© Margot Vonthron

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Nous nous sommes entretenus avec Cyrille Aimée à l’occasion de la sortie de son album « Let’s Get Lost ». Avec son franc-parler et son humour, la chanteuse nous a aussi parlé de jazz (manouche, américain), de guitares et des différences entres les scènes musicales française et américaine. Sans oublier ses nombreuses aventures !

 

Cyrille Aimée est en tournée en France : au Rocher de Palmer (Cenon) le 6 avril et au New Morning (Paris) le 8 avril.

Ton prochain album, Let’s Get Lost, vient de paraître. Comment l’as-tu préparé ? Qu’est-ce que tu as voulu y faire passer ?

Il est différent de It’s A Good Day l’album précédent, qui est né en studio. J’avais une idée de projet de groupe de trois guitares complètement différentes mais Adrien (Moignard) habite à Paris, l’autre guitariste (Guilherme Monteiro) habite au Brésil. J’ai donc créé les arrangements en amont avec Michael Valeanu sans vraiment savoir ce que ça allait donner. J’ai rassemblé tout le monde en studio et c’est là que la musique a pris vie. En revanche, sur « It’s a Good Day », c’est le même groupe mais qui a tourné ensemble pendant deux ans non stop. Nous avons appris à nous connaître musicalement et personnellement ; on est devenus une famille. Les morceaux se sont créés sur la route : pendant les balances, pendant qu’on était dans un embouteillage dans la voiture, comme « There’s a Lull in my Life » que j’avais filmé et posté sur Youtube. Tout le monde a aimé donc on a mis le morceau sur l’album. En arrivant en studio, on a vraiment pu se concentrer sur l’ambiance et le message des morceaux parce qu’on n’avait pas à penser aux arrangements et à la façon de jouer. On était vraiment libres.

Ce côté spontané semble te plaire davantage par rapport à ton album précédent qui était peut-être plus réfléchi ?

Celui-là aussi était réfléchi. La musique est réfléchie. La musique des deux albums contient beaucoup de guitares et si on se dit « On va jouer ce morceau et on verra. », il y a trop de cordes, les guitares vont se marcher sur les pieds. Il faut donc définir dans chaque chanson quel rôle a chaque guitare et une fois que cet aspect est travaillé, qu’on a le squelette de la chanson, on peut faire ce qu’on veut. Avec « It’s a Good Day », le groupe est venu en studio et on a joué les arrangements tels qu’ils étaient prévus par Michael et moi. Mais il y avait des trucs qui ne marchaient pas, qu’on n’avait jamais essayés. Donc on a dû changer et faire des essais. C’était un travail pendant en studio avec un groupe de musiciens qui ne se connaissaient pas entre eux. Tandis que là, pour « Let’s Get lost », ce sont vraiment des musiciens qui se connaissent beaucoup. Et jouant, on a pu vraiment y mettre plus de soi, de tout le monde puisque tout le monde a bien influencé la musique. Pour moi, c’est un peu un album plus mature. « It’s a good day », c’est un peu le soleil, c’est un peu plus brut alors que « Let’s Get lost », c’est un peu plus la lune, un peu plus introspectif.

Aucune étiquette ne convient à aucun artiste ! En tant qu’artistes, on déteste les étiquettes et on essaie le plus possible d’en sortir. Mais dans le monde du business il faut mettre une étiquette parce que ça se vend mieux.

 

Let’s get Lost commence par un morceau qui parle de la solitude : « Live Alone and Like it ». C’est une solitude plutôt joyeuse. C’est assez original de commencer un album par ce thème, d’où vient ce choix ?

