Envoyée spéciale au Saveurs Jazz Festival de Segré,j'ai eu le plaisir de rencontrer le bassiste Michael League, leader du phénomène Snarky Puppy alors qu'il était attendu à peine 30 minutes plus tard sur scène ! 

 

Snarky-Puppy
Snarky-Puppy

Vous serez seulement neuf à jouer ce soir... Comment vous sentez-vous sur scène sans les 52 musiciens du Metropole Orkest ?

On a vraiment pris le pli très rapidement. On s'habitue à avoir un son ample par exemple... Mais ça reste un projet particulier et non pas notre environnement ordinaire. Ce sont juste deux choses différentes. Quand tu joues avec un aussi large ensemble que le Metropole Orkest, tu n'as pas cette marge de flexibilité qui est possible dans une plus petite formation. En plus petit nombre, on peut vraiment aller dans toutes les directions. C'est plus facile ! Disons qu'elles présentent chacune leurs avantages mais qu'on aime les deux !

Sylva est votre premier album non-indépendant. Ça fait quoi d'enregistrer et de travailler pour un label aussi célèbre que Impulse ! ?

C'est génial ! Impulse, c'est quand même un label légendaire qui a produit quelque uns des plus grands albums de jazz de tous les temps. C'est vraiment un honneur d'y être associés. Et ce sont des gens très sympas : une petite organisation charmante dans laquelle il y a beaucoup de communication. Ça a été un plaisir ! C'est différent pour nous bien sûr parce qu'on avait l'habitude de prendre toutes nos décisions par nous-mêmes mais c'est vraiment chouette !

Avec Snarky Puppy, vous n'avez pas seulement créé une musique mais aussi un concept : des invités spéciaux, des albums live et Dvds... Vous essayez toujours de programmer quelque chose de nouveau ?

Oui ! Ce qui est vraiment cohérent avec Snarky Puppy, c'est qu'on essaie toujours de se lancer des défis, de se placer dans une nouvelle situation, de travailler avec de nouveaux artistes. C'est très important pour nous d'essayer de rafraîchir en permanence notre musique.

Avec toutes ces additions, arrivez-vous toujours à garder sous contrôle créatif votre projet ?

Je crois qu'à l'heure d'aujourd'hui, on a tellement joué ensemble, on a fait tellement de concerts qu'on a vraiment créé notre propre son. Maintenant, tout le monde dans le groupe comprend comment la musique doit être faite. Je n'ai plus vraiment besoin de garder le contrôle sur le projet. Plus le temps passe, moins je supervise. Je m'assoie plutôt en retrait et je laisse les musiciens prendre leurs propres décisions. Pour le concept d'un album bien sûr, je vais prendre ces décisions mais sur scène par exemple, j'essaye d'être plus silencieux qu'avant.

Les traditions semblent être très importantes pour vous. Est-ce une part essentielle de votre projet ?

Oui bien sûr ! Nous n'écoutons pas seulement des musiques du moment. Les musiques passées nous intéressent énormément, en particulier toute la tradition du jazz, du rock n' roll et du hip-hop. Ces musiques nous sont familières. C'est important si tu veux faire quelque chose censé poser de nouvelles frontières musicales de savoir ce qu'il y a eu avant.

J'ai l'impression que vous avez créé, peut-être totalement inconsciemment, une sorte de mythe autour du groupe (l'attente du public, l'annonce officielle des invités spéciaux par exemple). Penses-tu que créer cette sorte d'aura autour de Snarky Puppy fait partie intégrante du business musical aujourd'hui ?

Non. Ça ne m'a jamais traversé l'esprit ! (rires) Je ne pensais pas qu'on créait un mythe ! Je crois qu'on se fait une réputation en faisant quelque chose de cohérent. Quand on joue en live, on essaye de donner toute notre énergie, de créer chaque soir de nouvelles expériences. Quand on fait un album, on essaye de le faire aussi bon que possible... Ce qui implique les bonnes personnes, les bons endroits... Je crois que si tu fais tout ça, tu finis par acquérir la réputation d'un bon groupe qui fait de bons enregistrements. Bien sûr, je ne sais pas ce que les gens disent à notre propos parce que je suis dans le groupe ! (rires) Mais si c'est ce qu'ils se disent, c'est très bien. Ça nous aide à vendre plus de tickets, d'albums et à toucher un plus grand nombre de personnes ! (rires)

Est-ce un choix conscient d'envelopper vos morceaux de mystère, en y ajoutant toujours quelque chose de nouveau ?

