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Sous cette épaisse touffe de cheveux ébouriffés se love l’esprit d’un pianiste intuitif et valeureux, Jean-René Mourot. Ce lorrain de naissance, exilé chez ses voisins d’Alsace, à Strasbourg, impressionne d’humilité, comme s’il ne réalisait pas tout à fait le talent qui lui grouille au bout des doigts. En 2012, déjà, son EP en piano solo, était le manifeste d’un artiste à la sensibilité accrue, source de compositions exigeantes, riches mais léchées. Pourtant, quatre ans et trois albums plus tard, l’évocation de son nom ne provoque encore que des yeux ronds de regards hébétés. Jean-René Mourot ? Connais pas. Est-ce l’humilité désarmante, la vie loin de Paris ou l’absence d’attaché(e) de presse qui l’expliquerait ? Un peu des trois. Il n’en a cure.

 

Sortir un disque ? Il crée un label. Cette autonomie, il l’a acquise « dans les milieux du rock alternatif et de la chanson où on a toujours appris à nous démerder par nous même. Du coup ça avait tendance à me fatiguer de voir plein de super projets attendre que quelqu’un viennent les chercher pour faire un disque et essayer de faire des concerts. Bougez-vous ! Faites les trucs vous-même ! Je suis sorti du conservatoire dans cette optique là ». Les bouffeurs de conservatoires y apprendront que de ces écoles supposées lisses sortent aussi des esprits téméraires. 

 

Derrière ce nom à rallonge, au classicisme figé, J-R fait foi d’une approche décomplexée de la musique. C’est à l’accordéon, avec les Garçons trottoirs, qu’il fait feux de tous bois, arpentant la France à raison de centaines de dates, depuis 10 ans, avec le besoin de s’amuser, du côté du rock et de la chanson française. « J’aime vraiment ce qu’on fait ! Je m’éclate dans ce truc. Et du coup quand je suis en train de me prendre la tête dans l’écriture de morceau pour mes projets je pars 15 jours en tournée avec les Garçons trottoirs. Ça me fait un bien fou, et quand je reviens, j’ai fait une musique qui a tellement rien à voir que je me replonge là dedans avec un grand plaisir et des idées fraîches ! ». Il semble, en effet, de bon ton de convenir que la musique de J-R Mourot n’est pas un symbole de légèreté. Disons que l’on ne saute pas dans tous les sens. Ce qui ne l’empêche de sortir l’artillerie lourde avec son trio, Le Tricyle, sur certains titres au swing furibond. Jean-René Mourot sait tout faire et le montre sur ce disque sous-estimé - ou non-découvert. Le pianiste sait évoluer, et briller, dans une variété de registres intrigante. Entre le blues, la balade, le swing et le registre des musiques improvisées, il a cette qualité qui, dans n’importe quel contexte, donne à ses interventions l’impression qu’il vise toujours juste. En solo, en trio, et en duo, ses ornements font mouche. 

 

La preuve avec ses deux derniers projets, aux tournures totalement improvisées : Les chroniques de l’imaginaire avec Brunot Tocanne et Les couloirs du temps avec Michael Alizon. Deux duos, le premier avec un batteur, le second avec un saxophoniste.  « Ça faisait longtemps que je voulais faire un duo avec un batteur. J’étais tombé amoureux de cette formule avec le duo Carrothers/Stewart et j’ai été séduit par le jeu de Bruno en écoutant des disques. J’ai entendu chez lui un batteur que je trouvais presque plus mélodiste qu’autre chose. J’ai trouvé qu’il jouait de la batterie comme on peut jouer du piano ou de la guitare. Alors je me suis dit « allez, je lui passe un coup de fil et on verra ce que ça donne  ». Et ça c’est très bien passé ! Jean-René Mourot était le 3ème pianiste à appeler le batteur. Résultat ? Une ode au silence dans laquelle le pianiste peut explorer toute la palette de son clavier. « Dans un répertoire plus improvisé, le fait qu’il y ait un bassiste m’empêche presque de jouer toute une partie du clavier. Il faut être malin pour ne pas se bouffer en permanence. Quand tu joues avec un bassiste ta main gauche a un rôle complètement différent. Avec la batterie on peut être à 100 % complémentaires. C’est une énorme liberté dans l’impro ». La liberté, et la seule possibilité de jouer ce qu’il désire. Ce sont les vœux pieux du strasbourgeois dont les idées de projet ne tarissent pas. Il y a cet autre duo à paraître prochainement, avec Michael Alizon, Les couloirs du temps, et l’extension du Tricycle en septet, avec Franck Wolf, entre autres, dont les prochaines dates tomberont à l’automne prochain. Avec un enregistrement prévu pour Momentanéa, son label, maison de toutes ses lubies délicieuses.

Autre idée, le retour au piano solo, mais pour un album de standards, et sur son label, cette fois : « Mais je n’arrive pas à me décider ! Je m’étais fait une longue liste de morceaux et le lendemain j’ai tout barré pour recommencer. Il y avait trop de Monk. J’aime trop Monk… ». Jean-René Mourot a l’embarras du choix et beaucoup de temps devant lui alors qu’il célèbrera cette année son 30ème anniversaire avec une sagesse exemplaire : « Ça fait 4 ans que j’essaye de défendre ma couenne dans ce milieu. Aujourd’hui certaines portes s’ouvrent, alors que ça aurait été complètement impossible à l’époque. Il faut être patient ! ». Et nous de nous réjouir d’écouter ses projets à venir. 

Florent Servia

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