Thomas de pourquery, le barbu cosmique

Par Florent Servia - 7 mars 2017

Thomas de Pourquery donne suite à l'aventure Supersonic avec Sons of Love, un second album, paru sur le Label Bleu. Le 1er concert aura lieu le mercredi 8 mars à Amiens.

Rendez-vous était donné au Bistrot du marché de Montreuil, où nous n’étions sûrement pas les premiers à mener une interview. Le prolongement à l’est de Paris a tout de la ville pour artistes. Moins chère (quoique), vivante, bigarrée… Ils sont nombreux, les studios de répétition, à y avoir essaimé. Thomas de Pourquery a suggéré ce lieu. Il réside dans le coin et salue les tenanciers en habitué à son arrivée. Nous l’avons rencontré quelques jours avant la sortie de Sons of Love, son deuxième album avec le Supersonic. Il avoue que le « le temps est passé très vite » depuis Play Sun Ra (2014). On le sait, ça a été annoncé, De Pourqu’ n’avait pas pour projet de donner suite à l’aventure Supersonic. « J’ai un tel respect et admiration pour le compositeur qu’il est. Le groupe étant né de cette musique là, qui je suis moi pour aller pondre trois saucissons après un tel génie ? Je n’avais pas envie d’en faire une deuxième. On est pas du tout un groupe de covers en plus. » Il aura fallu ce rêve pour changer la donne. Le saxophoniste y prend la forme d’une souris volante dans un hangar où jouait le Supersonic. Au réveil, encore béat de l’énergie dégagée par ses musiciens, cette nuit là, il est convaincu qu’une suite les attend. Son premier album, déjà, était né d’une histoire incroyable. À moins que ce ne soit sa façon de les raconter qui l’est ? À l’époque, un cambriolage l’avait privé de son ordinateur et de tous les arrangements prévus pour son Play Sun Ra. Frénétiquement, il avait tout réécrit. « C’était important, le disque n’aurait pas été le même sans cette histoire de cambriolage. L’attachée de presse m’avait convaincu ». Elle savait aussi que les journalistes y trouverait de la matière à raconter. Et elle avait raison ! Cette fois, Thomas de Pourquery a simplement eu « la chance d’avoir rêvé de musique », avant de dérouler sur un mois d’écriture. Il écrit de toute façon « un peu tout le temps. Et surtout des chansons ». Ce que l’écoute de Sons of Love confirme. Le deuxième volume est récemment paru sur le Label Bleu.

 

Jazzman moderne

Il a de la suite dans les idées, du bagou et une « tête », avec barbe et crâne glabre, qui accroche les regards. Thomas de Pourquery aurait pu être rugbyman. Il est saxophoniste. La vie est ainsi faite qu’il a préféré le terrain de l’expression, conquis par « un feu sacré qui ne [l]’a plus quitté » depuis un concert de Stefano Di Battista, dont il était l’élève, à Paris, dans un Sunset où ils étaient « trois pékins ». Lors de ce soir de fin d’adolescence, le saxophoniste eut une certitude : « je savais que la musique serait ma vie », récite-t-il avec certitude. Soutenu par un père qui s’était remis au piano sur le tard, et à qui il dédie depuis tous ses albums, il intégra par la suite le Conservatoire National avant de mener une carrière qui déboulonnent un à un les clichés vissés dans les consciences actuelles sur ces élèves bien sages et classiques. Au fond, De Pourq’ est un punk, un artiste libre et charismatique. Il a fait son temps avec le Megaoctet de Andy Emler, avant de le quitter il y a deux ans, pour s’adonner à sa musique. 12 ans pour s’inspirer et se détacher des blagues répétitives du très respecté pianiste compositeur. Avec Daniel Zimmermann, surtout, il crée DPZ avec Daniel Zimmermann, un quintet destiné à s’orienter vers des sons plus plus rock. À leurs côtés, Maxime Delpierre, Sylvain Daniel et David Aknin, de proches collaborateurs qui sont, comme lui, acteurs d’un décloisonnement du jazz. Par cet éclatement, Thomas de Pourquery est loin d’un jazz sclérosé dans ses dogmes du passé. Jazz pour lequel il voue de toute façon « un amour infini ». Comme la plupart des musiciens, il pense de toute façon que « les genres ont de moins en moins de sens » et renchérit qu’« Aujourd’hui les gens sont prêts à aller dans des festivals pour écouter des suites de Bach pour violoncelle solo ; puis aller danser pendant 3 heures sur un dj set d’Acid Arab. Je pense que c’est à notre portée. Ça doit être passionnant pour les programmateurs ! ».


