Ephemerals, soul sentimentale

Entretiens - par Florent Servia - 13 novembre 2017

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Soul sentimentale. Depuis son Angleterre natale, Ephemerals touche au cœur ses auditeurs par l’universalité de ses paroles et une science des arrangements. Cette bande de garçons hypersensibles donne tout dans la musique qu’elle offre. Ils nous emmènent dans leur quête du bonheur et d’une compréhension de ce que la vie leur réserve. Suivre Ephemerals, c’est vivre année après année les changements d’état d’esprit de leur leader, Nic, ou « Hillman Mondegreen », guitariste, auteur-compositeur et ancien leader du groupe Hannah Williams and the Tastemakers ; succomber à la voix déchirée et passionnelle du chanteur Wolfgang Valbrun ; et constater que les fusions qui imprègnent leur dernier disque, Egg Tooth, se fondent dans une facilité pop, exigeante et grand public à la fois. Depuis Nothing Easy, en 2013, et Chasing Ghosts, en 2015, Ephemerals fait son petit bonhomme de chemin sans que sa soul revival ne l’enferme dans un son passéiste. Nous les avons rencontré, quelques jours avant leur concert à La Petite Halle, à Paris, le 14 novembre.


Nic, tu as dit dans une interview que tu avais fait écouter Hermeto Pascoal au groupe. Que voulais-tu qu’ils ressentent ?

Nic : Je le fais écouter à tout le monde ! C’est une vidéo Youtube où il est dans un lagoon. Cela ressemble au paradis. C’est lui au milieu de tous ces brésiliens. J’adore ! On me demande souvent ce qui m’inspire. Mais 90 % de mon inspiration ne vient pas de la musique ! Ce qui m’inspire, je tente de le traduire en musique. Ils jouent certaines choses dans cette vidéo, mais je m’inspire davantage du ressenti que cela dégage.

Tout vient d’un concept. J’ai un concept en tête et la musique en découle : les choix dans l’écriture, le thème… Dans Egg Tooth, je fais revenir des éléments d’introduction en conclusion : les mêmes voix pour le chorus, le même pont, mais la musique en dessous est complètement différente. Comme dans la réincarnation. C’est une renaissance du début du morceau. Cette inspiration, par exemple, me vient de livres que j’ai lu, pas de la musique.

Explique nous le titre !

Nic : Certains animaux nés dans un œuf possèdent une dent, la « dent de l’œuf ». Elle leur permet de briser la coquille et vivre. L’album est à propos de la réincarnation, la renaissance que représente un nouveau départ. A chaque fois que l’on sort de sa coquille, c’est un nouveau monde qui s’offre à nous. Il y a toujours un nouvel endroit pour recommencer, physiquement comme spirituellement. Avec la mort du second album, Egg Tooth traite de la résurrection.

Qui a choisi ce thème ?

Nic : Il est venu à moi. Le précédent album était tellement à propos de la mort, de la fin de la vie, qu’il fallait traiter de la suite. Je suis à un point de ma vie où je ne veux parler que de choses positives. Je ne suis plus intéressé par le négatif. En un sens c’est une renaissance pour moi. I have a new outlook. Donc l’album est positif de bout en bout. Le précédent album abordait la politique etc.

Et pourquoi t’intéresses-tu maintenant aux choses positives uniquement ? Es-tu épuisé ?

Nic : Non ! Ma protestation est d’être heureux. Je rejette ce qui ne l’est pas. Je proteste par la danse.
On ne peut pas nous empêcher d’être bons l’un envers l’autre. Le système dans lequel nous vivons veut que nous soyons divisés, que nous soyons individualistes. Parce qu’ainsi nous consommons davantage. Mais il faut rejeter cela en étant gentil envers chacun. C’est notre seul façon de gagner et de nous libérer.

Comment vivez-vous ?

