À 25 ans, le rappeur songwriter de Los Angeles a creusé son petit trou sur le territoire français. Un an après la parution de  The Revolution... and the day after, son premier album, Charles X se veut plus nostalgique avec Sounds of the Yesteryear : un hymne à la grandeur musicale d'un autre temps. Après le temps du beatmaking, le californien ouvre les bras aux musiciens. Rencontre avec un artiste à contre-temps.

Quelle est la signification du titre, Sounds of the yesteryear ?

Ça aurait du s’appeler The feelings of yesterday, parce que les sons sont les sentiments de ce qu’il y avait avant. Il s’agit de donner une alternative musicale aux gens par rapport aux productions mainstream. Quand je pense à la musique, je me demande à ce que je ressentais dans les années 90, quand j’étais enfant. Je repense par exemple à la première fois où j’ai écouté Curtis Mayfield… Ce sont ce genre des sentiments, des sentiments d’une meilleure époque. 

Es-tu vieux jeu ? 

Oui ! Bien sûr ! J’ouvre la porte aux femmes… Je suis très vieux jeu ! 

À quel point avoir des instruments sur ce second album, a-t-il rendu l’enregistrement différent ?

C’était difficile, dans la mesure où j’ai écrit la partie au piano. Et puis les musiciens sont arrivés, et c’était complètement différent. Ça a été plus difficile d’organiser les morceaux avec tous les instruments. Mais c’est mieux ! Je préfère largement le son que ma musique a avec les instruments et j’aime voir tout le travail requis de la part des instrumentistes. Je préfère donc composer de cette manière, plutôt que de me reposer sur des beats. Mais ça prend plus de temps pour que tout soit parfait ! 

Vas-tu partir en tournée avec les musiciens ? 

On est en train d’essayer de réunir un groupe pour la tournée de cet été, mais ce n’est pas évident parce que je voyage beaucoup, je fais beaucoup d’interviews. Et il nous faudrait un groupe avec des musiciens de Bordeaux et d’autres de Paris, pour que cela soit le plus pratique. Mais pour le moment nous avons un DJ et un bassiste. 

Donc ce serait des musiciens français ? 

Oui ! Parce que je suis ici et que c’est en France que c’est en train de marcher pour moi !  C’est là que l’histoire a commencé  ! 

Ça a commencé avec Redrum, producteur bordelais que tu as découvert et contacté par Soundcloud.  Avec lui vous avez composé 64 morceaux lors de ta première visite, et c’est sur cette base là que s’est faite la sélection des titres qui font ton premier album, The revolution… Redrum est-il toujours présent sur ton deuxième album ? 

Oui, il a produit le single « Can you do it ? » et « Stand ». Sur le premier album, il avait effectivement tout fait. Et là, que deux… C’est parce que je voulais changer le son. Redrum est super, mais c’est un peu binaire. J’ai donc cherché d’autres producteurs, et des musiciens… 

Quand tu écoutes du rap, sur quoi concentres-tu ton attention en premier ? Les lyrics, la production,  le groove… 

Les lyrics ! Toujours ! C’est ce qu’il y a de plus important. Aujourd’hui la musique est souvent parfaite, bien réalisée. Tout est correctement égalisé, avec beaucoup de basses qui viennent te remplir ta poitrine. Mais pour la musique doit avoir un sens et véhiculer un message. Tout est dans le message. La musique doit permettre aux gens de s’échapper de leur quotidien. Mais aujourd’hui la musique semble se faire surtout l’écho des drogues, du sexe… Mais la plupart des auditeurs n’en ont cure, ils n’écoutent pas vraiment. J’aime bien raconter les expériences que fait un docteur japonais, docteur Yamasoto je crois. Il dépose des mots sur l’eau, tels que « I love you »,  « I hate you » ou« Thank you ». Puis il observe au microscope et constate que la forme d’un beau flocon de neige apparaît quand est dit « I love you », par exemple, et que pour « I hate you » cela devient par exemple jaune ou noir… Pour moi c’est important. En musique, le beat va t’ouvrir et te laisser accepter le message. Donc peu importe le message, si le beat est bon, le message atteindra ton inconscient. Et les hommes sont composés à 70 % ou 90 % composés d’eau. Donc, si on écoute de la musique qui dit « I hate you, I hate you, I hate you » et que l’on observe l’intérieur de l’homme au microscope, ça n’aura pas l’air terrible… Je crois que les problèmes dans le monde ont un lien direct avec l’art, la musique, ce qui est dit tous les jours à la télé ou dans les journaux. Si on peut changer les messages qui sont principalement diffusés à la radio, à la télévision ou dans les films, je crois qu’on peut changer le monde. Mais les gens doivent le vouloir ! 

