Chaque mois vous voyez son travail dans Jazz Magazine. Et peut-être que comme nous, chaque mois, vous vous émerveillez devant la fraîcheur de ses portraits. Il s'agit du photographe Sylvain Gripoix. Nous souhaitions connaître le point de vue et les anecdotes de celui qui reste toujours son objectif, celui que l'on ne voit jamais et qui pourtant a son mot à dire dans un magazine au sein duquel il participe à la construction de l'identité. 80 minutes de discussion désordonnée et d'anecdotes lâchées pèles-mêles. Bienvenue dans les dessous des portraits de musiciens de jazz. 

Stéphane Kerecki © Sylvain Gripoix

Stéphane Kerecki © Sylvain Gripoix

Sylvain, tu es photographe pour Jazz mag depuis un bout de temps... 

Je suis portraitiste mais le coeur de mon boulot c’est la musique. En jazz il y a peut-être moins de photographes aussi. Ça m’a permis d’avoir un style plus remarqué dans le jazz parce que c’était beaucoup plus classique ce qu’ils faisaient jusque là.

Ça peut rester dans le cliché dans le photo jazz, ce qui se fait depuis 50 ans…

Les premiers trucs que j’ai fait pour eux c’est justement parce qu’ils voulaient de la couleur, de l’humour… quelque chose de plus pop quoi ! Pour renouveller un peu l’imagerie du magazine. Ça a démarré comme ça et il y a beaucoup de jazzmen que je ne connaissais pas avant de les photographier. Moi j’écoute à la base plutôt des classiques des années 50-60. Ma culture de base c’est plutôt ça : Monk, Mingus, Miles… cette génération là. Hancock, Archie Shepp… Au lycée j’étais déjà pote avec Daniel Zimmerman qui a perséveré dans le jazz. Par son biais j’ai rencontré le Sacre du Tympan, Fred Pallem qui m’a fait bosser pour la première fois pour Jazzman en demandant à ce que ça soit moi qui fasse les photos pour eux ! C’est comme ça que ça a démarré. Du coup via le Sacre [du Tympan] j’ai connu toute une flopée de musiciens comme Thomas de Pourquery, Laurent Bardenne et plein de gens de cette génération avec qui j’ai commencé à bosser.

Justement le portrait de Thomas de Pourquery est génial !

La golden shower !

Tu fonctionnes comment ? Est-ce qu’ils te demandent spécifiquement ce qu’ils souhaitent ? Sont-ce des commandes ?

Ça dépend. Il y a à la fois des commandes Jazz mag et puis des commandes d’artistes qui ont besoin de photos de presse ou d’albums. Il y a un peu tous les cas de figure. Pour Jazz mag j’ai globalement carte blanche. Si, il y a une contrainte que j’ai de plus en plus : avoir le musicien avec son instrument. Ça c’est une contrainte de taille !

Surtout s’il est pianiste…

Oui, et s’il est saxophoniste aussi…

Tu en as marre ?

Les musiciens ne sont jamais à l’aise avec leur instrument quand ils ne sont pas sur scène. Il y a un côté pas naturel.

Ça peut vite basculer dans le cliché ?

Oui. Et il y a souvent des artistes que je croise avec qui ça va très vite. Ça peut durer dix minutes de prise de vue dans une chambre d’hôtel. C’est un super exercice parce que ça demande de trouver rapidement un décor, un arrière plan, une lumière, un truc dans lequel les inscrire et essayer ensuite de choper une expression, un truc qui leur ressemble, qui soit naturel, avec de l’humour… On voit comment ça se passe avec la personne. Parfois on communique très peu alors que d’autres fois on passe plus de temps. Des fois je vais chez gens et on a plus de temps, à discuter, à se balade,  faire des photos et chercher des idées. Quand ce sont des gens que je connais plus comme Thomas de Pourquery, on s’appelle et on en parle avant !

Kerecki c’était peut-être plus évident aussi.

Oui, il fallait que ce soit identifié Nouvelle Vague tout de suite. Pierrot le Fou ça marchait !