James : Nous vivons avec peu, en faisant attention à ce que nous voulons faire de nos vies, comment nous les vivons et si nous sommes heureux. Certaines personnes sont heureuses parce qu’elles ont beaucoup d’argent. Alors que nous sommes heureux sans ! Je ne le rejette pas. Mais nous nous en sortons en tant que musiciens en jouant tout le temps. Nous ne sommes pas beaucoup payés. C’est difficile ! Pour faire de la musique ; progresser à son instrument, dans l’écriture, le chant ou je ne sais quoi, c’est une progression constante à travers la vie. Nous construisons quelque chose. Nous n’amassons pas de l’argent dans notre compte en banque, nous construisons la vie que nous voulons. Et le savoir c’est le pouvoir. C’est ça, le bonheur pour moi !

Nic : it’s about building a life for ourself. Quand tu vas à l’école, on t’apprend à vivre la vie d’une certaine manière, prescrite. Ils ne t’enseignent jamais qu’il y a autre chose hors des sentiers battus et que tu dois aller le trouver toi même. Nous devons apprendre aux enfants comment vivre une vie qu’ils se sont choisis ! Et que ça peut se faire effectivement en se trouvant un métier habituel, dans une entreprise.

James : Mais les gens ont cette pression d’avoir un boulot alors qu’ils ne le veulent même pas ! Ou ils subissent une pression qui les empêche d’être eux même, d’être créatifs. Il faudrait simplement enseigner aux enfants qu’ils peuvent être eux-mêmes.


Justement, en parlant d’éducation, Nic, tu mentionnais des livres qui t’ont inspiré ? Des quels s’agit-il ?

Nic : je lis beaucoup de philosophie orientale, de textes bouddhistes. Tout comme je fais du yoga. Une grande partie des lyrics viennent de mon instrutrice de yoga, de ce qu’elle me dit. Mais aussi de choses que me disent mes amis. J’ai lu le Daili Lama, mais aussi Cloud-Hidden, de Alan Watts, dont j’ai tiré le titre d’un des morceaux de l’album !  Mais, il y a aussi la musique et les textes de Alice coltrane !

La philosophie orientale a beaucoup inspiré les jazzmen dans les années 70. C’était d’époque ! Y a-t-il davantage de jazz dans cet album que dans les précédents ?


Nic : Je nous vois comme un groupe de jazz. Mais pas parce que nous jouons du jazz. Parce que quand nous sommes dans notre bus de tournée ou à l’hôtel, nous n’écoutons presque que du jazz.
C’est ce qui réunit tous les musiciens du groupe, alors que nous venons d’univers très différents.
. One of the major things that connects everyone in the band is jazz music. We’re a jazz group!

James : Nous en parlions justement tout à l’heure et nous nous demandions ce qu’est le jazz…

Nic : L’un des musiciens du groupe est quelqu’un de très libre, qui a besoin de toujours se trouver en dehors des contraintes d’une vie réglée, « normale ». Nous pensons tous qu’il est un peu fou, un peu ailleurs. Il ne joue pas de jazz. D’un autre côté, je connais des musiciens de jazz qui sont très stricts, notamment sur la manière de jouer du jazz. Tout est propre et organisé dans leur musique. Mais qu’est-ce que cela signifie ? Que prend-on du jazz ? Comment l’incarne-t-on ? Cela ne doit pas être uniquement à propos de la musique. Ephemerals est un groupe de jazz relativement à nos vies, à nos discussions. Nous sommes des gens du jazz mais nous n’avons pas nécessairement besoin d’en jouer. Est-ce une bonne réponse ? En tout cas elle me satisfait ! (rires).


Qu’écoutez-vous, justement ?

James : la nuit dernière nous écoutions The Individualism of Gil Evans. Ce disque est extraordinaire ! Mais aussi un peu de Duke Ellington et le Porgy and Bess de Miles Davis.

Nic : Thierry est celui qui nous fait vraiment découvrir du jazz… Il en est fou !