D'un soir à l'autre ?

Oui.

Oui, bien sûr. Ça n'est pas quelque chose que nous avons préétabli, quelque chose comme « chaque soir, tout morceau sera différent »... Mais ça nous intéresse de jouer un morceau de la même manière soir après soir. On est attentifs à la partie du morceau qui réclame une certaine cohérence. La structure reste mais elle change d'un soir à l'autre.

Sous vos multiples influences demeure le jazz. Qu'est-ce que ce mot représente pour toi aujourd'hui et, plus particulièrement dans votre formation ?

Pour moi, c'est comme de la théorie musicale. Tu ne crées pas la musique à partir de la théorie musicale n'est-ce pas ?! La théorie musicale, c'est l'explication de la musique, l'explication de choses qui sonnent déjà bien. C'est comme une science derrière ce qui sonne bien. Mais tu ne crées pas quelque chose à partir de la science. La science, c'est l'explication de choses qui marchent déjà. Pour moi, le jazz, c'est comme le rock n' roll, le hip-hop, le funk. C'est la même chose. Les gens créent de la musique, seulement de la musique et après ils appellent ça du jazz. C'est comme ça que je pense le jazz. Les gens me disent « tu joues du jazz » mais qu'est-ce que j'en sais moi si je joue du jazz ?... (rires) On joue la musique qu'on aime jouer et après, les gens la désigneront ainsi. Mais c'est clair qu'on est de grands fans de jazz. Nous sommes tous des musiciens de jazz qui jouons du jazz traditionnel chacun de notre côté. Ça fait réellement partie de nous.

Vous êtes toujours à la recherche d'artistes spéciaux, originaux, sinon internationaux mais quelles sont vos principales influences ?

On a pas vraiment d'influences au sens strict. On prend les choses qu'on a aimées dans chaque musique qu'on a écoutée. Jazz, hip-hop, musique indienne, qu'importe du moment qu'on prend ces petites choses qu'on aime des différentes musiques qui nous plaisent et qu'on  se les approprie afin dans faire quelque chose qui nous ressemble. Mais nos influences viennent vraiment du monde entier.

A propos de votre album « Amkeni » (2013), tu as dit que, je cite, « ton rôle était d'extirper la musique de son contexte authentique 100 % Tanzanien / Burudien et de le fusionner avec le son et la puissance de Snarky Puppy ». Est-ce que vous travailler toujours de cette manière, en incorporant d'autres musiques dans la vôtre ?

Non, c'est seulement pour les collaborations. Ce qu'on essaye de faire, c'est de respecter le background de l'artiste, leur personna tout en y introduisant nos éléments. Ce qu'on fait régulièrement dans les enregistrements de Snarky Puppy, c'est juste nous. On essaye de travailler le son que nous avons créé ensemble depuis qu'on joue en groupe.

Comment faites-vous pour maintenir l'équilibre entre cette musique que vous incorporez dans la vôtre et votre créativité personnelle ?

Bonne question ! Chacun dans le groupe a d'autres projets. En ce moment par exemple, je joue dans plusieurs groupes en dehors de Snarky Puppy et je vais travailler l'année prochaine dans un nouveau groupe avec des vocalistes, un groupe de guitaristes... C'est important de ne pas faire une seule chose en même temps. Peu importe le concert, peu importe le défi, chaque projet différent mobilise une partie bien spécifique de notre cerveau. Chaque fois que je joue dans Snarky Puppy, mes autres groupes m'aident. J'introduis ce que j'y ai appris dans Snarky Puppy et quand je joue dans un groupe de country par exemple, j'utilise à l'inverse ce que j'ai appris dans Snarky Puppy.

A propos d' « Amkeni », tu as dit que « la règle que j'ai trouvé, c'était que les voix ne devaient pas changer ». Tu t'imposes toujours des règles pour chaque album ?

Oui, je dois m'en imposer. Je suis une personne extrêmement distraite ! (rires)

Il y a une grande part de commentaires musicaux dans votre travail. Est-ce que ça fait partie du concept ou c'est une nécessité imposée par l'industrie musicale aujourd'hui ?

