Mais que fait Chassol ?

Entretiens - par Florent Servia - 31 octobre 2017

Chassol-US-def-e1468327195259.jpeg

Après Ultrasons II en 2016, son dernier projet, nous nous sommes demandés ce que devenait Chassol, lors de son passage à Babel Med, à Marseille, au printemps dernier. L'inventeur créateur joue dans quelques jours à Paris, pour le festival Pitchfork.

Où en êtes-vous de vos projets en ce moment ?

Je suis dans des choses très expérimentales en ce moment. Je pensais me popiser, mais non. J’expérimente à mort. Je prends tous les morceaux qui existent dans mon disque dur, qu’ils soient à moi ou pas, qu’ils soient récents ou pas. Je les mets dans le clavier, je les ralentis et je les superpose à eux-mêmes trois fois, j’écoute et ça fait des morceaux de 40 minutes assez dingues. Je sample ces morceaux pour en faire d’autres. Voilà, je fais de la chirurgie en ce moment !

Comment vous vient ce processus ?

Je bosse en MIDI depuis 1989. Mon père m’avait ramené un Atari 1040 ST avec Q-Base. Donc j’ai fait pas mal de musique sur ordinateur de 1989 à 1993. Puis j’ai complètement arrêté par snobisme. C’est revenu en 2000 quand j’ai eu un laptop. Et là je me suis mis à sampler beaucoup de choses et à mettre tous les samples dans chacune des notes du piano. Jouer des samples comme un pianiste. Mettre une la note d’une trompette sur le ré d’un piano, par exemple. Ca ralentit si je descends, et si je vais vers les octaves ça joue deux fois plus vite. Ce sont des procédés que j’ai développer au fur et à mesure en utilisant les softwares différemment de la façon dont ils sont censés être utilisés. Ca m’a permis de fabriquer mes sons. Je fais ça mais je continue mes explorations pour pouvoir en tirer des morceaux ensuite.

Ca a un lien avec l’ultrascore ?

J’en fais aussi plein. C’est-à-dire que j’harmonise plein de discours, plein de gens. Je me constitue de la matière, filme des gens, des animaux. Je filme tout et je le mets dans le disque dur pour essayer de faire une boule avec tout, d’en tirer des morceaux, des pièces.

Et puis je vais faire un nouveau film, un nouvel album et un nouveau show. Pour mars 2018.

Et vous allez quelque part pour ça ?

Oui, mais pas très loin. Je vais en Seine Saint-Denis. Il faut changer un peu. L’exotisme, ça suffit. C’est un film qui va être accès sur l’idée du jeu. Parce que le jeu parle d’altérité, de compétition, de collectif, de hasard. Et j’ai envie d’essayer de faire le jeu tel que j’aimerais qu’il existe. Je pourrais y mélanger trois chanteuses que je mets dans le désert, un chœur d’orchestre que je fais se percuter ; et puis je prends une chanson indienne, une ligne de basse par ici, une escadrille d’oiseaux qui passe. Je vais essayer de mélanger tout ça avec l’animation. Je serai toujours avec le batteur et l’écran derrière. Donc ce sera le même concept. Mais le thème aura changé. Je vais prendre des gens de Seine-Saint-Denis, filmer des cours de récréation, des matchs de basket, etc.

Quel sens donnez-vous au mélange de l’image et du son ?

J’ai grandi avec la télé, le cinéma… West Side Story c’est la synchronisation parfaite. Ca m’a marqué. C’est magique de voir l’origine d’un son, comment il se diffuse, de le voir se répéter et de pouvoir lui agréger des accords, de pouvoir le malaxer. C’est une façon de s’approprier encore plus un son, de le voir et de l’entendre.

Est-ce que c’était une évidence pour vous de faire de la musique de film ? Vous avez su rapidement que vous feriez ça ?

Depuis l’âge de 15 ans. J’ai eu une épiphanie avec le générique de la Tour Infernale, de John Williams (il chante). C’est vraiment du Aaron Copland, qui est le père de la symphonie américaine (Billy the Kid, The Rodeo…). Quand j’ai entendu le générique de La Tour Infernale, je l’ai enregistré au magnétophone et je me suis demandé où est-ce qu’on achète ce genre de musique. Puis j’ai compris que c’était de la musique de film. Je fais de la musique de films depuis que j’ai 20 ans. Et ça a été naturel de me servir du son de mes images pour fabriquer ma musique, parce que j’avais l’habitude d’apporter des films dans mes softwares de musique : dans mon Logic ou n’importe quel autre que j’ai eu depuis les années 2000. J’ai fait beaucoup de pub, de musique de série télé… Vu que je les importais…
Youtube est arrivé en février 2005. Là j’ai pu importer tout ce que je voulais et je me suis rendu compte que j’avais le son des vidéos dont je me servais et j’ai pu m’en servir comme de la musique. Ca c’est fait en bossant, naturellement, dans une pratique quotidienne fluide. J’étais parti aux Etats-Unis, en résidence dans un centre d’art. J’avais fini une tournée avec Phoenix, j’étais intermittent et n’avais pas à bosser sur cette période. Alors je n'ai fait qu'expérimenter dans ce centre d’art. Et j’en suis arrivé à ça, à utiliser le son des images pour fabriquer de la musique.

En ce moment je suis justement dans une phase d’expérimentation qui, je l’espère, va me faire inventer une nouvelle technique.

Pratiquez-vous le piano au quotidien ?

Pas beaucoup. Mais j’ai toujours un morceau dur que je joue pour l’hygiène, pour voir comment sont écrites les choses aussi. Il y a des morceaux que je joue. Des parties d’orchestre que je reproduis avec que des synthés pour voir leur orchestration.

En ce moment je travaille Le Tombeau de Couperin de Ravel. Ce sont des pièces du début du 20ème siècle qui sont dédiées à des potes qu’il a perdu à la guerre. Et là je travaille « Rigaudon ». Ce sont des accords très français comme Ravel sait le faire. Et là vraiment je vole les plans, les structures d’accords, etc. L'expérience de la scène a fait progresser mon jeu.


Autres articles

Comment

Member Login
Welcome, (First Name)!

Forgot? Show
Log In
Enter Member Area
My Profile Not a member? Sign up. Log Out