James : Hier soir j’ai joué du piano dans un petit café proche du sacré cœur. avec seulement la moitié des touches qui étaient fonctionnelles. J’ai joué un blues de Bessie Smith, mais aussi « Since I fell for you » ou « I’m Afraid your feet is too big ». Des morceaux que je pouvais tirer de ce piano. Je me baladais et ai vu que ce bar avait un piano, alors je suis entré…

Cela fait de la musique gratuite pour le propriétaire !

James : Qui a eu la gentillesse de me laisser jouer. Je me suis déjà fait virer…

Nic : la semaine dernière nous étions en tournée en Allemagne. James a joué dans un bar attenant à la laverie où nous attendions que notre linge sèche. Il y avait eu un enterrement et un homme se tapait la tête contre une table dehors. Quand James a joué, il est entré dans le bar, s’est assis et l’a écouté.

Quelle fonction donnez vous à la musique ?

Nick : nous ne jouons pas pour nous, mais pour les autres. Je n’écris pas de chansons à propos de ma petite copine.

Wolf, comment incarnes-tu les paroles que Nic écrit ?

Wolf : Je suis très émotif de façon générale. J’essaye d’infuser ses mots dans ce que je vis au moment où je le chante. J’ai beaucoup d’empathie, je suis constamment traversé par des émotions fortes. Dans une interview, à Londres, j’ai dit au journaliste que j’étais une garce émotionnelle.

James : Tu as beaucoup à donner !

Wolf : La position d’un chanteur est particulière. Parce qu’il faut traduire des émotions aux gens qui te font face.

Nic : Chacun des membres du groupe donne sa propre version de ce qu’est la chanson pour lui. Je me contente d’écrire le morceau et, occasionnellement seulement, je leur dit de quoi il s’agit. Mais j’essaye de rester abstrait. Parce que je préfère que chacun ait un lien personnel, spécial, avec le morceau. Il arrive que Wolf ne comprenne pas du tout le sujet initial des paroles. Et j’aime ça ! Tant mieux, parce que le public a ses propres versions. C’est qui est intéressant à propos de l’art.

Wolf, te sens-tu parfois sur la même longueur d’ondes que Nick quand tu découvres ses paroles ?

Wolf : Oui, même quand c’est abstrait ! J’entends des choses que je relie à ma vie. Le second album m’a rappelé des moments très difficiles de ma propre vie. Cela l’a rendu vivant pour moi. Pareil pour ce disque, où les paroles me touchent. Certaines sont même trop proches de moi !

Nic : le deuxième disque était trop littéral. Cela m’a gêné.

Wolf : Qu’on le veuille ou non, une proximité se crée quand tu fais de l’art. On ne peut pas contrôler l’intimité du public qui lit ou écoute une œuvre.

Nic, considères-tu qu’une fois que le morceau a été écrit, il ne t’appartient plus ?

Nick : Oui, je mets une vraie séparation ! Je reviens rarement à la version première, originale, d’avant les modifications faites avec le groupe, s’il y en a.

Quelles évolutions a suivi le groupe entre les deux premiers albums et celui ci ?

Nic : Nous avons répété ! (rires). Pour les deux premiers, nous avions fait à peu près une journée de répétition puis trois journées d'enregistrements. Pour le premier, Wolf ne connaissait même pas tous les musiciens ! Et je n'avais que les paroles avec moi. La musique n'était pas vraiment prête ! Celui-ci a été plus travaillé. Mais j'aime toujours réservé des surprises au groupe, pour garder de la spontanéité. Par exemple, leur dire juste avant d'entamer un morceau que les chœurs doivent être chantés par tout le monde ! Et plus on avance, plus je m'amuse à compliquer la tâche.

Et comment-vous sentez-vous par rapport à ça, messieurs ?

Nic : ils sont tous contents, ok ? (rires)

James : C'est de l'expérimentation. Autrement, ce serait ennuyant. 


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