© Juliette Riegel

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Sollicité par les plus grands noms, celui qui a commence sa carrière au sein du trio d’Avishai Cohen voit même son influence dépasser les hautes sphères du jazz. Il s’illustre ses dernières années grâce à ses projets solos, oscillant entre ses différentes influences, dans un éclectisme total. Nous avons pu le rencontrer à l’occasion du festival Nancy Jazz Pulsation, et discuter avec lui de mélange des genres, de David Bowie, de Buddy Rich… De musique, tout simplement. 

Tu as collaboré sur des projets très différents cette année notamment, l’ultime album de David Bowie Blackstar, le Diwan of beauty and odd de Dhafer Youssef, ou encore le dernier album de Dave Douglas. Comment choisi tu les artistes avec qui tu travailles ? 

C’est assez drôle car dans les trois situations que tu as choisies, ce sont les artistes qui m’ont choisi pour travailler avec eux ! Pour David Bowie, c’était une évidence, car c’est un des mes héros et c’est une expérience incroyable, qu’on ne vit qu’une fois ! Cela m’a fait beaucoup évoluer musicalement. Je travaille avec Dhafer depuis 2009 et cela faisait des années que l’on n’avait pas fait un projet ensemble, il m’a donc invité à le rejoindre sur l’enregistrement de son album, et cela m’a fait du bien de le retrouver, accompagné de musiciens vraiment talentueux. Enfin, avec Dave Douglas, j’ai pu m’amuser à travailler sur une musique un peu plus expérimentale. Ces trois collaborations m’ont procuré beaucoup de joie, car je me sens comme chez moi un peu dans tous les genres. Ce que je veux dire, c’est que mes collaborations sont en adéquation avec mon amour de la musique et de tous ces aspects, de toutes ces nuances. Il n’y a pas un projet qui va plus ou moins satisfaire mes désirs musicaux, même dans mon propre groupe, car j’ai besoin d’explorer. 

Dans le film Whiplash, sorti il y a deux ans, qui parle de l’univers d’un élève batteur dans le jazz, on relève une citation de Buddy Rich qui dit que “les mauvais batteurs finissent toujours par jouer avec des groupes de rock”. Sachant que tu as travaillé avec David Bowie, comment réagit tu à cette confrontation entre rock et jazz ? 

(Il rit) J’aime beaucoup Buddy Rich mais je trouve cela stupide et absolument faux. Je ne pense pas qu’il y ait de réel division entre les genres. À la fin, ça reste de la musique ! Ce n’est pas grave de ne pas aimer un style, mais pas besoin de tout catégoriser. Personnellement, je suis tombé amoureux du rock bien avant de savoir ce qu’était le jazz, et c’est le rock qui m’a introduit à la musique. 

My Life Starts Now était plutôt électronique et expérimental. Quelle est ta relation avec les machines ? Est-ce que tu penses qu’elles ont leur place dans le jazz et qu’elles peuvent en ouvrir les perspectives ? 

J’en utilise rarement avec mon instrument, puisque je joue principalement de la batterie acoustique, mais j’aime la technologie et la façon dont elle transforme la musique. Ça m’arrive d’enregistrer des sons et d’essayer de les recréer dans ma propre musique. Les gars avec qui je joue aiment aussi ces éléments électroniques et les ajoutent à leur façon de jouer. Je suis fasciné par le son et ses perspectives. Cependant, tout vient de la décision du musicien, qui lui, contrôle tout. Les machines, c’est assez cool et impressionnant, mais elles ne peuvent rien faire elles même… Seul le musicien est capable de faire naitre une création ! 

Ton projet acoustique s’appelle Family First, est-ce à cause du fait que tu joues avec Shai Maestro dans cet album, un musicien avec lequel tu est très lié, et avec qui tu avais enregistré l'album désormais classique d'Avishai Cohen, Gently Disturbed (2008) ?

En fait, j’ai un fils de deux ans, et il venait juste de naitre quand on a enregistré l’album. J’ai composé ces musiques pendant les premiers mois de sa vie. Avant même de fonder ma propre famille, j’ai toujours été très proche de la mienne, notamment de mes deux frères, c’est une façon de vivre qui me tient à cœur. Il y a d’ailleurs une chanson dans l’album qui s’appelle « The importance of brothers ». Mais effectivement, cela est aussi lié avec ma famille « professionnelle », et les gars avec qui je travaille, il y a aussi en un sens cette relation de fraternité. C’est le cas avec Shai, qui est incroyable à mon sens une personne et un musicien incroyable, nous sommes très proche, mais il est très occupé avec ses projets.

Est-ce que tu t’es déjà senti comme exactement au bon endroit au bon moment musicalement ? 

Une réponse pourrait être que chaque moment est le bon ; mais ces dernières années, je me sens vraiment à l’aise quand je présente ma propre musique, le sentiment d’avoir construit et achevé quelque chose est incroyablement satisfaisant. J’adore collaborer avec d’autres artistes car j’en apprend beaucoup mais je suis très heureux de pouvoir construire et présenter mes propres projets. Ce processus de création, d’abord dans mon intimité, puis ensuite l’écriture en elle même, la présentation à mes musiciens… Cela ne marche pas toujours du premier coup, mais quand ça marche, c’est magnifique. Ce que je préfère par dessus tout est la présentation à mon public, et sentir leur réaction. C’est flippant mais aussi libérateur ! 

Drummer Magazine t’a nommé comme un des 8 meilleur batteur jazz du monde. Qu’est ce que tu ressens par rapport à ça ? 

C’est très gentil de leur part mais ce n’est pas une consécration car je pense qu’il est difficile de comparer un musicien à un autre. J’essaye de ne pas penser à cela, je suis très honoré et flatté, mais je pourrais nommer des dizaines de batteurs que j’admire et que je considère au dessus de mon niveau ! J’essaye tout simplement de jouer du mieux que je peux, et de toujours me concentrer sur l’évolution de ma musique. 

Comment te sens tu en tant que leader de groupe ? 

Je ne joue pas différemment quand je lead parce que je tient à supporter la musique du mieux que je peux. J’essaye d’inspirer les autres mais ils savent qu’ils m’inspirent aussi, c’est un bon échange. La plus grande différence est que je dois parler (rire).

Et cela te dérange ? 

Non, car j’aime aussi présenter mes musiciens et partager avec le public ! 

Des projets à venir ? 

Nous sommes en tournée en Europe pour deux semaines et ensuite nous retournons enregistrer en studio avec le quartet, pour un album proche de la couleur de Family First. Je pense aussi faire un projet plus électro, mais j’ai un planning chargé pour les mois qui arrive, et je ne sais pas quand est ce que je vais pouvoir mettre ça en place. J’ai aussi joué sur l’album de Donny McCaslin un saxophoniste que j’ai rencontré sur le projet Blackstar de David Bowie, mais j’essaye de me concentrer sur ma musique pour le moment


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