Après il y a les rubriques aussi. Le blindtest de Jazz mag qui exige que l’artiste ait un casque sur les oreilles. C’est une espèce de simulation photo de ce que pourrait être un blindtest. C’est une contrainte et j’ai toujours du mal avec le répétitif. Donc on essaye de détourner le truc. La dernière c’était Alexandra Grimal qui est venue avec un bandeau pour mettre sur les yeux… Et puis on a fait les choses assez vite aussi. Quand on travaille rapidement on garde une certaine fraicheur, une spontanéité.

Ça t’est déjà arrivé de tomber sur quelqu’un qui a vraiment du mal face à l’objectif ?

En général, personne n’arrive en disant génial j’adore faire des photos. Que ce soit en jazz, en musique ou ailleurs… Personne ne se trouve photogénique, personne n’est à l’aise devant un appareil photo. La photogénie ne veut pas dire grand chose. Ce sont souvent des gens qui ont été photographié mais pas par des photographes… Pour moi la photogénie serait de pouvoir garder son naturel devant un objectif. J’essaye de parler, de mettre les gens à l’aise assez rapidement. C’est un travail de communication. J’essaye de ne pas trop être directif, de mettre les gens dans un contexte et de voir comment ils se comportent, comment ils se tienne, comment ils sont habillés. Je vais essayer de voir vite c’est plutôt un portrait serré, une silhouette…

Et vous ne vous battez jamais avec Jean-Baptiste Millot pour dire : moi je veux absolument faire ce mec là ?! (rires)

Non ! C’est plutôt Fred Goaty, le directeur de la rédaction qui nous connaît, qui connaît les affinités qu’on peut avoir soit avec les musiciens ou la musique. Et qui connaît notre style, notre façon de nous comporter aussi. C’est plutôt l’équipe de direction qui nous oriente. Ça tourne aussi en fonction de qui est dispo. Quand c’est Fred Pallem, Fred Goaty m’appelle directement. Même si c’est bien de temps en temps de travailler avec quelqu’un d’autre pour trouver une autre fraicheur.

Tu travailles en lumière naturelle ?

Ça arrive de faire du studio, quand il y a une idée précise. Je me souviens d’une photo avec Sandra Nkaké et Mederic Collignon. C’était pour un numéro Noël et Fred voulait un truc en studio avec Mederic en maillot de bain et Sandra en tenue de skieuse. Là c’était du studio parce qu’il y a du stylisme et un fond blanc. Sinon je préfère les environnements naturels qui permettent de trouver une idée. C’est difficile d’arriver en studio s’il n’y a pas une histoire, un concept à développer. J’adore les environnements naturel, tout ce qui est végétation : parcs, forêts.. j’adore !

Je pense à celle de Texier, avec la basse retournée dont la couleur va bien avec l’environnement…

Ah oui ! Là c’était rendez-vous chez lui. Donc dans un cadre plus cool. On a eu du temps pour faire ça, on essayé plein de choses. Il y a un jardin donc moi je vais tout de suite voir ce qu’on peut y faire. Il y avait ce tas de bûche et lui a ce côté, avec la basse, très terrien. Le côté bois de la basse, et puis c’est vrai qu’on la voit rarement dans ce sens là !

Thomas de Pourquery © Sylvain Gripoix

Thomas de Pourquery © Sylvain Gripoix

Henri Texier © Sylvain Gripoix

Henri Texier © Sylvain Gripoix

Est-ce qu’il t’arrive de rester pendant l’entretien et d’écouter ?

Oui ! Parfois l’interview et la séance photo sont séparés et puis il arrive que ce soit en même temps. Donc là on décide en fonction de l’humeur si l’artiste a envie de faire l’interview d’abord, si moi je suis pressé… Mais ça m’est arrivé de nombreuses fois d’assister à l’interview et même de faire les photos et de rester parce que j’ai envie d’écouter ce qui se dit.

Donc tu en retires des chose ?!

Oui, complètement !