Les concernant, lui et ses camarades du Supersonic, il convient : « nous ne sommes que des batards célestes. On revendique le mélange des chromosomes et des gênes, des attitudes et des galaxies. ». On lui a demandé ce qu’il appréciait le plus dans son métier de musicien. Il nous a répondu :  « Faire durer mes 14 ans. Quand tu te lèves, tu te dis que tu vas “jouer”. C’est la conscience de cette chance là. Poursuivre un chemin qui, dans le paysage, reste intact depuis mes 14 ans. Je me réfère là à Nougaro qui place cet âge comme la première conscience d’âge : le premier fil qui se tend entre l’insouciance et la nostalgie, pour des premiers émois incroyables ». Ce temps de la rigolade, Thomas de Pourquery ne l’a pas quitté. On le constate à chacun des concerts de ce showman taquin, prompt aux blagues masquées par le sérieux.

Le goût de l'écran

Par ce goût pour l’ironie, le saxophoniste était presque chez lui dans La Loi de la Jungle, le long-métrage de Antonin Peretjatko sorti l’année dernière, à l’été 2016. On le retrouvait en braconnier quasi mutique installé dans la forêt amazonienne. Oui, De Pourquery fait aussi du cinéma, s’amuse à se voir en Christophe Rocancourt du grand écran. On l’a vu dans le moyen-métrage Il est des nôtres de Jean-Christophe Meurisse (2013) ou dans Tristesse Club de Vincent Mariette (2014). De Peretjatko il dit qu’il est « d’une sincérité absolue », qu’il est « illuminé » et qu’il a « ce truc pince-sans-rire très très drôle ». De lui-même, il reconnaît aimer « dire des choses abominables avec une froideur implacable sur scène. Mais pour rigoler, bien sûr. C’est tellement important ! Ça manque cruellement, partout. Il faut avoir conscience que tout ce bordel, la vie, est tellement incompréhensible. Il faut en rire absolument. Ne pas en rire du tout, c’est créer un dogme. Dire que la vie c’est ça et pas ça. On en sait tellement rien que c’est la moindre des choses de rigoler. Mais il y a encore plein de gens qui rigolent. Il faut les entendre et surtout essayer de s’amuser soi-même. C’est vital ». Le salut, il le voit aussi dans le regard vers l’univers, « parce que c’est nous regarder nous-même », dit-il, « c’est nous scruter au plus près que de regarder le plus loin possible ».

Le Barbu cosmique

Appellons-le le barbu cosmique. Il le mérite. Spirituel, comme la musique qu’il s’attache à explorer et à laquelle il donne la fonction de vaisseau spatial, véhicule de partage et de rêve : « Elle est un voyage dans le temps. Elle réunit tout le monde. Il n’y a pas plus d’âge, plus de classes sociales. C’est ce qui nous unit au plus profond de ce que l’on est ». Sa transe est bien universelle, son titre, explicite. Sons of Love, les fils de l’amour. Il y a du Sun Ra dans l’air. Mais il n’est plus dans le texte. Seul « We Travel de Spaceways » du gourou saturnien vient faire l’écho du premier album, Play Sun Ra, et de cet amour cosmique partagé. L’imagerie et les titres donnés aux morceaux établissent une filiation claire. Comme pour s’en distinguer, il précise que l’on y entend aussi Bowie, The Cure ou Ayler. Et il a raison. La signature reconnue est bien la sienne, avec un son de groupe, celui du Supersonic, dans la transe des montées en chœurs, des soufflants en fête et de l'énergie plus rock.  Proche du penchant qu’a le saxophoniste pour les choses simples, les chansons pop, comme il a pu le montrer dans son autre projet du moment, VKNG. « Le seul soucis que j’ai, conclue-t-il, c’est d’assumer ce que je joue ». 

 

Supersonic : Arnaud Roulin - piano ; Frederick Galiay - basse ; Edward Perraud - Batterie ; Laurent Bardainne - Tenor saxophone ; Fabrice Martinez - trompette ; Thomas de Pourquery - Alto saxophone


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