Cette chanson est celle d’un grand compositeur légendaire de Broadway qui s’appelle Steven Sondheim. Il m’a choisie pour participer à un spectacle en son honneur au New York City Center. Il a choisi deux chanteuses dont moi. J’ai joué ce morceau qui est de lui avec l’orchestre de Wynton Marsalis. C’est là que j’ai appris le morceau et que je suis tombée amoureuse de ses paroles parce que justement il célèbre le célibat. Je trouve qu’on est dans une société où être célibataire ou la solitude, sont vus comme négatifs, ou même une maladie alors que c’est bien. Moi je trouve que c’est difficile de savoir être seul, c’est un bonheur qui n’est pas facile.

Tu as parlé de guitares, j’ai l’impression que c’est un élément qui prend une place de plus en plus importante dans ta musique. Est-ce que tu envisage d’aller davantage vers ce type d’instrumentation ?

Eh bien, en fait j’ai déjà commencé. Comme je suis née dans le village de Django Reinhardt (Samois-sur-Seine), j’ai commencé avec beaucoup de guitares autour de moi. En allant aux Etats-Unis par la suite, je me suis vraiment imprégnée du jazz américain. Et là, j’ai fait trois albums avec piano, basse, batterie, trompette, saxophone mais pas de guitare. Puis j’ai rencontré un guitariste brésilien et j’ai fait deux albums en duo avec lui. Mais ce projet avec des guitares est apparu avec « It’s a Good Day », l’album précédent. J’avais touché à la musique brésilienne, au jazz straight ahead américain, ma mère vient de la République Dominicaine - j’ai ce côté latino - et j’ai grandi à Samois. J’avais donc envie de faire un album contenant toutes ces inspirations, tous ces petits bouts de moi pour faire une musique qui m’est vraiment propre. Et comme j’aime beaucoup la guitare, j’ai pensé à prendre une guitare aux cordes nylon pour représenter le côté latino, une guitare aux cordes acier pour le côté français manouche et une guitare électrique pour le côté jazz américain. Là, c’est le deuxième album avec ce groupe mais je ne suis pas en vraiment en train de prendre cette direction.

Malgré ces facettes différentes, tu es présentée comme une artiste jazz. Est-ce que c’est une étiquette qui te convient ?

Eh bien, aucune étiquette ne convient à aucun artiste ! En tant qu’artistes, on déteste les étiquettes et on essaie le plus possible d’en sortir. Mais dans le monde du business il faut mettre une étiquette parce que ça se vend mieux. Et parmi toutes les étiquettes à choisir, j’aime bien celle du jazz parce qu’elle est très large. Il y a beaucoup de différents styles de jazz mais à cause de cette diversité, le jazz fait peur à certaines personnes. Ils entendent le mot « jazz » et ils pensent que c’est une musique de vieux où tout le monde est assis et s’ennuie (rires). Et moi, je veux faire de la musique qui plaît à tout le monde. Mais l’étiquette est ennuyante parce que si on présente cette musique à quelqu’un qui, soit-disant, n’aime pas le jazz, sans lui dire que c’en est, comme un jeune, il va adorer. Mais on est obligé d’avoir un tampon parce que c’est comme ça que le business de la musique marche.

Est-ce que ce tampon te permet de mettre en place en place toutes ces identités pour faire cette musique ? Est-ce que ce n’est pas un genre assez ouvert qui te permet de faire ce que tu veux ?

(Hésitations) Je ne sais pas. Je n’ai pas essayé de l’appeler autrement. Je ne sais pas si c’est cool mais moi j’aimerais bien dire que c’est du « fun jazz » (rires).

Il y en a qui ne vont pas aimer ça non plus!

Il y a toujours des gens qui n’aiment pas de toutes manières (rires).

La scène musicale française est trop déprimante pour moi. A New York il y a une sorte d’électricité qui rend la créativité encore plus forte. C’est inspirant!

 

Sur Lets’ Get Lost, tu parles de Samois et d’une douce folie qui t’en tient éloignée. Qu’est-ce que cette douce folie ?

C’est New York. J’y suis pour la musique mais la France me manque : les amis, les gens, la nourriture, la beauté, la nature. Seulement, la scène musicale française est trop déprimante pour moi.