Il y en a qui ont du te marquer plus que d’autres ? Ceci est un appel à anecdotes !

(rires). Il y en a une qui nous fait beaucoup rire avec Fred Goaty. C’était une séance croisée avec Aldo Romano et Michel Legrand. Un moment où chacun sortait un album de chansons. Sans le rencntrer, j’avais entendu parlé du caractère un peu particulier de Michel Legrand. Un peu diva. Et pendant la séance je l’entends demander à Aldo Romano : “Mais c’est quoi ton instrument déjà ?” (rires). Aldo a gardé son sang froid et lui a répondu gentiment. Mais je me souviens en avoir reparlé avec Aldo et il n’avait pas oublié !

Il y a ceux que tu écoutais déjà aussi, j’imagine.

Archie Shepp. Herbie Hancock ! C’était une des premières photos que je prenais pour Jazz mag et Herbie Hancock ça ne pouvait que me parler. J’étais un peu comme ça avant la séance [il lève les mains en tremblant]. C’était dans un des grands hôtel parisien près des Champs - Élysées pour une journée promo. Ça se passait dans un grand salon. Il y avait une maquilleuse, il s’est assis sur un fauteuil Stark. Je l’ai fait s’ asseoir au milieu du salon où il y a une espèce de grand tapis mauve. En attendant de se faire maquiller il a posé son verre d’eau sous le siège. En le voyant je me suis dit qu’il allait se passer un truc, que le verre d’eau allait voler. Et puis ça n’a pas loupé ! La maquilleuse a levé la chaise et lui a shooté dans le verre d’eau qui se renverse. En tombant l’eau a fait une trace complètement rectiligne avec les gouttes d’eau qui restent en suspension sur le tapis. Et là je lui montre et il me fait “oh, it’s art, it’s crazy !”. Et là tout d’un coup l’élastique lache. On est partis dans un jeu, il s’est mis par terre à faire le con avec la trace d’eau et là c’était gagné. C’est le petit accident qui a entraîné cette histoire sur la prise de vue et après c’était beaucoup plus facile.

Randy Weston © Sylvain Gripoix 

Randy Weston © Sylvain Gripoix 

Herbie Hancock © Sylvain Gripoix 

Herbie Hancock © Sylvain Gripoix 

Hors du jazz, qui as-tu photographié ?

Olivia Ruiz, c’est mon fait d’arme. La Femme Chocolat dans un autre registre. Après elle m’a branché sur d’autres trucs. J’ai bossé avec Kent aussi et puis des artistes moins connus. En live j’ai très peu fait de jazz parce que ça m’ennuie assez ce qui se passe sur scène. Ça se déroule dans les lieux assis où j’ai l’impression de gêner avec mon matériel qui fait du bruit. En concert j’aime bien l’énergie rock. Être debout dans la fosse, collé à la scène, collé aux artistes et que ça saute quand il y a de la guitare. J’aime bien quand c’est spectaculaire. Mais je ne suis pas passionné par la photo de concert.

Tu disais ne pas aimer ce qui est répétitif et la photo de concert devient vite redondante…

Oui, c’est pour ça ! De temps en temps, au coup par coup, sur des artistes que j’aime. Mais ça peut être un premier pas qui me permet de faire des rencontres. Faire des photos en concert puis les montrer.

C’est sûr que si pendant un solo tout le monde entend ton obturateur…

Oui, et puis je ne travaille pas au Leica !

En parlant d’appareil photo, tu travailles avec quoi ?

