Theo Ceccaldi - Fourrure et violon

Par Florent Servia - 28 janvier 2017

© Margot Vonthron

© Margot Vonthron

Il est la rolls des musiques improvisées, le prodige du free jazz européen, digne héritier en petit gabarit à cordes de la contrebassiste vénérée ou honnie, Joëlle Léandre, numéro 10 de l’Orchestre National de Jazz et mascotte pour médias du Tricollectif, l’ensemble à l’origine orléanaise de groupes barrés. Theo Ceccaldi convainc au violon, intrigue sous son manteau à fourrure. On le croise depuis 2013 et une rencontre initiatique avec le bizarre de son univers lors d’une soirée « Ca tricote à l’Improviste ». Approfondissement fait quelques semaines plus tard lors des « Soirées Tricot » à la Générale, autre événement de ce curieux collectif qui prévoit toujours une table de ping pong lorsqu’il organise un festival. En 2014, on le surprend à danser sur un dj set, un soir de finale de coupe du monde, à Jazz à Luz, festival de musique improvisée perché dans les Pyrénées. A force de projets, de rencontres et de disques appréciés, l’envie d’écrire grandit et la culpabilité de ne pas le faire, avec. Finalement, ce que l’on imaginait de la discussion se confirme. Les propos réfléchis, la biographie, fournie et la coopération, totale. Theo Ceccaldi est rompu à l’exercice. Un documentaire sur sa personne est en préparation. L’œuvre d’un passionné qui l’a suivi pendant quelques mois.

 

Le tournant

« La création du trio avec Valentin [Ceccaldi] et Guillaume [Aknine]. Ca a été mon premier pas dans la composition, pour un projet présenté au public ». Par ce groupe, la musique de chambre, d’où il vient, et l’improvisation livre, où il se dirige. Une première synthèse qui débouche sur deux disques pour Ayler Records et la tournée Jazz Migration [programme d’accompagnement de groupes], déclencheur avéré de réseaux national et européen. Parallèlement, évidemment, l’effervescence, la multiplication des projets au sein du Tricollectif ou en dehors, le talent et les nouvelles amitiés aidant. Avec, en tête de pont, l’intégration de l’Orchestre National de Jazz mandat 2014-2018, sous la direction d’Olivier Benoit. Mais dans tout ça, où sont les standards ? En a-t-il jamais joué sur scène ? Après réflexion : « Quand je commençais, à l’adolescence. A douze ans on montait nos premiers groupes de jazz. Avec des petits thèmes, des blues, des thèmes très simple.  Après j’ai quand même fouillé cette culture ». Est-ce un répertoire qu’il connaît encore ? « J’adore travailler ça à la maison. C’est une gymnastique du cerveau qui est bénéfique. Elle t’aide à te renouveler aussi, j’aimerais pouvoir retrouver le temps. J’ai beaucoup relevé  ». Qui ? « Pas forcément des violonistes. Mais Art Pepper, Jackie McLean ou Clifford Brown, que j’adorais relever pour la limpidité de son phrasé. Très fin, intelligent, sinueux. » Très américain, trop ? « J’ai aussi adoré relever Christophe Monniot. » Ah ! « Il a un phrasé plus nébuleux, mais tu sens qu’il y a une histoire derrière, qu’il a intégré toute l’histoire du jazz avant de la remanier à sa sauce. Les jaillissements dans ses phrases me rendaient fou ! ».

 

Carrière et liberté

La vérité est ailleurs, dans la musique à soi, celle que l’on a écrite. Le grand chamboulement, dans la rencontre avec la musique improvisée. Mais avant ça, il y a eu les premières compositions. Source de plaisir et de fierté. Elles ont un rôle important dans le choix de voie qu'il a pris : une quête de soi. « C’est être soi-même et avoir toute une vie pour continuer à chercher des choses qui pourront encore te surprendre ! Ça n’a pas de prix ! ». Ses multiples projets en tant que leader en attestent, « fantasmer sur des nouveaux projets, c’est un puit sans fond d’excitation permanente. » Pour autant, Theo Ceccaldi a appris à ménager les désirs en cette période prolifique de mandat à l’ONJ. On se questionne quand même légitimement sur ce qu’il peut bien laisser de côté. « Il y aura surement des moments de creux. En ce moment je me dis que c’est pas grave et je note au fur et à mesure mes envies sur une petite liste ! ». À venir, le deuxième album de Qöölp, un duo avec Roberto Negro, d’autres choses et l’Orchestre, jusqu’en 2018… Se voit-il à la place de son chef un jour ? Un ONJ sous la direction de Theo Ceccaldi ? « C’est compliqué. Tu as une pression énorme de toutes parts. Du conseil d’administration, des musiciens, des programmateurs, des journalistes. C’est un enfer et un boulot énorme. Ça fait envie, parce que forcément tu as des moyens conséquents, même s’ils ne sont pas démesurés. Olivier [Benoit] a tracé, sans compromis. Je le respecte beaucoup pour ça ».