C’est-à-dire ?

Eh bien je trouve que les musiciens ici ont tendance à se reposer sur leurs lauriers ! En cause : l’intermittence. C’est une ambiance tellement différente là-bas ! Même s’ils ne jouent pas de concerts, les musiciens ici sont payés. Donc ils sont tranquilles. Il faut se lever tôt le matin pour les faire sortir et faire une session pour juste jouer sans que ce soit un concert. Si ce n’est pas payé, ils ne vont pas se motiver pour aller jouer. Et aussi, beaucoup de musiciens ne vont pas sortir pour aller écouter des concerts ou aller voir leurs amis. Pas tous, bien sûr, mais un certain nombre ne sortent que pour jouer alors qu’à New York, les clubs sont toujours pleins de musiciens ! Les musiciens sont toujours dehors pour essayer de rencontrer d’autres musiciens, faire des projets, faire des sessions pendant la journée. Ils ont le « feu aux fesses » parce que si tu ne joues pas, tu ne manges pas ! Il y a donc une sorte d’électricité qui rend la créativité encore plus forte. C’est inspirant!

Parallèlement à ce statut social et économique de musicien, est-ce que tu ressens cette différence sur la musique qui est jouée ?

La scène qui m’a attirée en France, c’est le jazz manouche parce qu’elle vient d’ici. Le jazz moderne ici me parle moins. En fait, quand je suis tombée amoureuse du jazz manouche, ce n’est pas parce que j’ai entendu la musique et que j’ai trouvé ça chouette. C’est parce que je l’ai entendue depuis que je suis toute petite et que j’ai grandi à Samois. Tous les ans, j’allais au festival pas pour la musique, mais plutôt pour les crêpes (rires). Et une fois que j’ai rencontré les manouches et qu’ils m’ont prise sous leur aile et qu’ils m’ont adoptée, je suis tombée amoureuse de leur culture, de leur manière d’être et de vivre, de leur manière de parler. J’ai alors compris d’où venait la musique. C’est une musique qui pousse à vivre l’instant présent. On ne sait pas ce qui va se passer, on est dans l’improvisation. Je suis ensuite partie à New York pour comprendre la musique américaine. Et donc pour moi, c’est là-bas qu’elle vit vraiment, c’est là-bas que se trouve la véritable énergie du jazz. Tandis qu’ici, l’énergie, je la trouve dans le côté manouche.

A New-York, tu as retrouvé cet aspect culturel au-delà de la musique, dans la manière de la vivre ?

Ah oui, c’est fou New-York ! Comme j’ai dit c’est un mode de vie où on est toujours en train de bouger, c’est plein d’énergie. Tu ne peux pas aller à New York pour te relaxer, c’est impossible. Les gens n’ont pas le temps de traîner 3 h en terrasse. Je ne dis pas que c’est bien parce que justement, moi, c’est ce qui me manque, d’avoir le temps.Et ce n’est pas que dans la musique. Les Américains veulent toujours se renouveler, être les meilleurs, innover que ce soit dans l’art, dans la musique mais dans tous les genres. Et ça se sent, c’est une sorte d’électricité. Mais c’est épuisant !

Et côté public, en parlant des différences, comment est-ce qu’elles se ressentent ?

Dans le jazz, plus particulièrement, je pense que là-bas, c’est une musique plus ancienne, le public est plus vieux. Tandis qu’ici, je trouve qu’il y a plus de jeunes qui aiment le jazz. Et c’est le cas globalement en Europe je pense. C’est également le cas en Israël où je n’ai vu que des jeunes. Et aux Etats-Unis, ça fait que le jazz est estampillé comme une musique de vieux.

© Margot Vonthron

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Donc il ne faut pas dire que c’est du jazz ! On parlait de la musique manouche, qu’est-ce qui t’as marquée ou inspirée en dehors de cette musique ?

