Les deux frères Lionel et Stéphane Belmondo sont devenus des personnalités incontournables de la scène jazz française. Ils ont fait plusieurs fois le tour du monde, notamment auprès de la chanteuse Dee Dee Bridgewater, ils ont multiplié les projets inventifs mélangeant jazz, classique, soul, musique du monde, ils ont été récompensé…

Avec notre illustrateur Adrien Quillet, on monte les escaliers du label Discograph dans le XXème à la rencontre des deux frères et du paternel Yvan qui se sont réunis sur Mediterranean Sound, leur dernier album (notre critique : http://www.djamlarevue.com/mediterranean-sound-belmondo-family-sextet/). Tout de suite épris par leur accent du Sud, leur bonne humeur et leur chaleur au plein mois de Novembre, je les interroge sur la famille, son rôle dans la transmission du jazz et sur des grands noms du jazz…

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Disque de famille, mais votre maman, elle ne joue pas ?

Stéphane : Elle ne joue pas d’instrument mais elle est très mélomane. Elle a plusieurs restaurants, son swing à elle c’est la cuisine. D’ailleurs, pendant l’enregistrement elle nous a cuisiné pleins de bons plats. Ça nous a aussi donné de l’inspiration pour l’enregistrement. Tous nos sens étaient éveillés…

Bien que cet album soit un album de famille, vous avez affirmé en réponse qu’on construisait avant tout sa famille avec ses amis…

Yvan : La chose fondamentale, c’est de s’entourer de personnes qui ont les mêmes valeurs qui sont pour moi le respect et la transmission. On les applique tous les jours à notre vie de musicien. C’est pour cela, qu’on va souvent écouter des concerts, qu’on échange beaucoup avec les gens après les concerts. Il faut être à l’écoute et respecter l’autre.

Avant que les écoles de jazz fleurissent, la famille était bien le lieu privilégié de l’apprentissage de la musique jazz. Alors d’après vous, quel est le rôle à la fois de la famille en général et de votre famille en particulier dans la transmission musicale ?

Yvan : Je crois que la musique devrait être enseignée à l’école de façon libre et accessible et dès le plus jeune âge… Enfin, c’est un rêve… Je trouve les conservatoires trop élitistes. Je pense qu’on devrait laisser sa chance à tout le monde. Les musiciens professionnels devraient gratuitement venir jouer très régulièrement dans les écoles de musique, avec pour seule motivation le plaisir de transmettre. (Lionel sourit). Cela permettrait d’éveiller la curiosité de l’ensemble des jeunes et de leur apprendre à écouter. Je crois qu’il est important d’apprendre à reproduire à l’oreille les morceaux d’autres musiciens. L’un des problèmes majeurs des conservatoires aujourd’hui, c’est que les étudiants sont bombardés d’information et ne prennent pas le temps d’écouter, et de se poser. C’est quelque chose que j’ai essayé de transmettre à mes élèves dans l’école que j’ai monté à Solliès.

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Lionel : C’est sûr que Stéphane et moi, on a eu de la chance d’avoir été sensibilisés à la musique d’une telle manière. Notre père nous a appris une certaine aptitude à la patience et à l’écoute. Qui s’applique d’ailleurs à notre album : on ne sait pas si c’est le dernier ou non, on a attendu des années avant d’en faire un car c’était le bon moment pour nous. Il faut que chacun prenne le temps d’aller au fond des choses et c’était le bon moment.

Je crois que la transmission ne se fait pas qu’en famille, mais aussi simplement en écoutant des disques. En ce sens, ce disque est aussi un disque de la ‘transmission’ : il fait pleins de références à des musiciens qui nous ont inspirés tous les trois, à des moments différents de notre vie. Mon père allait acheter ses 33 tours de Chet Baker à l’époque… Alors que Chet Baker m’a plus tard influencé mais de façon différente. Cet album est parti d’un désir de relier différentes influences et de les incorporer dans les compositions. Mais, tout ça est expliqué dans le petit livret du CD que j’ai rédigé.

Stéphane : En tout cas, ce qui est bien c’est qu’à l’inverse des écoles de musique qui apprennent un certain type de musique, avec notre père on a été habitué à jouer tout type de musique. On jouait autant du Ravel, que du Wonder ou des Beatles. Et puis il était aussi assez dur : apprendre la musique n’était pas à prendre à la rigolade. Il nous faisait bosser à la dur et beaucoup à l’oreille. C’est peut-être ce qui a fait que mon frère et moi on a développé un son particulier qui a été apprécié. Ce ‘son’ nous a permis de faire le tour du monde avec différents orchestres, notamment avec celui de Dee Dee Bridgwater. On forme à nous deux une entité distincte et ça a contribué à notre succès. S’il fait une erreur, je la fais avec lui… (Rire) Bien que l’on a également des projets musicaux différents et des personnalités distinctes !

 

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Pouvez-vous, associer une couleur à ces trois musiciens : Wayne Shorter, Stevie Wonder, Louis Amstrong.

Stéphane : Pour moi ça serait le bleu océan pour les trois. Pour moi c’est la couleur qui est la plus proche de la musique jazz et c’est ce que je vois quand j’en écoute. C’est peut-être parce que j’ai grandi près de la mer et je joue depuis tout petit. Du coup, j’ai associé les deux. Et puisque j’ai gardé mon âme d’enfant, le bleu m’est resté ! … Mais pour moi Stevie est celui qui garde le plus de fraîcheur, même en 2013 c’est indémodable. Il a une intelligence humaine et musicale inégalable.

Yvan : Moi je vois la même couleur pour ces trois génies : du jaune vif. Quand ça swing, je vois toujours du jaune, comme le soleil éblouissant.

Lionel : A l’inverse, moi je vois plusieurs couleurs. Je vois du noir très intense puis une lumière très blanche. Il y a les passages obligés dans les abysses de l’obscurité, surtout pour Wayne qui peut être quelqu’un de très sombre. Puis la lumière surgit. Je vois toujours des grands contrastes. J’aime les artistes et les morceaux qui peuvent vous faire passer des rires aux larmes facilement. J’ai besoin de ça, car dans le fond ca symbolise la vie.

Et si l’assemblée nationale était un big band, vous auriez quel rôle ?

Stéphane : Je pêcherais des gros poissons ! Ou peut-être que j’essaierais d’orchestrer… Non, en fait ça dépend de l’entourage. Si autour de moi j’ai mes copains alors c’est différent, tu vois !

Yvan : Moi je serais tout à gauche ! A gauche c’est bien. En tant que joueur de baryton, je suis de toute façon à gauche dans les big bands.

Lionel : Je leur dirais : quand ça swinguera je vous paierai ! Quand il y aura une cohésion et que vous arriverez à bien faire les choses ensemble alors on verra, mais pour l’instant on n’y est pas. Alors il n’y a pas d’argent !

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Retrouvez le Belmondo Family Sextet : http://www.discograph.com/belmondofamily/

À noter la sortie le 5 novembre dernier du coffret « Intercession » par Lionel Belmondo qui regroupe plusieurs de ses projets sur le label Discograph. http://www.discograph.com/?p=1349

Propos recueillis par Tiphaine Guerout

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