© Jeanne Added

© Jeanne Added

Quel effet peut bien faire une Victoire du Jazz à ses lauréats ? La mine apaisée de Anne Paceo lors d’un café de fin juillet, pris derrière une Place de la République elle aussi rattrapée par le calme aoûtien, nous a donné un début de réponse. Quelques semaines après avoir été récompensée par le prix d’artiste de l’année, face à Cecile Mclorin-Salvant et Géraldine Laurent, deux autres merveilles de musiciennes - on cochera cette édition 2016 pour sa couleur féminine -  la batteuse affichait un bonheur de fin de fatigue après au moins deux années passées à écumer les scènes de tout le pays. Avec le parler d'une musicienne façonnée par l'entourage des « copains » du milieu hyper masculin du jazz elle nous raconte que cette dernière année a été principalement départagée par sa fin de cycle dans le projet à succès de la nouvelle Jeanne Added, le début de Circles -  sa nouvelle aventure -  et le dernier groupe de Raphaël Imbert. Avec Jeanne Added - et Mélissa Laveaux - elle a découvert l’univers de la pop, celui où l’on tombe parfois sur des masseuses en backstage. Un milieu qui « génère beaucoup d’argent, même si pour les musiciens ce n’est pas forcément le cas », nuance-t-elle avec le soucis de « ne pas fanfaronner ». Avec Jeanne, toujours, elle a vécu son plus gros concert Place de la République, devant un parterre de 12.000 spectateurs, et une année folle où elle devait taper « quatre fois plus fort, comme une sourde », et, parfois, enchaîner le lendemain dans de petits clubs de jazz où il « était parfois compliqué de retrouver ses sensations ». Mais gare aux confusions, elle aussi joue devant des publics conséquents. À Niort, cet été, c'était devant 2.000  personnes, sur une scène de rock, « avec les barrières et tout ! », lâche-t-elle, excitée de cette reconnaissance dans sa ville natale. 

1984 : naissance à Niort 

2005 : Entrée au CNSMP 

2006 : Tremplin Jazz à Saint-Germain-des-Prés, prix de groupe avec Triphase

2008 : Triphase, Laborie Jazz

2009 : Djangodor à l'Académie du jazz, prix du Nouveau Talent 

2010Empreintes, Laborie Jazz 

2011 : Victoires du Jazz, Révélation instrumentale 

2012Yôkai, Laborie Jazz 

2016Circles, Laborie Jazz 

2016 : Victoires du Jazz, Artiste de l'année 

Dans cette symphonie des contraires, Anne Paceo garde un petit faible pour le jazz où il y a « plus de libertés », même si elle « adore jouer de la pop, devoir être tight et tenir le même groove tout le long ». De ses « incartades dans la pop » elle avoue avoir « pris confiance » en soi, parce que « ces grands écarts [lui] ont permis de trouver ce qu’[elle]  voulait vraiment jouer ». Elle en a aussi tiré un travail différent de ce qu’elle avait l’habitude de faire en post-prod, sur le son de Circles : « on a l’improvisation, mais avec une production plus pop. J’ai beaucoup bossé avec mon ingé son pour arriver à un son plus compact ». Pour ce qui est du jeu, elle confesse un goût de l’ordre allié à un amour du désordre qui la fait partir « d’une base resserrée avec des impératifs, pour que tout le monde se sente bien dans le cadre, qui explose ensuite ». Pas si pop que ça Paceo. Rien d’étonnant pour une admiratrice du tellurique Elvin Jones : « Coltrane et Elvin, c’est le volcan en éruption. Ils ont quelque chose de cosmique. Aujourd’hui on va de plus en plus vers la machine alors qu’Elvin est l’antithèse de ça. Le tempo bouge, il n’y a pas deux coups égaux. Il a un jeu sale que j’admire. J’aime bien les batteurs qui sont sauvages. Comme Brian Blade ou Justin Faulkner, par exemple ». 

Consciente de sa réussite, elle a l’humilité d’y voir une situation temporaire, « exceptionnelle » même. Et pourtant, elle n’avait pas 20 ans que tout lui souriait. Élève au CNSMP (Conservatoire National), elle jouait déjà beaucoup, ce qui était « compliqué vis à vis de l’institution, à cause des absences ». Escoudé, le bop à la Fontaine et Triphase son premier groupe déjà adoubé par la presse. Ce succès a parfois suscité les jalousies, lui donnant « l’impression de ne pas mériter, parce qu’il y avait plein de musiciens qui jouaient mille fois mieux [qu’elle] au CNSM ». Un manque de bienveillance qui la plombe sans la faire plier : « j’ai défendu ce que je faisais, parce que c’est ce que je kiffais ». Par déduction, on dira que, toute touchée fut-elle, c’est au caractère que celle qui se dit « peut-être  bisounours » a maintenu le pas à un rythme bien installé. Bon an mal an, elle s'est entourée de gens positifs et s'est construite avec l'envie d'aller vers le bien. Dix ans plus tard, le Conservatoire dûment terminé et un refus adressé à la prestigieuse Berklee- qui lui ouvrait ses portes quand elle voulait en finir avec l’école - Anne Paceo compte quatre albums pour trois groupes, Triphase, Yôkai et Circles. Trois noms que l’on retient et l’idée qui s’installe que la place de leader lui va bien. « J’ai beaucoup d’énergie à revendre, je pousse tout le monde ! Je dois envoyer quatre mails par jour à mon tourneur et autant à l’attaché de presse. Quand je me lève le matin et que je joue le soir avec le groupe, je suis trop de bonne humeur ! Je me dis qu’on va se marrer pendant 24h, raconter des conneries et triper à jouer. Du coup j’ai envie que ça se passe souvent ». Tout simplement. On prédit une belle météo sur le visage de la batteuse durant la saison à venir. Circles a encore quelques tours à jouer, y compris un album live que sa leadeuse prépare en pensant à toutes les belles salles qui les accueilleront la saison prochaine. Quant à la suite, Anne entend déjà « un son dans [sa] tête », reste à « trouver les gens qui sont adéquats ». À peine fini que la voilà repartie. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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