Beaucoup de choses ! Ma mère est de la République dominicaine donc depuis que j’étais petite, avec ma sœur, on mettait de la salsa, du merengue, de la bachata dans le salon et dansait. Danser faisait partie de notre vie quotidienne. Il y avait aussi beaucoup de Michael Jackson. Mes parents ne sont pas musiciens mais ils écoutaient tous les types de musiques. Mon père mettait beaucoup de musique classique. Moi, j’écoute Ravel au moins une fois pas jour. Ma mère, elle, aime beaucoup la country, la chanson française mais aussi la chanson espagnole (le flamenco…) Et puis, il y a aussi la musique brésilienne et même la pop, j’adore. J’aime beaucoup tous les styles de musiques en fait.

 

Et par exemple, Michael Jackson, comment est-ce qu’il t’a inspirée : sa démarche, son énergie, sa façon de chanter ?

Eh bien, c’est un tout. C’est tellement grand ! Pour moi, Michael Jackson n’était même pas une personne. Je ne l’ai réalisé que le jour où il est mort. C’était tellement un concept pour moi ! J’ai du mal à exprimer ce que je ressens quand je l’écoute ou que je le regarde surtout. Ma mère enregistrait ses concerts live et on essayait de reproduire les chorégraphies (rires). C’est un tout : ses chansons, le personnage…

Même celui des dernières années ?

Oui, jusqu’à la fin. Maintenant, j’écoute les classiques mais avant, j’écoutais tout ce qui sortait.

Et en ce moment, qu’est-ce que tu écoutes par exemple ?

Il y a des trucs que je vais voir en concert parce que sur CD, ce n’est pas pareil. Par exemple, Lisa Fischer, j’adore la voir en concert mais sur CD, ce n’est pas pareil. Sinon, en disques en ce moment, j’écoute Nick Hakim, c’est un chanteur un peu soul électro anglais. J’écoute aussi le groupe Moonchild. Il y a aussi Hiatus Kaiyote, Little Dragon, Lianne La Havas. Plein de choses !

Et tu arrives à trouver le temps pour écouter tout ça : la salsa, le merengue, le jazz manouche, le jazz américain, la pop ?

Déjà, le jazz new-yorkais, je suis dedans. La salsa, oui, quand je me sens un petit peu bluesy, j’en écoute et c’est guéri en deux minutes. Ravel, j’aime bien l’écouter le matin : Daphnis et Chloé ou Ma mère l’Oye. Le jazz manouche, j’en mets souvent. En fait, je suis super fan d’Adrien (Moignard) qui joue sur mon disque et je l’écoute en boucle.

Et tu écoutes aussi les grands musiciens du jazz manouche actuel comme Romane, Biréli Lagrène, Tchavolo Schmitt ?

Eh bien, je les ai écoutés déjà beaucoup. Beaucoup trop même ! Maintenant, j’écoute plus les jeunes : Les Doigts de l’Homme et Adrien Moignard, c’est mon préféré.

Un projet purement manouche dans les années à venir ?

Peut-être un jour mais pas pour le moment. Le manouche, c’est une partie de moi seulement. Si je fais un projet purement manouche, je ne m’exprimerais pas pleinement, je cacherais une grande partie de moi. Mais j’adore, j’ai grandi dans ça et j’ai enregistré un disque purement manouche avec Sébastien Giniaux. Mais j’aime bien justement l’idée de mettre un petit bout de tout dans ma musique. Sur ce CD, la seule touche manouche est Adrien mais elle apporte énormément.

Tu préfères garder cet éclectisme.

C’est tout simplement être moi. J’étais purement manouche quand j’avais 15 ans. Mais maintenant, je ne suis pas purement manouche.

En parlant de ces différentes composantes, tu arrives à les concilier dans ta musique mais personnellement, comment est-ce que tu y parviens ?

