© Margot Vonthron

© Margot Vonthron

Arrivé sur les nerfs, pour s’être trompé de métro, à notre rendez-vous, Nick Waterhouse s’est avéré sympa, ravi de parler de lui et de sa musique. On donnerait plus que les 30 ans avérés par son état civil à ce personnage un brin austère et pince-sans-rire, passionné par une culture rétro, qui a sorti cet été Never Twice, son 3ème album, sur le label Innovative Leisure. Très apprêté, il se pare de tenues qui ne sont pas innocentes dans cette impression qu’il fait. Mais elles lui donnent également une classe qui frise l’aura. Passez une demie-heure avec Nick Waterhouse, vous aurez envie de filer en magasins renouveler votre garde robe, si moderne et débraillée (à côté de lui, nous le sommes tous). Un peu le même effet qu’après une - ou plusieurs - saisons de Mad Men regardées. Le soulman californien ne plaisante pas avec la musique, et surtout pas avec la sienne. 

 

Tu as deux jours de promotion ? 

Oui, mais ça va ! C’est sympa de travailler à nouveau. 

Tu t’ennuyais ? 

(rires). Je commençais à m’inquiéter que l’on m’oublie, alors me voilà ! C’est agréable d’être désiré à nouveau. C’est horrible ! Ils vous habituent à être le centre de l’attention et quand cela disparaît on se demande si cela arrivera à nouveau un jour…

Donc tu fais un autre album ! C’est la première fois que tu fais ta promo en solo ! Pourquoi ça ?

Des circonstances. Il voulait que je le fasse depuis un bout de temps. On a fait une télé en groupe à Londres, mais les autres ont du rentrer à la maison. 

Est-ce que l’on peut attendre un album solo de Nick Waterhouse un jour ?

Je crois que personne ne veut entendre ça, honnêtement. Et ce n’est pas pour cela que les gens m’écoutent, je pense. 

Tu ne t’étais pas destiné à chanter, n’est-ce pas ? Es-tu habitué à t’entendre maintenant ? 

Je crois ! Mon approche est plus celle d’un styliste que celle d’un virtuose. Les gens aiment mon identité de chanteur plus que mon habileté. Mais il faut dire que j’aime beaucoup de chanteurs idiosyncratique. Surtout concernant la musique avec laquelle j’ai grandi : mes chanteurs favoris n’étaient pas des professionnels. Mais je suis toujours nerveux à l’idée de chanter et je ne suis pas toujours à l’aise. Quand nous étions à la tv la semaine dernière, d’autres artistes étaient là et en regardant certains des chanteurs invités, je me disais que personne ne voulait m’entendre chanter après eux ! C’était comme être à un concours de talent lycéen… 

Tu es dur avec toi même !

Et bien… Quelqu’un doit l’être ! Peut-être que c’est un moyen d’anticiper les attaques. 

À qui pensais-tu quand tu faisais référence aux chanteurs non-professionnels qui ont marqué ton adolescence ? 

À Bo Didley, au premier album des Rolling Stones… Beaucoup de garage band d’adolescents, comme Nuggets et Back from the grave ou… beaucoup de 45 tours de rythm’n’blue, comme celui de Charles Sheffield… Tu aimes le personnage et l’information… Mose Alison est un autre que j’adore. Tu n’écoutes pas pour la virtuosité. Beaucoup de gens confondent la musique avec la compétition : « Wow, ce mec sait chanter ! ». C’est comme regarder le sport. Je ne vois pas la musique comme une compétition. 

On retrouve ça chez les instrumentistes…

Oui ! C’est comme un peintre. Il y a une différence entre celui qui copie le monde et l’expressionniste. Ils essayent de dire des choses différentes par le même media. 

C’est plus une question de feeling selon toi ? 

hmhm, j’ai envie d’être comme les Fauvistes. Parce que je ne sais pas faire autrement ! 

Est-ce que tu écoutes des musiques actuelles ? 

Que si je dois ! C’est partout, tout le temps de toute façon… Je ne vois pas l’intérêt d’en écouter par soi-même. Si je vais dans un café, c’est ce qui est joué. À la radio… Ce n’est pas comme si je ne l’entendais pas, mais non, on n’en trouve pas dans ma collection de vinyles… ! 

Tu as une grande collection ?

Assez honnête ! Quelques milliers de LP et quelques milliers de 33 tours… 

Tu as travaillé chez des disquaires. 

Oui, dans quelques un. C’est en bossant chez Rooky Ricardo’s (8th street, San Francisco) que j’ai monté mon premier groupe. C’est là-bas que j’y avais rencontré tous les futurs membres. Un client régulier a entendu un disque que je passais et m’a dit qu’il venait de commencer à jouer du sax baryton. La semaine d’après il faisait parti de mon groupe ! 

Tu enregistres du doo wap en 2016. C’est courageux ! 

Je crois aussi et je suis content que le ressentes ainsi ! Quand tu fais un morceau comme ça, tu le fais dans un esprit aventureux et puis quand ça sort tu tombes sur le papier d’un critique qui appelle ça du « cartoon retro », parce que je fais du doo wap. Ça m’a rappelé un rédacteur de Pitchfork qui avait écrit que le saxophone est « cheesy » (= ringard). Il parlait de « sexy sax man ». C’est tellement irrespectueux envers des mecs comme John Coltrane ou Sonny Rollins ! Tous ces musiciens qui ont dédié leur vie à jouer de cet instrument. Une telle remarque est stupide et réductrice. Donc, ouais, on a fait un album avec du doo wap… Je crois que les gens ne s’y intéressent pas spécialement, mais moi je me suis amusé !