Actuellement, beaucoup avec un réflex numérique. Mais j’ai beaucoup travaillé avec un hasselblad en argentique ! Tout ce que j’ai fait au début pour Jazz Mag c’était au format carré en argentique avec le hasselblad. Sachant que ce que je fais est recadré la plupart du temps ! Mais maintenant je travaille beaucoup en numérique pour la souplesse d’utilisation. Ce sont souvent des conditions de travail que je ne connais ni ne maîtrise. Je ne sais pas où je vais aller, quelle lumière il va y avoir, combien de temps ça durera… Ça me permet quand même d’assurer le truc, de ne pas me poser trop de questions techniques… Si c’est dans un train ou un bar mal éclairé, on s’en sort toujours ! En argentique au “Blade” il y a 12 vues, c’est beaucoup plus lourd… Il m’arrive de décider de le faire au “Blade” sur un artiste. À la fois pour moi, pour me faire plaisir, si je sais que je vais avoir plus de temps. Ça me permet de m’inscrire dans une certaine lenteur à la prise de vue. Ça n’instaure pas du tout le même rapport avec la personne photographiée non plus. Le fait de viser par le dessus. On fait moins d’images. J’accorde plus de soin au cadrage. On fait moins de photos. On gagne du temps sur l’editing. Parce qu’on ne retrouve pas avec 200 mais 20 photos après une séance. Pour une photo de presse ça peut être 2 rouleaux et c’est bon. Mais ça implique que je connais un petit peu les conditions avant.

Il m’arrive aussi de ramener un fond, d’installer un studio mobile, de le ramener avec moi. L’an dernier j’avais une séance avec Randy Weston qui est immense. C’était très simple, il n’y a pas eu beaucoup d’échanges. Je l’ai fait asseoir et ça s’est joué avec des regards. Ce sont des personnages qui dégagent tellement, qui ont un tel charisme ! Sur certaines images il ressemble à un chef d’état Africain. Il a son chapeau et son espèce de djellaba. Il est magnifique !

 

Son chapeau il l’avait déjà ?

Oui ! Il était préparé, il savait qu’il y avait une séance photo. C’est comme Archie Shepp. Il est toujours tiré à quatre épingles mais il fait ce qu’il veut. Je ne savais pas la première fois que je l’ai photographié s’il comprenait bien le français. Je lui demandais de se rapprocher et il ne bougeait pas. Il n’écoutait qu’à moitié. S’il sort sa pipe un moment et la range après, il ne faut pas lui demander de la ressortir, il faut le saisir à ce moment là. Il est assez cabot. Mais c’est pareil, il dégage déjà tellement et il a toujours un trait dandy. Il n’est pas malléable. On ne va pas lui demander de monter debout sur la table… Pour l’anecdote, la photo de lui que j’ai faite dans cette pièce complètement bordelique où je lui demande de se mettre au milieu. À ce moment là il parle à quelqu’un d’autre qui est hors champs. Il y a tout l’environnement et lui au milieu dans une attitude très naturelle. C’est un moment de vie.

Donc ce n’est pas une mise en scène, le bordel était déjà là ?

Oui. Il m’arrive de faire de la mise en scène en fonction du temps que j’ai en amont ou de Jazz Magazine et des artistes qui peuvent avoir des envies particulières. Sur des projets d’albums ça se fait.

René Urtreger © Sylvain Gripoix 

René Urtreger © Sylvain Gripoix 

Il y a le chapeau de Sylvain Rifflet, les bulles de Gregory Porter…

Pour Sylvain Rifflet il fallait un accessoire qui rappelle Moondog. Sylvain est aussi quelqu’un de ma génération que je connais et avec qui c’est donc plus facile.

Est-ce que tu lis Jazz mag ?

Pas tout ! Ça m’arrive. Mais je ne lis pas la presse musicale en général. Je vais lire les articles qui concernent les gens que je connais. Je ne me lance pas toujours dans la lecture des grands dossiers. Où je vais lire des trucs de gauche à droite, en piochant.

Je ne sais pas toujours quelle taille va avoir l’image sélectionnée dans le numéro. J’envoie une sélection restreinte de clichés qui me plaisent, puis ils choisissent et je vois ensuite en quelle taille et dans quelle mise en page ça a été publié.

C’est la surprise un peu ! Ce qui est généralisable à tout photographe dans la presse !