Le plus difficile justement c’est dans la musique parce que quand on fait un disque il faut trouver un fil conducteur, une unité. Mais avec moi, c’est plutôt : « Je veux faire un morceau de Michael Jackson, je veux faire un standard, et puis je veux faire un morceau d’Edith Piaf. » Donc le travail le plus difficile est de donner à tous ces morceaux qui viennent d’un peu partout un son cohérent, un fil conducteur. C’est pour ça que j’ai eu l’idée de faire un groupe avec des instruments très particuliers qu’on ne voit pas souvent ensemble avec une guitare nylon, une guitare manouche et une guitare électrique avec basse et batterie. C’est un son assez original. Du coup, chaque morceau qu’on prend, quel que soit son répertoire, a ce son unique. Mais dans la vie de tous les jours, ça va, je reste moi-même.

Les médias, les radios, les programmateurs... Ils ont peur de se mouiller, que ça ne marche pas. Mais si toi, tu penses que ça va marcher, prends un risque et tu verras.

 

Comment abordes-tu la scène française après avoir passé ces 10 ans aux Etats-Unis ?

Je suis ravie, j’ai de l’espoir. Je suis aux Etats-Unis pour la musique mais aussi parce que là-bas, on donne beaucoup plus leur chance aux nouveaux artistes, aux jeunes. On ose prendre plus de risques. Mes CD auto-produits tournent sur les radios là-bas depuis 5 ou 6 ans. Tandis qu’ici, j’en suis à mon 8ème album et c’est la première fois que je passe à la radio juste parce qu’il y a un petit tampon « label » dessus. C’est fou, c’est mon propre pays ! Il y a un peu de snobisme. Ils n’osent pas prendre de risques en se disant : « Moi, ça me plaît, il n’y a pas de maison de disque ou de grosse machine derrière mais on va voir si ça plaît aux gens. » Ce n’est pas parce qu’il y a une grosse machine derrière que c’est bien. Et ce n’est pas non plus parce qu’il y a une grosse machine que c’est forcément bien.

Quand tu dis « ils », à qui est-ce que tu fais allusion ?

Les médias, les radios, les programmateurs... Ils ont peur de se mouiller, que ça ne marche pas. Mais si toi tu penses que ça va marcher, prends un risque et tu verras. Alors que là-bas, ce qui passe à la radio, c’est ce que le gars a découvert, il aime et il veut le faire écouter. Ca donne plus de chances à tout le monde d’y arriver. Parce que tout le monde n’arrive pas dans ce milieu avec les mêmes cartes en main.

Est-ce que le fait d’être partie à New-York n’a pas potentiellement retardé ton essor en France ?

Sûrement mais d’un autre côté, c’est bizarre. Ici on est très « ce qui vient des Etats-Unis, c’est trop la classe » donc je ne sais pas si finalement ça aurait été plus rapide si j’avais été ici. (L’attachée de presse rajoute : New-York c’était un peu comme un tremplin). Et j’ai vraiment commencé ma carrière là-bas donc je ne sais pas trop ce que ça aurait donné ici, je ne peux pas savoir.

Quand tu reviens, tu ne ressens pas un décalage avec la scène franco-française ?

Non, ça va, je m’adapte (rires).

Tu animes maintenant des conférences, des masterclass. C’est un besoin que tu ressens d’enseigner, de transmettre ?

Au départ, j’ai commencé parce qu’il y avait une forte demande de chanteuses qui me demandaient si je donnais des cours particuliers. Et comme, je n’avais pas le temps, j’ai commencé à organiser des masterclass pour tout faire en même temps. Et j’adore enseigner ! J’ai constitué une mailing list des filles qui m’écrivaient et j’organise une masterclass dans mon appartement une fois par mois à Brooklyn. Et parfois quand je suis en tournée, si on joue près d’une université, on organise une masterclass dans la journée avant le concert Et là à Paris, comme je savais que je venais une semaine, j’ai appelé Maria (Rodriguez) du Baiser Salé et je lui ai proposé d’en faire une. Elle n’en avait jamais fait auparavant et elle a adoré. On va le refaire.