Un collègue, Francis Viel, se demandait si Leon Bridges et toi n’aviez pas uniquement parlé de vêtements lors de l’enregistrement du morceau « Katchi ». 

(rire franc) Eh bien… On va souvent faire du shopping ensemble. Pas plus tard que la semaine dernière d’ailleurs, nous avons fait les magasins à Los Angeles. Mais on parle de tout ! Les vêtements, les filles, les bars, la danse… et les disques. Mais Leon est très profond. Nous avons eu de grandes conversations sur la vie tous les deux. Il est aussi un grand parolier. « Katchi » était très simple pour son style, mais c’était cool de sa part de me laisser composer quelque chose où nous serions bien tous les deux ! Sa musique est beaucoup plus libérée. Mais à 3h du matin nous parlons de vêtements, oui ! 

© Margot Vonthron

© Margot Vonthron

Tu danses ?

Cela me manque de ne plus sortir à San Francisco. Il y avait de super clubs où je pouvais aller danser plusieurs fois par semaine. Je le fais moins maintenant. Leon a vraiment appris à danser, lui. Il a suivi des cours… Il est fluide et très physique ! 

C’est une façon de vivre ?! Les habits, la musique, la danse… La nourriture ? (rires)

Oui, mon gars ! J’amène la touche sud californienne, c’est-à-dire la cuisine latino : mexicaine, centre américaine. J’aime ce qui est épicé. C’est sympa de traîner avec Leon parce qu’il t’emmènera à des barbecues. On essaye d’être aussi vrai que possible dans nos goûts. 

Tu vis à San Francisco ?

Non, je suis rentré à Los Angeles ! Ou disons que je fais des aller-retour entre Los Angeles et San Francisco depuis que ma carrière a commencé. J’ai vécu à San Francisco de mes 18 à mes 25 ans. Puis je suis parti sur ma première tournée. J’ai d’ailleurs été viré de mon boulot parce que je partais trop en tournée. En rentrant à Los Angeles, je ne me suis pas vraiment installé quelque part et ne suis jamais retourné à San Francisco. Ce n’est pas facile quand tu es un musicien, que tu tournes et que tu n’as pas forcément l’argent pour te payer un loyer. 

Depuis quand es-tu musicien à plein temps ?

Depuis 2011, donc 5 ans ! 

Pourquoi la Californie est-elle le meilleur endroit sur terre ?

Il y a tout. C’est comme s’il y avait deux États en un, le sud et le nord. Ce sont deux endroits très différents. Il y a des montagnes, des déserts, des forêts millénaires. J’adore Redwoods et la côte du nord. Il y a de nombreuses plages. On est proche du Mexique, qui est un super pays, et la Californie est un carrefour ! En ce moment, Los Angeles est l’endroit où il faut être ! Le monde entier s’en intéresse actuellement. Beaucoup de gens s’y installent : depuis New-York, San Francisco, Chicago, Paris, Melbourne… C’est une ville globale, qui est abordable ! C’est l’une des dernières grandes villes abordable. C’est comme si Los Angeles était Berlin et San Francisco, Francfort. À San Francisco c’est la culture de l’argent. Vivre là-bas est un rêve, ce n’est plus réel. Ce n’est pas raisonnable, d’autant que ça va devenir de plus en plus cher ! 

Les résultats des élections tombent demain, j’imagine que tout le monde t’en a parlé ? 

Oui, c’est une atrocité. C’est comme être au bord d’un précipice. 

As-tu peur ? 

Tout va bien se passer… Trump ne va pas passer, ce n’est pas possible ! Ce qui me fait le plus peur est ce que ça a révélé. J’ai peur pour le futur parce que je me demande où cette énergie va aller ! Mais c’est une conclusion naturelle à 40 ans de la stratégie déployée par les Républicains pour exploiter les gens ; de téléréalité et d’une pop culture infâme.

Ce que cela dit sur la population est assez effrayant. 

J’ai lu un article intéressant dans The Atlantic récemment. Cela parlait des problématiques principales que soulevaient cette campagne : la misogynie, le racisme… Cette élection a soulevé des racines culturelles, et contemporaines, très profondes. Cette fois, cela a été abordé d’une façon moins formelle et polie que par le passé… Ce dont on parle moins, c’est le réchauffement climatique. C’est dommage. Mais je sais pas… Si les choses ne se déroulent pas comme prévu. Je devrais peut-être annuler mon vol de demain ! (rires). Alors la prochaine interview sera au Maroc !

Quelle est ta chanson préférée de Van Morrison ? 

Les deux versions de « Madame George ». Il en cutté une durant les Bang Session, avec le groupe new-yorkais au complet. Cette version montre à quel point la chanson est efficace dans ses deux différentes formes. Mais j’aime cette version parce que c’est un arrangement plus r’n’b, un peu déglingué. Ça sonne comme une fête. J’aime les choses à moitié finies. C’est comme Le Dernier nabab de Fitzgerald. Y transparaît le procédé. C’est une expérience. C’est soit « Madame George », soit « Hey Girl » qui une sacrée chanson ! C’était presque contraire à ce qu’il faisait et en même temps cela préfigurait ce qu’il allait faire. Il y a un arrangement cool et un espèce de freestyle impressionniste et lyrique qui s’y passe. 


autres articles

Comment

Member Login
Welcome, (First Name)!

Forgot? Show
Log In
Enter Member Area
My Profile Not a member? Sign up. Log Out