Oui. Mais j’ai été à Beaubourg l’an dernier à la rétrospective de Cartier Bresson et j’ai vu des magazines type Paris Match dans lesquels il publiait ses photos reportages à l’époque et franchement je me suis dit que je n’avais pas à me plaindre ! Il y avait des personnages détourés, des photos juxtaposées…

Et sur toute la post-prod c’est toi qui gère ? Tu choisis ton rendu final…

Je livre les images, j’étalonne… Et puis je suis assez libre de décider. En ce moment je fais pas mal de trucs avec un gros flash, assez direct.

Un cobra…

Ouais un genre de cobra. Et du coup ça rend des clichés assez clinquant, assez saturé. Et puis sur un autre truc je peux avoir envie de faire quelque chose de plus doux… Je suis assez libre là-dessus. Après bien sûr si je fais un noir et blanc sans le dire à personne tout d’un coup ils vont peut-être se demander ce qu’il se passe, parce qu’est pas là qu’on m’attend. J’ai arrêté de faire du noir et blanc quand j’ai arrêté de faire du labo. Et en numérique je n’ai toujours fait que de la couleur.

La liberté de l’instant est agréable dans la photo de presse. Je m’intéresse vraiment à écouter la musique avant et à discuter avec l’artiste pour saisir l’univers du disque quand je fais de la photo pour pochette d’album. Sur les photos de presse c’est complètement autre chose. Il s’agit plutôt de l’humeur de l’instant. Ce n’est pas une image qui va rester donc on peut faire des choses plus libres, plus décalées. Et puis j’ai envie d’avoir une image qui ait de l’impact parce que c’est dans un magazine.

Et puis c’est aussi agréable de ne pas connaître la personne, de ne pas savoir ce qu’elle fait ! En général je vais voir sa tête avant quand même et je vais voir un peu qui c’est quand même. Par contre je ne connais pas forcément sa musique. Mais c’est bien aussi d’arriver vierge et de se dire qu’on fait un portrait avant tout, et c’est ça qui compte !

Tu exposes aussi ou tu bosses uniquement sur de la commande ?

J’ai exposé à Ménilmontant, rue des Amandiers, mes photos faites pour Jazz Mag. Sinon, pas vraiment… J’ai du mal à développer l’idée de série. Ça m’ennuie. Jusqu’à fin 2014 j’ai bossé sur un sujet pendant deux ans. C’est de la photo de rue dans Paris. Je suis caché de la rue et photographie les gens à leur insu. Comment photographier des gens dans la rue à Paris aujourd’hui alors que les gens se sentent agressés, dépossédés… La photo devient vraiment une agression.

C’est paradoxal à l’heure où tout le monde se prend en photo aujourd’hui…

C’est lié à ça. On ne sait plus où ça va finir, comment ça va circuler…

On n’a plus de contrôle…

Mais même nous, on serait spontanément méfiants si on était pris en photo comme ça dans la rue… À travers un dispositif qui se développe ainsi : des scènes de rues prises de l’intérieur du bus que je prends à travers tout Paris. Ça va vite, il faut sortir, appuyer… Dans le bus il y a des gens, ça fait du bruit. On sent le regard sur soi. Ils me regardent, je les entends. Une fois un mec m’a carrément un peu chauffé en me disant que je n’avais pas l’autorisation de faire ça. L’idée est d’arrivée en ville, en bus, sans savoir ce que je vais photographier, sans savoir ce que je vais voir. Le fait de pas pouvoir cadrer, d’aller très vite… C’est une mise au point manuelle… De bousculer ses habitudes aussi. Des fois c’est juste une allure, un vêtement, une couleur, une lumière… C’est essayer de faire des images que je n’aurais pas vues dans la ville en d’autres circonstances. C’est un retour aux premiers amours photographiques. Comme beaucoup de photographes les premiers trucs que j’ai vu c’est Doisneau, Cartier Bresson, Magnum… C’était revenir à ça, voir par quel biais je le ferai. C’est venu d’un bouquin de Jean Echenoz qui formule ça, cette idée de “safari photo”. J’ai fait ça sur deux ans. J’ai beaucoup beaucoup d’images et maintenant je j’y reviens par période pour le trier.. L’idée de ça est de faire un bouquin, une expo… Mais la commande est mon travail personnel aussi ! La commande me donne des contraintes, des cadres pour faire ce qui m’intéresse le plus : le portrait. Et puis je suis plus à l’aise avec des images isolées qu’avec le systématique de la série d’images avec laquelle je me lasse rapidement.