Ça s’est bien passé ?

Oui, il y avait 17 personnes ! C’est beaucoup pour une masterclass.

Qu’est-ce que tu aimes en particulier dans le fait d’enseigner ?

Je trouve qu’on apprend énormément en enseignant. J’apprends beaucoup effectivement. Et puis, je me reconnais dans les chanteuses et j’ai envie de partager mon expérience avec elles.

Et concrètement, est-ce que ça a changé quelque chose pour toi, dans ta façon de chanter par exemple ?

Je ne saurais pas mettre le doigt dessus mais je suis sûre que ça m’inspire. Et à New-York, en parallèle, je prends des cours de théâtre. La méthode que je suis me rappelle beaucoup la manière avec laquelle j’enseigne. Le théâtre m’inspire aussi beaucoup dans ma manière d’être sur scène.

Pour quelle raison prends-tu des cours de théâtre ? C’est une direction que tu aimerais emprunter ?

Oui, j’ai joué dans le spectacle en hommage à Stephen Sondheim. J’ai joué aussi dans un ou deux autres spectacles. Et puis, j’adore jouer la comédie. A propos du côté scénique, le cours de théâtre que je suis s’appelle la technique Meisner. Il est parfait pour les musiciens de jazz. Je pensais que le théâtre, c’est la chance d’être quelqu’un d’autre mais là, c’est l’opportunité d’être soi-même mais de manière plus intense. Tous ces sentiments et ces émotions que tu n’exprimes pas dans la vie de tous les jours, là, tu as le droit de le faire. Pour la musique, pour délivrer les paroles, ça devient plus profond. J’ai réalisé la force de chanter une chanson et de pouvoir avoir le cœur complètement brisé juste pendant une chanson. Sentir pleinement cette émotion, même si on ne la vit pas tous les jours, quand on la ressent, ça fait du bien. Et c’est pareil pour se sentir super amoureuse le temps d’une chanson. Tout est inspirant !

Quand on parle de musique, on parle moins de l’aspect physique. Est-ce que cette méthode ne t’aide pas aussi pour ça ?

Oui mais déjà pour moi, la musique est totalement liée à la danse. Et la danse je l’ai en moi depuis que je suis toute petite. Il y a beaucoup de musiciens qui ne savent pas danser, je trouve ça dingue ! (rires) Moi quand je suis sur scène, je danse, je ne peux pas m’en empêcher, ça va avec mon chant.

Et tu aimerais bien que ton public danse plus souvent ?

Les salles assises, typiquement pour le jazz, ne s’y prêtent pas beaucoup malheureusement.

On dirait que les aventures, les voyages ont énormément marqué ton parcours ? Lesquels t’ont le plus inspirée ?

Tous m’ont inspirée. Je pourrais dire quel voyage a inspiré telle chanson. Mon dernier voyage préféré, c’était en Inde. J’y étais pendant un mois, avec un sac-à-dos. J’avais pris un aller simple. J’y suis allée avec un homme que je venais de rencontrer depuis deux semaines (rires). On s’est dits « On va en Inde ! » et on y est allés.

On entendra de la cithare sur ton prochain album ?

(Rires) ah non, ce voyage là était évoqué sur l’album précédent, dans la chanson « One Way Ticket ».

Quelles autres aventures as-tu en perspective ?

Je suis en train de réfléchir à déménager à la Nouvelle-Orléans. J’aurai toujours un pied à Brooklyn parce que j’y ai acheté un appartement mais je commence à saturer du rythme de vie. Lorsque j’ai visité la Nouvelle-Orléans, le temps s’est arrêté ! Il faisait chaud, tout le monde était posé

La musique de là-bas va t’inspirer à son tour : le vaudou par exemple ? (rires)

Peut-être !

Propos recueillis par Fara Rakotoarisoa et Pierre Tenne

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