Je trouve que c'est important d'atteindre les gens de multiples façons. La musique, la vidéo... Personnellement j'aime écrire. Si je n'avais pas été musicien, j'aurais sans doute été journaliste !... Il y a quelque chose avec la prose et tu le comprends particulièrement bien quand tu observes l'usage que l'on fait de twitter, des portables... Les gens ne s'expriment plus autant qu'avant. Quand j'étais gosse, on écrivait des lettres à nos amis...Maintenant ça a disparu mais j'aime maintenir ce rapport à l'écriture.

Certains de vos morceaux sont très rocks, je pense à « Minjor » (Ground Up) par exemple. Penses-tu que tu feras plus de rock n'roll un jour ?

Oui pourquoi pas, j'en sais rien ! C'est difficile dans un groupe comme le notre de jouer du rock parce qu'il y a trop de claviers. Et les claviers n'ont pas franchement leur place dans le rock ! Pour « Minjor » et d'autres morceaux du genre, ce n'est pas exactement du rock. On se réfère à un certain rock dans lequel les claviers ont leur place. Et dans « Minjor » en particulier, les claviers ne jouent pas tellement. On essaye seulement d'avoir bon goût... Si le bon son vient et que c'est du rock, alors on le joue mais je ne me fixe jamais cet impératif de faire un morceau de rock. Pour chaque nouvel enregistrement, je me dis simplement que je veux faire de meilleures mélodies !

Family Dinner Vol.1, Vol.2, toujours 8 différents invités. Il y a quelque chose de particulier avec ce chiffre ?

8 ? C'est tout simple : pour le premier, il y avait 8 invités, alors nous avons gardé la symétrie pour le second. Mais avec Family Dinner Vol.2, on a également invité un instrumentaliste donc en vérité, il y a plutôt 9 invités. Et puis ce ne sont pas seulement des chanteurs. Il y a un groupe qui vient de Suède qui s'appelle Väsen, Carlos Malta, un joueur de flûte du Brésil, etc...

Tous ces invités... comment vous en êtes arrivés là ?

Je pensais simplement à divers artistes que je respecte dans des genres très différents comme Salif Keita (Mali), Suzana Baca (Pérou), David Crosby (USA), Laura Mvula (UK)... On s'est dit qu'on avait des connections avec ces artistes et qu'on devait les rassembler. C'est juste incroyable de voir combien ils sont nombreux à avoir accepté. On s'est tous retrouvés dans la même pièce. C'était seulement une grande pièce ouverte. On a passé du bon temps !

Parmi les invités, il y a un curieux groupe de funk-pop électronique. Comment les avez-vous découvert ?

Ils nous ont twittés. Il me semble que c'est Justin qui les a découvert. Ils ont du discuter ensemble sur twitter et il leur a proposés de travailler avec nous.

Et Jacob Collier ?

Je lui ai envoyé un email. Un de mes amis français m'a envoyé un lien d'une de ses chansons il y a trois ans. Je lui ai envoyé un mail lui disant que j'aimerais bien qu'on travaille ensemble. On s'est skypés et ensuite, on l'a invité à un de nos concerts à Londres. Il est très jeune, différent des autres artistes !

Et comment fais-tu pour incorporer tes invités dans ta musique ?

Sur ce genre de concept, on joue toujours la musique des invités. Je ne compose pas pour eux, je me contente de faire les arrangements ! L'idée, c'est qu'il me donne leur morceau et je le change. Dans certains cas, c'est radicalement différent de la version originale. A tel point qu'ils ne reconnaissent pas leur version ! (rires)

Il y a une grande part d'improvisation dans votre travail, je pense en particulier à l'album « We like it there » (2014). Comment parvenez-vous à improviser avec une aussi large formation ?

Tout le monde dans le groupe est pleinement conscience de sa responsabilité, de son rôle dans notre musique. Chacun sait que sur tel morceau, il doit faire ça. Tu restes sur ta ligne et après tu crées autre chose.

C'était évident pour toi de créer un big band ?

Non. J'écoutais juste beaucoup de musiques qui avaient de large ensemble : Avishai Cohen (19:36), de la musique brésilienne qui m'ont interpellé et m'ont donné envie de créer un big band.

Comment tu qualifierais l'identité musicale de Snarky Puppy après dix ans d'intense activité ?

L'identité de Snarky Puppy ?!.... Toujours du changement, des challenges, de nouvelles choses. Un groupe de bons potes qui jouent la musique qu'ils aiment !

Votre prochain projet c'est quoi ?

On va faire un studio album en décembre. Family Dinner Vol.2 sortira en janvier. Et après ça, peut-être un nouveau disque avec Bobby McFerrin. Qui sait ?

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