Après un récent déménagement d'Israël à New-York, Nitai Hershkovits, sort un premier album, I asked you a question sur le label Raw Tapes. Premiers pas vers l'émancipation pour celui que l'on connaît avant tout comme le pianiste du contrebassiste Avishai Cohen. 

Ton premier album peut paraître surprenant pour ceux qui te connaissent par Avishai Cohen. D'autant plus que tu ne le sortes pas sur un grand label de jazz....

Raw Tapes n’est pas de cette catégorie, en effet. Mais comme je disais, il n’y a plus de règles. Tu n’as pas à être avec Sony, par exemple, qui te prendra ensuite tout ton argent. Tu peux simplement partager la musique. Les concerts coûteront de l’argent aux gens. Au moins, comme ça ils peuvent avoir une petite idée de ce qu’ils écouteront. Je crois vraiment en cela, plutôt qu’aux grandes compagnies. Mais il n’y a pas de règles ! Peut-être que pour le prochain album je signerai avec un plus gros label… On ne sait pas !

Comment cette collaboration avec The rejoicer s’est-elle lancée ? 

C’est parti d’une session spontanée dans la maison d’amis à nous. On y avait l’habitude de s’y poser le soir pour traîner entre potes. Là-bas il y a un ordinateur avec Ableton [logiciel professionnel de musique assistée par ordinateur] toujours allumé, comme un instrument auquel chacun s’essaye. Avec ce logiciel, tu peux facilement créer des beats. Nous nous amusions beaucoup avec, mes amis et moi. Puis j’ai eu une super session avec The rejoicer. Inexplicablement, un mois plus tard nous nous sommes installés dans son studio pour enregistrer des morceaux. C’est allé très vite. Avant que nous nous en rendions compte, nous avions entre 12 et 15 morceaux. Je n’avais jamais vécu une telle session d’enregistrement. 

Tu n’avais donc pas à l’esprit de monter un album. L’idée s’est développée spontanément ?

Je n’ai pas réfléchi à tout ça. Je n’ai pas casé ça dans des cases : un label, un genre musical… C’est juste arrivé ! Jusqu’à présent, je mettais toujours tout dans une case. Avec Avishai [Cohen] en studio, avec d’autres musiciens avec qui je joue. On te dit : « C’est comme ça que tu vas jouer, c’est là que tu vas faire ton solo...». Tout est planifié. Je crois que j’avais besoin de m’éloigner de tout cela. C’était si stressant. L’idée de faire face à un mec qui te dit spontanément « faisons un album », m’a plu. Je n’en revenais pas, je lui ai demandé comment pouvait-on enregistrer un album si nous n’avions jamais joué ensemble ? Apparemment, tu peux te contenter de venir en studio et d’enregistrer. Et quelle sensation ! 

Je me souviens de mon premier jour en studio avec The Rejoicer. Je lui ai demandé ce qu’il voulait que je fasse - même si c’était pour mon album - et il m’a dit de simplement jouer quelques notes, de faire ce que je voulais. On se connaissait à peine tous les deux. Alors la dynamique a été très intéressante. Il était très ouvert, et cela m’a permis d’être très à l’aise dès la première heure. J’ai donc un peu joué et lui ai demandé si cela convenait. Je cherchais son approbation et il m’a dit « mec, aimes-toi un peu ! Ne change rien, partons avec ça. » Il a pris l’enregistrement, l’a uploadé dans le logiciel, samplé et en un temps trois mouvements nous avions un beat et des accords. Et c’était déjà épatant ! Ça a été la base de ma collaboration avec The Rejoicer : pas de planification ou de décisions exclusives. Des amis nous rejoindraient en studio et nous improviserions. Bien sûr, il a fallu décidé de qui nous voudrions inviter sur l’album, parce que c’est important. Quelle est sa couleur musicale ? Quelle est la mienne ? Quelle couleur pour le chant et où mettre le solo de guitare ? Bien sûr qu’il y a eu un travail de production ! Mais tellement moins que sur tout ce que j’ai fait d’autre. Avec Avishai, c’était l’opposé total. Tout était très stricte. Presque comme une production avec Lauryn Hill ou Missy Elliott, où il faut jouer les mêmes accords au même endroit. 

Nous avons prévu de continuer à travailler ensemble, et notamment avec des musiciens tels que Madlib ou Mos Def (...)


L’album a donc uniquement été enregistré en Israël ? 

Principalement oui, avec une partie à Berlin et à Los Angeles. Mais ce ne sont que des fichiers. Tu envoies les fichiers, et tu places un micro devant celui qui doit enregistrer une partie. La plupart des musiciens invités sur l’album sont des camarades israéliens, des amis qui connaissent mes goûts et dont je connais les leurs. Je savais donc ce qu’ils voulaient. C’est comme avoir un groupe, mais il n’est jamais fixé. Pour la tournée, il faudra un groupe spécifique, mais pour l’album on se demande surtout ce qui est le mieux pour l’enregistrement. 

Quels sont les points communs entre The Rejoicer et toi ?

Bonne question ! Nous aimons tous les deux une musique assez minimale, sans trop d’accords ou de mélodies. Le jazz peut parfois être très lourd. Nous avons aussi en commun un goût pour le prog-rock… Nous étions tous les deux coordonnés quant à nos goûts et envies communes. 

Nous avons par exemple décidé d’avoir 5 canaux pour un beat. En général, tu en utilises 25 parce que tu peux le faire. Nous avons préféré une approche plus simpliste, plus minimale. Plus généralement, j’ai adoré tous les albums qu’il a choisi de sampler pour l’album. C’est un art en soi. 

Et qu’a-t-il choisi ? Peux-tu le révéler au grand jour ?

Il y a eu des enregistrements africains, assez psychédéliques. Francis Bebey, par exemple. Je sais qu’il y a eu des samples de musiques omanaises des années 40-50 ; de chanteurs libanais… Beaucoup de musiques africaines, arabes… de la pop persane des années 1970. 

Ce premier album annonce-t-il d’autres projets de ce genre dans le futur ? 

Celui-ci sort en avril en physique et nous avons prévu de continuer à travailler ensemble, et notamment avec des musiciens tels que Madlib ou Mos Def, et quelques autres artistes de cette trempe. Cette scène là. Ils sont lourds ! Nous devrions profiter de nos contacts. Même si rien n’est encore établi, et même si ça ne sort pas l’année suivante, ça nous fait du matériel. 

Qu’en est-il de ta collaboration avec Avishai Cohen ? 

Je prends une pause de quelques années au moins. J’ai envie de jouer pour moi un peu. J’ai quand même joué avec lui pendant 4 ans et demi ! Nous avons fait beaucoup de choses ensemble et je crois que c’est le bon moment pour moi. Il m’a tant donné, mais il faut savoir dire stop. 

Qu’as-tu appris de lui ? 

La discipline. Être concentré sur ce que tu fais et insister quand tu es en répétition. J’ai appris à quel point répéter est important. Ce furent des années intenses. 

Propos recueillis par Florent Servia





Comment

Member Login
Welcome, (First Name)!

Forgot? Show
Log In
Enter Member Area
My Profile Not a member? Sign up. Log Out