Jameszoo et le jazz naïf

Par Florent Servia - 8 août 2016

Le dj néerlandais s'est mis au jazz, un jazz qu'il dit "naïf" et dont le premier album a paru il y a quelques mois sur le très actuel label californien, Brainfeeder. Curieux de savoir ce qu'il entendait par « naïve, computer jazz » et ce qui le rapprochait de musiciens de la trempe de Thundercat ou Kamasi Washington nous le lui avons simplement demandé au cours d'un petit entretien téléphonique.  

Ça doit te changer de jouer en festival de jazz. Le public y est très différent des festivals de musiques électroniques. Plus âgé disons. 

Oui, effectivement ! Mais je connaissais ce public puisque j’en faisais même parti depuis quatre ans que je m’intéresse au jazz. J’y allais beaucoup. Maintenant c’est cool d’y jouer. 

Ton passé de dj a-t-il eu une influence sur la construction de la musique pour ton dernier album ?

À force de sélectionner la musique qui t’intéresse en tant que DJ, tu développes un sens de ce qu’il se passe sur les scènes musicales et de comment cela se passe. En ce sens cela m’a aidé. 

Sur ton album, tu as deux superbes musiciens qui sont Steve Kuhn et Arturo Verocai. 

J’écoutais leur musique à l’époque et suis rentré en contact avec Arthur, pour savoir si ça lui dirait d’enregistrer avec moi. Il était partant et est donc venu en Hollande en 2014. Avec Steve Kuhn, nous nous envoyions des emails pendant 8-9 mois. Quand je lui ai demandé, il a finalement rapidement accepté. Je suis allé à New-York pour que nous enregistrions. Cela m’a pris quelques minutes seulement pour les convaincre et j’en suis ravi ! 

Quel a été leur apport dans la musique ? 

Ils sont de superbes musiciens, donc leurs sessions d’enregistrement respectives ont été fantastiques ! Je m’en suis servi comme base autour de laquelle j’ai pu créer ce que je voulais. 

Ils ne t’ont pas donné quelques conseils de grands musiciens ? 

Non, ils ont répondu à mon appel pour être sur mon projet. 

Peux-tu m’expliquer pourquoi tu décris ta musique comme du « Naive, computer jazz » - du jazz naïf d’ordinateur ? 

Le jazz est marqué du sceau stigmatisant de la « musique intelligente ». Les jazzmen sont ainsi perçu comme de brillants musiciens. J’ai voulu éviter ce cliché afin de le rendre moins prétentieux. D’où le nom. Je suis naïf, je fais de la musique depuis mon ordinateur, d’où ce nom de « naïve computer jazz ». Je voulais casser cette image accollée au jazz. 

En dehors des clichés, penses-tu que faire de la musique sur ordinateur la rend naïve ? 

C’est moi qui la rend naïve. Je n’ai pas de formation classique. Je n’ai pas été au Conservatoire pendant des années. En ce sens, je ne suis pas un musicien de jazz comme ils le sont. C’est pourquoi mon approche est naïve. 

Donc l’idée derrière ton titre est que même un imbécile [« a fool »] peut écouter du jazz ? 

(rires) Oui évidemment ! Je ne l’avais pas vu sous cet angle, mais oui, ça fonctionne ! Tu n’as pas besoin de prétendre être qui que ce soit ou connaître quoi que ce soit pour apprécier le jazz. Cela dépend toi. 

Qu’est-ce qui t’a fait passer du côté de l’artiste plus exclusivement électronique ? 

Mes intérêts musicaux ont évolué avec le temps. J’essaye de ne pas me faire cerner complètement, de ne pas être identifié et donc vu d’une seule et unique manière. Je souhaite donc garder toutes les options ouvertes. Je garde les oreilles grandes ouvertes, afin d’alimenter ma musique électronique. Maintenant je peux comprendre de nombreuses musiques. 

Auparavant tu allais assister à des concerts de jazz et aujourd’hui tu te produis avec eux. Qu’est-ce qui t’a le plus impressionné chez tes compagnons de scène ? 

Je viens de commencer à jouer avec un groupe et c’est une grande joie de les voir dialoguer et de faire partie de ce processus. Je n’avais jamais connu une telle interaction musicale sur scène, c’est formidable ! À part ça, j’ai assisté à un incroyable solo du trompettiste Nate Wooley récemment ! 

Quelle est la touche Brainfeeder dans ta musique ? 

Kamasi, Thundercat… Je me suis rapproché de cette nouvelle façon d’appréhender le jazz. Je rejoins leur bateau à ce niveau là. 

Qu’est-ce qui te rend le plus fier concernant cet album ? 

Je suis juste très content qu’il soit sorti. Mais disons que ses nuances sont une vraie satisfaction pour moi. Je n’en ai pas fait trop et ai su revoir mes idées tout au long de la réalisation de l’album. J’ai su m’adapter. 

Qu’en est-il de l’improvisation, et même de la composition ? Était-ce nouveau pour toi ?

Ce n’est pas tout à fait nouveau, je l’avais déjà expérimenté sur scène. Mais aujourd’hui c’est vrai que c’est beaucoup plus central dans le projet ! Ça change. 


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