Archie Shepp © Sylvain Gripoix 

Archie Shepp © Sylvain Gripoix 

Magic Malik © Sylvain Gripoix

Magic Malik © Sylvain Gripoix

 

Et tu as fait d’autres pochettes de disques que celle d’Olivia Ruiz, en jazz par exemple ?

En jazz j’ai fait une photo pour Daniel Zimmerman, Tony Paeleman avec qui je suis allé en bord de mer vers Dieppe. Là j’avais pensé à un concept autour du piano. Ça devait être symbolisé par des voiles : un voile blanc, un voile noir, un truc assez léger… un peu abstrait, un peu contemporain. Sur une image très graphique, très dépouillée avec le noir et blanc qui symbolise les touches. On a essayé mais tout de suite quand on est arrivés sur le spot il y a une lumière de dingue… donc c’est ça qu’on a utilisé au final ! J’ai fait une série en forêt que j’aime beaucoup avec Lisa Cat Berro sans instrument (yes !). Une autre avec Pierre Durand qui est un jeune mec que  j’adore. Il est très influencé musique de la New-Orleans. Blues, trucs sorciers… Super guitariste qui a fait un deuxième album sur lequel on doit faire des photos. C’est sublime et ça devrait sortir à la rentrée. Ça va être très bien. On a fait une belle série photo. Justement pour ça on a mélangé du lomo et du blade et ça marche bien. On l’avait préparé avant. Lui a cherché des fringues parce qu’il avait une idée par rapport à la Nouvelle-Orléans où on t’épingle des billets sur toi quand c’est ton anniversaire. Donc il a ramené plein de billets de partout qu’on a épinglé sur une veste. Ça donne un personnage qui se promène dans un espèce de décor… Il voulait un environnement cajun et il se trouve que chez moi j’ai une forêt avec un décor cajun ! Du coup ça fait un personnage à la Floyd ! Pink Floyd, Hypnosis… ce sont les images qui m’ont donné envie de faire de la pochette de disques quand j’étais gosse. Des images décalées avec pas un nom sur la pochette.

Et tu ne fais que ça pour en vivre ?

Depuis 2000 je ne fais plus que ça. Il faut diversifier. Je fais aussi des commandes sur des boulots corporate. C’est aussi comme ça que vivent les photographes !

Et les mariages ? (rires)

Non ! Enfin ça m’est arrivé, j’en ai fait deux l’année dernière !

Ah, c’était le mariage de Fred Pallem !

C’était pas lui, mais c’est l’esprit oui ! C’était deux coups un peu particuliers. Le mariage c’est un vrai truc ! Il faut en faire régulièrement pour le faire bien. Savoir où se mettre pour raconter le mariage correctement… Je fais plutôt de la photo d’entreprise. Des portraits de pour une boite de consultants en finance ou pour un cabinet d’avocat par exemple. Ce sont des photos de presse qui leur site internet ou pour illustrer des articles dans la presse spécialisée.

Et ça tu ne l’exposes pas ?

Les consultants en finance, si ! Parce qu’après coup j’ai remarqué qu’il y avait eu un regard particulier. Je m’en suis aperçu en le faisant. Je ne l’ai pas fait en ayant conscience de le faire différemment : un certain cadrage ou éclairage… Il m’est aussi arrivé de faire un reportage dans une usine nescafé. Ça fait pénétrer dans des univers auxquels on n’a pas accès normalement. C’est rafraîchissant ! C’est ce qui est chouette dans ce métier : pouvoir passer d’un domaine à un autre avec la maîtrise nécessaire et en apprenant sur le tas aussi. Moi je suis autodidacte, je n’ai pas fait d’école. J’ai appris au fur et à mesure, en en faisant !