 

D’après toi, un artiste se doit-il d’être engagé ? 

Un artiste n’a pas à faire quoi que ce soit. Mais s’il ne l’est pas, il ressent un vide en lui. Je crois que Kanye West mène un combat avec lui-même, parce qu’il sait qu’il y a un message à diffuser. Si tu as le pouvoir d’influencer des millions de gens, et que tu sais ce qui est bon ou pas de leur dire… tu devrais le faire ! Moi je me soucie des gens. Quand tu grandis tu as Bob Marley ou N.W.A comme influences, tu vois ce que je veux dire ? Je crois que Bob Marley est une meilleure influence. C’est fou tout ce qu’il se passe dans le monde ! Pourtant un enfant saurait quoi faire. Si on lui montre quelqu’un d’affamé et qu’on lui demande ce qu’il faut faire, il dira qu’il faut le nourrir ! C’est simple ! Si les gens sont tristes, aiment les ! S’il y a la guerre, faisons la paix ! Mais il y a quelque chose de triste dans tout ça. J’adore Bob Marley, Malcom X et tous ces martyrs… Si le monde va si mal, je me dis qu’il faudrait être un martyr. Mais en même temps, pourquoi deviendrais-je un martyr ? J’ai envie d’avoir une famille et de voir mes enfants grandir ! Pourquoi devrais-je mourir pour la paix ? Parfois cela me travaille. 

Qu’en est-il des élections ? Que penses-tu de Donald Trump ? 

Je n’aime pas avoir à répondre sur Donald Trump, parce que si je le fais on va en déduire que je soutiens les autres alors que ce n’est pas le cas ! Je n’aime aucun de tous ces co******. Hillary fuc**** Clinton, ou les autres… Et Bernie Sanders a l’air génial… Mais je te promets que s’il gagne, ce sera le pire de tous. Parce qu’il ment, c’est un menteur ! Obama sourit, mais c’est un meurtrier ! Donne moi un président qui n’est pas un meurtrier et je le soutiendrai ! Si moi je tue quelqu’un dans la rue, je vais en prison pour le restant de mes jours. Mais le président est un meurtrier, il dirige le pays et il est riche. Les gens qui votent Sanders pensent-ils vraiment que s’il gagne, les pauvres ne le seront plus ? Non, ils ne pensent qu’à leurs petites taxes ! Il y a trois problèmes : la paix, les meurtres et la possibilité de vivre. Bob Marley, Jesus… ils avaient un message ! Mais les gens leur vouent un culte à la personne, pour les croire inimitables et se justifier de ne pas écouter et suivre le message. Tant qu’il y aura une première et une deuxième classe dans l’avion ou dans le train, ce sera la merde et c’est tout. Quand est-ce que les gens arrêteront de regarder des séries pour enfin parler de ça ? 

Et que penses-tu de l’usage des armes aux États-Unis ? 

(rires) Les américains n’abandonneront pas leurs armes ! Les américains ! Ça va être le bordel aux États-Unis, surtout si Trump gagne les élections. Si c’est le cas, on est baisés ! Pourquoi crois-tu que je suis ici, en France, tout le temps ?! Parce que quelque chose va se passer aux États-Unis, j’en suis sûr ! Ici, j’aime tout, parce que c’est nouveau. Tout sauf le temps. 

Lakers ou Clippers ?

Ne m’offense pas ! Les Lakers, bien sûr ! Enfin, plus maintenant, parce que Kobe Bryant est fini. Je ne regardais le basket qu’à cause de lui, il était notre Michael Jordan, le Black Mamba (surnom donné à Kobe Bryant ) !  Je ne regarde plus le sport, je ne me souviens même pas de la dernière fois que j’ai vu un de leurs maths. 

Propos recueillis par Florent Servia

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