 

1986 : Naissance 

2012 : Théo Ceccaldi Trio, Carrousel, Ayler Records

2013 : Toons, Les 7 nains, Tricollection

2013 : Théo Ceccaldi Trio + Joëlle Léandre, Can you smile ? Ayler Records

2014 : Loving Suite pour Birdy So, Tricollection, L’autre Distribution

2014 : La Scala, Ayler Records

2014 : ONJ Europa Paris, Onjazzrecord, L’autre Distribution

2015 : ONJ Europa Berlin, Onjazzrecord, L’autre Distribution, avril 

2015 : Petite Moutarde, Onjazzrecord, L’autre Distribution, septembre 

2016 : Atomik Spoutnik, Tricollection

2016 : Orchestre du Tricot – Tribute to Lucienne Boyer, Tricollection


 

À l'ONJ, Théo apprécie être le bon soldat au service d'une musique qui n'est pas la sienne. Il y a réappris à se mettre en retrait. Une aide à l'épanouissement qui ne remet pas en cause sa priorité : son trio, dont il veut prolonger l’aventure. En filigrane, prime le besoin de surprendre et de ne jamais se répéter, d’« aller chercher un peu ailleurs ce que tu n’as pas encore exploré ». Elle est peut-être là la clef de son succès, dans l’apport d’un nouveau regard, pour lui qui rend plus attractives les musiques improvisées. Dans la communication aussi. L’image est travaillée, toujours soignée et bien souvent décalée. « Avec le Tricollectif on fait ça parce que ça nous éclate. Jean-Pascal Retel, notre vidéaste a envie d’aller à fond et de casser cette image du jazz un peu sage, un peu gentil, un peu vieux jeu des fois. C’est ça qu’on esssaye de faire. » Est-ce voulu de faire marrer les gens ? Les vidéos, leurs photos y compris l'attitude sur scène ou les ruptures musicales. Tout porte à soupeser les parts respectives de 1er et 2nd degré. Les membres du Tricollectif sont-ils farfelus au quotidien ? « On aime bien ne pas trop se prendre au sérieux et provoquer, détourner le propos, même si on est dans des musiques sérieuses, s’en jouer un peu… Je pense à Jazz News, au ton décalé et à l’esprit coquin de Mathieu Durand. Quand tu le rencontres dans la vraie vie, c’est un mec hyper calme, hyper posé ! Souvent il y a ce décalage entre ce qu’on est dans la vie et ce qu’on se permet d’être ailleurs. Parce que c’est là que c’est bon, quoi. »

 

Sociologie de la réussite

Entre notre rencontre et cette publication, c’est bien Jazz Mag qui a décerné à Theo Ceccaldi le titre de musicien français de l’année. Il fallait que ça arrive. Il s’en était créé les conditions de possibilité, année après année. Les remerciements vont légitimement à la famille. On les fait pour lui. Son frère d’abord. En 2009, Theo Ceccaldi découvre l’intermittence avec des orchestres symphoniques : l’orchestre Padeloup et l’orchestre Lamoureux. « Petit à petit le jazz a pris le dessus. Mon petit frère [le violoncelliste Valentin Ceccaldi] a été plus précoce dans le cheminement de sa musique personnelle. Il a tout de suite écrit naturellement. Il jouait avec des groupes de jazz. Il s’éclatait. On habitait ensemble, à Aubervilliers, avec trois autres musiciens qui étaient aussi dans cette énergie là. On se faisait des bœufs tout le temps dans la cave. Mais je n’étais pas dans la même dynamique. Cela m’a donné envie d’aller avec eux ». Avant ça, les parents. Forcément, ça intrigue. Deux fils investis dans la musique, ensemble, au sein d’un collectif et des mêmes musiques. D’où viennent-ils ? Qu’ont-ils fait ? Le père est directeur d’une école de musique à Orléans et compositeur. Ancien violoniste, en passant. Il compose pour le théâtre. La mère, ancienne de l’éducation nationale reconvertie dans la psycho-pédagogie. « Ils ont été très influents dans notre orientation vers les musiques créatives. Ils nous emmenaient souvent aux spectacles, nous faisaient participer. Ils nous on fait aussi très tôt écrire des petits spectacles. Je me souviens que mon père jouait à Avignon au festival. Il nous avait fait monter un petit spectacle que l’on jouait dans les rues d’Avignon. On avait 7 et 5 ans quoi : « la banquette arrière compagnie ». Les débuts d'une grande aventure.


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