ne tempère l'énergie qu'il dépense, surtout quand il s'agit de délivrer sa musique, quitte à donner parfois l'impression de pas pouvoir tenir en place. « A l’école j’étais un ouf, je faisais rire tout le monde ! Monsieur Saint Victor, mon prof de physique, a un jour eu un fou rire à cause de nous, Jonathan, mon acolyte devenu détective dans les narcotiques, et moi. J’étais toujours bon en cours et turbulent ». Ambitieux, Il semble plus que jamais prêt à donner au monde cet amour de la musique qui le fait vivre exclusivement depuis 15 ans et la fait voyager dans le monde entier, entre tournées globalisantes et emménagement éparses : de Montréal à New York, de Miami à Paris. Son visage poupin et sa tendance à la légèreté nous feraient ignorer qu’il a de la bouteille, à 40 ans avec une fille de 12 qui chante, compose, joue de la flûte et du piano. « Je me comporte comme si j’étais le petit frère. Si je reste perché je ne vais jamais rien découvrir. J’essaye toujours de rentrer dans l’univers donné par mes interlocuteurs. Ca me garde jeune. ». Il a le « bro’ » et la blague faciles, dit aimer « écouter les gens, les observer », sans apprécier être cadré pour autant. « C’est la beauté dans mon ascension dont vous êtes témoins. Je fais ce que j’aime comme je l’aime ». Bête de scène en puissance dont il faut encore parfois tempérer les accès d’hyperactivité, Jowee Omicil collabore avec son entourage professionnel, qui lui demande de se tenir à une set list, de « garder la consistance du projet », nous rapporte-t-il. « Mais je peux te servir le plat avec telle épice, et la fois d’après le même plat mais épicé différemment : naviguer dans les harmonies de Marcel Mule ; celles, traditionnelles be bop de Parker ou Dizzy ou celles des harmonies free de Ornette Coleman ou Eric Dolphy. Je veux que ce soit toujours différent. Tu ne peux pas me demander de prévoir ce que je vais jouer. C’est ça qui fait ma force, cet effet de surprise là ! ». C’est la première réaction face à son interprétation de la chanson enfantine, « Sur le Pont d’Avignon » ou de « La Bohème » de Aznavour. Ce cri d’amour lancé à la France fait l’écho à des hommages à Chaplin, Miles et Roy Hargrove, son vieil ami, et à des morceaux plus ancrés dans des influences caribéennes, cap-verdiennes et africaines. A chaque fois, Jowee Omicil est porteur de mélodies entêtantes. Elles forment avec le groove la colonne vertébrale de Let's Bash!


En filigrane, Jowee Omicil signe l’autobiographie d’un voyageur fantasque, quasi autodidacte et curieux - il lisait Lamentation d'un mathématicien à notre rencontre -, marqué par tous les territoires conquis ou hérités. De l’auto-centrage naît chez lui la nécessité d’éduquer. Il se dit artiste plutôt que musicien, aimerait équiper son domicile de micros « qui enregistreraient automatiquement quand je rentre dans la pièce. J’enregistre déjà tout ce que je fais, mais je n’écoute pas tout de suite. C’est pour les archives ». Une vie, une œuvre, dont les apprentissages sont partagés naturellement auprès de ses partenaires de scène, ses élèves ou son public, comme lors de son concert dans l’amphitéâtre Richelieu de la Sorbonne, lors du festival Jazz à Saint Germain des prés, où le saxophoniste s’est amusé à prendre le rôle du professeur savant, soufflant dans son saxophone et partant en élucubrations humoristiques entre les bancs de bois, plus vivant que jamais en représentation où il peut laisser libre cours à son désir de jeu et d’improvisation : « C’était un rêve de se retrouver là-bas. L’enseignement fait vraiment parti de ma vie. Au début des années 2000, j’ai conçu un curriculum à mission hill Charter school of music, à boston. C’était un curriculum pour instruments à vents. C’était ma première expérience en tant que professeur. Depuis lors je n’ai jamais arrêté d’enseigner. Quand j’ai déménagé à New York, j’ai enseigné dans une autre charter school ». Tuteur à Berklee, Boston, Jowee Omicil a appris la musique dans l’église de son père pasteur qui lui avait suggéré de se choisir un instrument, le saxophone alto, dont il s’éprend et joue partout : « J’allais pratiquer la nuit sur le bord de la rivière des prairies à Montreal Nord. Le challenge était de pouvoir souffler sans déranger les gens, c'est-à-dire pas fort et en maitrisant le dynamisme. Mais aussi, à force de me pousser à jouer dans les wagons de métro, comme un challenge, pour capter l’attention des gens sur le terrain ». Une certitude nourrit la persistance qui l'a mené à son succès croissant : « je n'attends qu'une chose : le succès. Et j'attendrai. Mais je prends la défaite pour une victoire, parce que je perds toujours avec le sourire et je pense à la suite. » Cette année, il a joué l'une de ses compositions en trio à Radio Nova avec Tony Allen, situation dans laquelle il rêvait de se retrouver avec le batteur nigérian. Les Inrocks, eux, ont consacré à ce maître du groove chaloupé un reportage de plusieurs pages. Le succès, disait-il !

 


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