Et son nom fit surface. Tout d’un coup, un disque, des dates et le sentiment qu’il se passe quelque chose autour de celui qui n’est déjà plus vraiment un inconnu. Gauthier Toux est un pianiste français qui a préféré la Suisse aux Pays-Bas pour se faire les mains sur les 88 touches policées d’un piano d’école prestigieuse. Ce sera la Haute Ecole de Musique de Lausanne pour le jeune Chartrains qui y termine aujourd’hui un deuxième master, sans même imaginer quitter complètement une ville, un pays même, qui l’a chaleureusement accueilli en son sein. Il avait à peine 18 ans et sortait d’un bac S, obtenu avec une mention Très Bien, avec la confiance en soi du très bon élève pour qui le succès n’est pas une anomalie mais une alchimie entre le travail acharné et une bonne dose de talent. Pour ne pas dire de prédisposition ou de facilités. Les années, les rencontres et la vie suivant son cours ont fait le reste : insérer une dose de doute, de maturité pour ainsi dire. Il aurait dû faire une école d’ingénieur, était accepté en math sup math spé dans deux établissements parisiens. Que nenni. Dans sa famille la tendance est aux grandes études, une sœur et des cousins qui ont fait prépa ou médecine, un père ingénieur passionné de jazz - ah ! -  « toujours fourré au Duc ». Pour Gauthier ce sera la musique, la voie de cœur et du courage. Car il en faut pour se lancer dans une carrière où rien n’est moins certains que la stabilité financière. 

En Suisse au moins règne un « esprit de famille [où] les gens ne se prennent pas la tête et sont plus réservés, plus mesurés ». Lové dans le nid bienveillant d’une école remplie de talents, Gauthier Toux a pu envisager la suite avec calme, loin de la compétitivité parisienne. C’est là-bas qu’il a rencontré Maxence Sibille, batteur français, de dix ans son aîné, vu aux côtés de Erik Truffaz, Didier Lockwood ou Guillaume Perret : « Il était le papa de l’école, j’étais un minaud et lui un adulte plutôt mur, il m’a permis d’avancer et de grandir ». Finalement, l’aîné le convie à l’un de ses concerts et l’amitié naissante prend des tournures d’amour fraternel. Après trois ans de colocation et le début d’une aventure musicale au long cours, Gauthier Toux le considère « un peu comme [son] grand frère ».  Le jeune pianiste trouve en son bassiste danois un autre aîné - de dix ans, comme Mayence - et donne l'indice d'une certaine maturité. C'est à Berlin qu'il a rencontré Kenneth Dhal Knudsen. Depuis, celui qui joue aussi avec Gilad Hekselman ou Jonathan Blake est retourné en son Danemark natal, à Copenhague, deuxième terre d’accueil du trio. Là-bas aussi Gauthier est allé, mais pour quelques mois seulement, le temps d’un Erasmus. Le bon élève précise : « Depuis les accords de Bologne, tous les conservatoires européens sont considérés commes des établissements d’études supérieures ». L’Europe existe bien et a permis à Gauthier Toux de se constituer des attaches dans deux pays. Principalement en Suisse où son trio est soutenu par le Cully Jazz Festival depuis plusieurs années - il y a fait la première partie de Wayne Shorter - et connaît très bien le Moods, club de jazz genevois de référence européenne. La France se faisait encore attendre, il l’a abordé en 2016 avec les prix de groupe du tremplin du festival Jazz or Jazz d’Orléans en avril puis du célèbre tremplin de Jazz à la Défense en juin. C’est là que la magie opère. 

1993 : naissance à Chartres

2011 : entre à l'HEMU de Lausanne

2013 : obtention du Bachelor 

2013/2014 : semestre au Rythmic Music Conservatory de Copenhague

2015 : obtention du master in jazz performance

2015 : More than ever, auto-production

2016 : Unexpected ThingsNoMadMusic

Muni de ces références et d’un second album, Unexpected Things, Gauthier Toux peut espérer conquérir le territoire français, à commencer par deux dates au Duc des Lombards, les 24 et 25 août, et la première partie de Gogo Penguin à Massy. Deux références de plus pour la saison à venir et un constat réjouissant : « Je ne pensais pas que le tremplin de Jazz à la Défense aurait un tel impact, c’est supérieur à ce à quoi je m’attendais ». La musique y est bien pour quelque chose. Bien mise et produite, elle rappelle par son unicité l’un des atouts de trios de renom, celui du pianiste israélien Shai Maestro ou de son ancien leader, le contrebassiste Avishai Cohen : « J’ai beaucoup écouté Gently Disturbed [célèbre album en trio de Avishai Cohen avec Shai Maestro au piano et Mark Guilianna à la batterie] à 15-16 ans et Glasper à fond, vers 18 ans. Puis j’ai redécouvert et écouté à fond Shai Maestro qui a un beau lyrisme, avec toute la tradition du jazz et des compos intéressantes. J’aime comme ils arrivent à créer des choses organiques ensemble, même dans les parties improvisées où on sent cette énergie à trois ». Cette caractéristique il la retrouve dans « la musique éléctronique qu’[il] écoute beaucoup, avec ses montées organiques qui finissent en explosion » sans pour autant entreprendre une entreprise de mélanges de genres. Chose qu’il rappelle à plusieurs reprises. S’il trouve des parallèles avec la musique acoustique, par un « système de couches, de choses qui arrivent les unes après les autres et qui font vivre la musique », il le répète, lui fait du jazz. Et s’il lui arrive d’explorer la musique électronique, c’est « pour se marrer » et surtout sans fusion, toujours l'un sans l'autre. 

Mais c'est une remarque d’un autre ordre qui attire l’attention, Gauthier Toux trouve intéressante « l’idée de développement et de collectif » dans la musique électronique, en ce qu’elle permet de « sortir de l’idée du soliste ». Comme en écho, il dit de son trio que « [son] nom est mis en avant, alors qu’il s’agit d’un groupe ». Le trio, la famille, la Suisse et l'impression que le nom de ce garçon n'a pas fini de circuler dans l'hexagone. 


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